Chapitre 63
Mountainsea
Un vacarme assourdissant s’éleva dans la salle tandis que tous se mettaient à discuter, sans plus chercher à dissimuler leur curiosité.
Des flammes brûlaient au fond des yeux de Steelrock, signe évident qu’il était un saint. Face à un guerrier de niveau 19, peut-être même de niveau 20, personne ici n’était certain de pouvoir l’emporter au combat. Les deux guerriers que le duc Solam avait envoyés pour protéger Steven n’osaient même pas croiser le regard de l’homme ; dans un vrai combat, quelques coups de poing suffiraient sans doute à les mettre tous les deux à terre.
Pourtant, Steelrock n’était pas au centre des conversations. On savait déjà que Sharon avait mis aux enchères une place d’élève payant auprès de l’Empire millénaire, mais les élites du continent savaient que c’était la petite-fille de l’impératrice Gelan qui l’avait finalement obtenue.
L’héritage de l’Empire millénaire remontait en réalité aux elfes. La famille impériale avait du sang elfique, et l’empire était donc réputé pour ses arts, sa magie et ses excellentes techniques martiales, qui lui avaient valu une renommée mondiale. Personne ne s’attendait à ce que la petite-fille de l’impératrice Gelan soit une jeune fille barbare, escortée de gardes du corps barbares. Le contraste était saisissant. Ce ne fut qu’après l’annonce de Steelrock qu’ils comprirent que la jeune fille aux vêtements étranges était bien celle dont il parlait. Cela signifiait que la troupe qui l’accompagnait était composée de l’élite de la garde de l’Empire millénaire !
Dès que l’identité de la jeune dame fut connue, les gens commencèrent à changer d’attitude envers elle. Malgré le mécontentement dont certaines élites avaient fait montre plus tôt, toutes affichaient désormais une expression digne. Elles restaient humbles, tout en laissant percer une pointe de fierté qui n’avait rien d’excessif. Elles incarnaient à la perfection le comportement de l’aristocratie. Le titre de petite-fille de l’impératrice de l’Empire millénaire avait déjà écrasé toute l’assistance de son prestige.
Steven remua de nouveau les lèvres, sur le point de dire qu’il était lui aussi un élève payant, mais il n’était pas assez stupide pour le faire. La notion d’autonomie prenait une tout autre connotation selon la personne qui l’employait : elle conférait à la jeune dame une stature imposante, mais le ferait passer, lui, pour un plaisantin.
Steelrock n’avait manifestement pas fini de s’exprimer et voulait en dire davantage. Son regard balaya la salle tandis qu’il ouvrait et refermait les mains, donnant clairement l’impression qu’il cherchait la bagarre pour se dégourdir un peu les muscles. Mais la jeune dame leva soudain la main, et il se tut aussitôt. Ce geste réduisit au silence toute la salle en un clin d’œil.
La jeune dame ferma les yeux et leva la tête. Son petit nez à l’arête haute frémissait sans cesse, comme si elle humait quelque chose dans l’air. Le vieil homme derrière elle sortit de son sommeil et balaya la salle du regard, avant de se rendormir. Obtenez des mises à jour plus rapides sur NovelPing.
La jeune dame frappa le bras de Steelrock de toutes ses forces et s’exclama : « Cette odeur ! Tu l’as sentie ? »
Steelrock inspira profondément ; l’air s’engouffra dans sa poitrine en sifflant, mais son visage impassible indiquait qu’il ne sentait rien. La jeune dame referma les yeux et se mit à suivre l’odeur imperceptible qui flottait dans l’air. Une dizaine d’autres soldats barbares lui emboîtèrent le pas, sans faire le moindre bruit. Leurs mouvements suivaient le rythme d’une danse tribale, mais la présence de quelques humains à leurs côtés rendait l’ensemble comique, tant leur stature différait.
Pourtant, personne dans la salle ne rit. Se moquer de ces quelques gardes de niveau 18 de l’Empire millénaire n’était pas une sage décision.
La jeune dame faisait comme si personne ne l’entourait. Elle passa devant les élites sans prêter attention à leurs regards curieux, déçus ou pleins d’espoir. Tous ceux qui se trouvaient sur son chemin s’empressèrent pourtant de s’écarter. Ceux qui tardaient ou ne savaient pas s’adapter assez vite se faisaient éjecter, comme Steven venait de l’être. La jeune dame n’hésitait pas à frapper les obstacles qui lui barraient la route, qu’ils s’y trouvent exprès ou non.
Le petit corps de la jeune fille recelait une force absurde. C’était une véritable bête primordiale, capable d’envoyer valser d’une seule gifle deux guerriers de niveau 12 à plusieurs mètres. Personne n’osa lui barrer la route vers la source de l’odeur.
Dans un coin quelconque de la salle, Richard se tenait devant une peau de varan, un stylo et du papier à la main, occupé à faire des calculs. Cette peau valait 120 000 pièces et était d’assez bonne qualité pour servir de support à une rune élémentaire.
Cependant, elle était si grande qu’une rune complète en couvrirait moins de 10 %. Cent vingt mille pièces, c’était bien trop cher pour quelqu’un qui ne voulait pas prendre le moindre sou à Gaton, et Richard n’aurait pas pu se permettre une telle perte. Il calculait donc comment tirer le meilleur parti de cette peau, par exemple en en faisant d’autres objets qu’il pourrait vendre pour récupérer une partie de la somme. Lisez ce roman sur novelping . com pour profiter de la meilleure expérience.
La peau du varan avait une forme irrégulière, signe que celui qui l’avait écorché manquait d’expérience. Même si elle était entière, certains bords s’étaient déformés, et plusieurs étapes de son traitement s’avéreraient particulièrement délicates, ce qui rendrait sa forme finale encore plus étrange. Or, Richard avait besoin d’une pièce de peau uniforme pour réaliser la rune. La découpe représentait donc elle aussi un problème de taille. Il devait à la fois réserver à la rune la meilleure partie de la peau et veiller à ce que les objets fabriqués avec le reste ne soient pas trop médiocres. Tandis qu’il continuait à calculer la meilleure marche à suivre, les chiffres envahissaient déjà le papier magique.
À vrai dire, cette peau ne méritait pas de figurer aux enchères. Personne ne savait non plus comment elle avait atterri entre les mains de la mage légendaire. Blackgold avait même songé à s’en débarrasser, mais avait renoncé, estimant que même les moustiques étaient de la viande. Il voulait voir si une vente aux enchères pouvait en faire monter la valeur.
La description de cette peau était moins détaillée que celle des produits de qualité supérieure : seules ses dimensions et sa matière étaient précisées. Son origine était simplement indiquée comme inconnue.
Le nain gris soupçonnait cette créature d’avoir croisé la route de Son Excellence pendant qu’elle chassait. Elle n’était probablement pas sa cible au départ, mais pouvait par hasard lui être utile. Quoi qu’il en soit, elle ne méritait pas qu’on enquête davantage ; il s’était donc contenté de la mention inutile « origine inconnue ».
Malgré tout, pour Richard, qui manquait d’argent et de matériaux, cette peau était comme un morceau de charbon offert par une nuit de neige. Absorbé par ses calculs, il ne prêtait plus attention à ce qui l’entourait. De toute façon, ce coin de la salle d’exposition se trouvait près des boutiques, et peu de gens s’intéressaient à un objet aussi banal. Il pouvait terminer ses calculs en paix.
Mais Richard ne se rendit pas compte qu’il était soudain devenu le centre de l’attention. Être observé par des milliers de personnes, c’était comme sentir le regard d’un immense dragon peser sur lui. Une sueur froide lui coula dans le dos ; il reprit conscience de son environnement et leva instinctivement la tête pour regarder de l’autre côté de la salle.
Une jeune dame aux vêtements singuliers fonçait vers lui ! La tête levée, elle avait les yeux clos et ne cessait de humer l’air. Une dizaine de gardes qui semblaient être des barbares la suivaient, accompagnés de quelques soldats en armure ouvragée. Du point de vue de Richard, leurs pas légers leur donnaient l’air de s’apprêter à dérober quelque chose, mais son instinct le mettait en garde contre le danger. Ces mouvements comiques n’étaient pas dénués de sens : même en armure complète, ils avançaient sans bruit.
D’un côté, tous les regards de la salle étaient braqués sur lui ; de l’autre, un groupe d’étrangers marchait dans sa direction. Richard se sentit soudain nerveux. Il regarda à gauche : personne. À droite : personne non plus. Pourtant, il se trouvait clairement sur le chemin de la jeune dame. S’il n’y avait personne à côté de lui, la cible de celle-ci se trouvait peut-être derrière lui… Mais derrière lui…
Richard comprit soudain et se retourna pour regarder la peau de varan suspendue derrière lui. Puis il posa les yeux sur les barbares qui suivaient la jeune dame et le foudroyaient du regard, comme s’il avait insulté leur déesse ou qu’ils le haïssaient de toutes leurs forces.