Chapitre 657
Un cauchemar devenu réalité
Richard resta silencieux un moment, laissant la mère de couvée méditer sur le mensonge évident, jusqu’à ce qu’elle se corrige : « D’accord, il m’en faudra sans doute bien plus que quelques gouttes, mais le garder à mes côtés pendant un mois devrait suffire. Tant que je peux absorber un peu de son sang chaque jour, je pourrai analyser environ un dixième de ses pouvoirs. Cela devrait suffire pour atteindre le niveau 9. Je pourrai poursuivre l’analyse une fois au niveau 10. »
« Hélas… Ne le tue pas et ne l’affaiblis pas de façon permanente. Compris ?
— Bien sûr, Maître », acquiesça-t-elle.
« D’accord. Envoie un cerveau cloné pour aller le chercher. »
Zangru avait déjà accepté cette condition ; lorsque Richard l’en informa, il haussa simplement les épaules. « Ce n’est que du sang, elle peut le prendre. Que le cerveau cloné, ou je ne sais quoi, vienne me chercher. J’ai justement envie de voir ton atout. Voyons à quel point la Reine des scarabées est terrifiante. »
Zangru quitta donc la ville pour échapper aux regards indiscrets. Comme il était désormais un garde-âme, tout comme Waterflower, Richard n’eut aucun mal à communiquer sa position à la mère de couvée afin qu’elle vienne le chercher. Un petit point à l’horizon grossit rapidement, jusqu’à devenir un gigantesque insecte qui arracha un sourire espiègle à l’enfant divin. « Intéressant. Alors, c’est ça, la célèbre Reine des scarabées ? Hmm, j’ai déjà vu cette race dans mes rêves… Qu’est-ce que c’était, déjà ? Merde, ma mémoire me joue vraiment des tours ces derniers temps… »
Le cerveau cloné ne prêta aucune attention aux marmonnements de Zangru. Il le saisit simplement et l’emporta dans les airs. Zangru, telle une petite marionnette, se laissa entraîner vers sa destination tout en continuant à marmonner, curieux : « C’est ça, une race terrifiante ! Leur reine peut atteindre cinquante mètres de long. Richard est lié à une créature pareille ? Intéressant. Peut-être que je pourrai en voir une à sa taille réelle… »
Le cerveau cloné volait à toute vitesse. En quelques heures à peine, il atteignit les profondeurs de la Terre du Tumulte et déposa Zangru dans un épais brouillard centré autour du nid de vers. Bien qu’on l’eût lâché à plusieurs mètres du sol, Zangru retomba parfaitement sur ses pieds.
Il constata que le brouillard alentour était anormalement dense. Il tendit la main et l’agita : l’humidité lui collait à la peau. On aurait dit qu’il brassait de l’eau. Le brouillard réduisait également sa perception à une portée d’à peine dix mètres, mais il ne s’en inquiéta guère. Bien que légèrement différente, il percevait à proximité une âme semblable à celle de Richard. Il se tint donc là, attendant que cette nouvelle créature se montre.
Une minute, deux minutes, cinq minutes… Soudain, Zangru sentit son corps s’affaisser. Sa tête se mit à tourner et il perdit le contrôle de ses membres. « Du poison ! » s’emporta-t-il, mais il était bien trop tard pour faire quoi que ce soit. Pourtant, il était plus perplexe qu’effrayé : il était immunisé contre presque toutes les formes de poison. Comment celui-ci avait-il pu l’affecter en si peu de temps ?
Zangru ignorait que la mère de couvée avait déjà effectué une analyse sommaire des quelques gouttes de sang rapportées par Phaser. Comme Nyra, elle avait compris qu’en infusant son brouillard d’un peu de pouvoir divin, elle pourrait le neutraliser presque instantanément. Ce n’était pas suffisant pour le tuer, mais ses défenses seraient grandement affaiblies. Zangru commença à s’inquiéter. Il n’avait pas peur de mourir, mais faire face à une menace inconnue n’avait rien de rassurant.
Un vent violent lui souffla soudain au visage, écartant juste assez le brouillard pour laisser ramper le corps massif de la mère de couvée. « L-La Reine des scarabées ! » s’écria-t-il, horrifié, comprenant à quel point il avait sous-estimé sa taille.
Les vagues souvenirs de ses rêves s’éclaircirent soudain. Son intrépidité s’effondra lorsqu’il comprit que cette créature dont il avait rêvé pouvait le tuer, vraiment le tuer ! Il voulut s’enfuir, mais il était déjà à terre, incapable de bouger.
« N’aie pas peur, fit résonner une voix glaciale dans son esprit. J’ai envie de te dévorer, mais je ne le ferai pas. J’ai seulement besoin d’un peu de ton sang ; ce n’est rien. J’ai promis à Maître de ne pas te faire de mal irréparable. Ces… méthodes déloyales ne servaient qu’à m’assurer ta coopération. Assez parlé, commençons ! Maître ne m’a accordé qu’un mois avec toi, nous n’avons pas beaucoup de temps. »
« NOOON— » Le cri de Zangru fut étouffé lorsque plus d’une douzaine de tentacules jaillirent du cœur du brouillard et l’entraînèrent dans une des chambres du nid de vers, tandis que la mère de couvée s’approchait. De nombreux autres tentacules jaillirent de sa bouche, mais ceux-là étaient creux.
En voyant ces tentacules à la pointe acérée, chacun épais comme un pouce, Zangru tenta de crier à nouveau.
« Qu’est-ce qui se passe ? » Une voix résonna dans l’esprit des deux êtres. La terreur de Zangru était devenue si intense qu’elle alarma Richard, qui se trouvait encore à Bluewater.
La mère de couvée fit éclater l’esprit de Zangru et le plongea dans l’inconscience. « Ce n’est rien, Maître. Il a seulement peur qu’on lui prélève du sang. Cela ne posera pas de problème ; il pourra se régénérer même si on le vide entièrement de son sang. »
« Mais pourquoi aurait-il peur de perdre du sang ?
— Les êtres hors du commun ont des faiblesses tout aussi extrêmes. Celle-ci semble être la sienne », répondit calmement la mère de couvée.
« Ouaaaais… » Richard mit fin à la communication.
La mère de couvée se détendit alors. Ses tentacules buccaux s’enroulèrent autour du corps de Zangru et percèrent ses vaisseaux sanguins. Ils se mirent à pulser régulièrement, aspirant son sang noir violacé dans son corps. En cinq minutes à peine, elle l’avait vidé de tout son sang.
Le corps de Zangru se ratatina à vue d’œil, mais les tentacules qui le maintenaient en place se mirent à lui injecter des nutriments. Son physique extraordinaire se manifesta : il absorba avidement tout ce qu’on lui apportait.
Il reprit conscience au bout d’une demi-heure, sans blessure apparente. Pourtant, à peine eut-il ouvert les yeux que la mère de couvée se remit à lui prélever du sang. En quelques minutes, il était de nouveau ratatiné.
Ce cycle se répéta pendant un mois entier…
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Richard n’en sut rien. Il s’était donné trois mois pour travailler sur de nouveaux ensembles de runes, consacrant tout son temps libre à accroître sa puissance par la méditation. Il devait rendre dix chevaliers runiques à Nyris et Agamemnon ; il ne lui en resterait donc qu’un peu plus de vingt. Rosie l’aidait à fabriquer les noyaux de base, ce qui lui permettait de méditer pendant ses moments libres tout en maintenant un bon rythme de progression : environ six ensembles par mois.
Un mois plus tard, un drone de la mère de couvée ramena Zangru. Il était plus silencieux qu’avant, mais comme il était étranger aux lieux, personne ne le remarqua. Même Tiramisu ne lui avait parlé qu’un peu ; l’ogre était occupé à gérer les affaires et ils n’avaient pas eu le temps de se voir.
Richard, lui, était trop occupé pour remarquer le changement. En revanche, il constata que la mère de couvée avait suffisamment analysé Zangru pour atteindre le niveau 9. Elle n’y était pas encore, car d’autres conditions restaient à remplir, mais la voie était désormais grande ouverte.
……
À la fin des trois mois, Richard avait atteint le niveau 17. En outre, il pouvait désormais disposer de quarante chevaliers runiques s’il le souhaitait. Un après-midi, l’alarme de son horloge magique le fit lever les yeux ; il aperçut la neige derrière la fenêtre. L’hiver était déjà arrivé sur Faelor : le moment était venu.
Il sortit de son laboratoire et appela ses partisans. Une cloche de rassemblement retentit bientôt dans toute la ville de Bluewater. Les subordonnés qui admiraient ce spectacle rare — la neige dans les Terres ensanglantées — entendirent l’appel et se précipitèrent à la résidence de Richard.
Ses partisans occupaient toute la salle de réunion du deuxième étage. Dehors, Tiramisu passait ses deux têtes par la fenêtre.
Richard fit signe à un chevalier runique et lui tendit une lettre scellée de son sceau personnel. « Partez immédiatement pour Norland et remettez cette lettre au quatrième prince. »
Dès que le chevalier fut parti, il se tourna vers la foule. « Préparez vos affaires. Nous partons pour le Plan forestier, où nous livrerons une grande bataille. Si nous gagnons, tout le monde y trouvera son compte… Ah, Zendrall, Zangru, restez ici et défendez Bluewater. Cet endroit ne vous convient pas vraiment, à tous les deux. »
Rien qu’en se rappelant le malaise qu’il avait éprouvé sur le Plan forestier, Zendrall hocha vivement la tête. Zangru, en revanche, répondit par un grognement affirmatif, la tête baissée. Ce nouveau garde-âme s’était montré prompt à obéir aux ordres ces derniers jours, mais il avait perdu beaucoup de son éclat.
La réunion s’acheva rapidement et les partisans se dispersèrent. Ils n’avaient qu’une journée pour se préparer ; chacun regagna donc sa résidence afin de faire ses bagages et de trouver quelqu’un à qui transmettre ses responsabilités.