Chapitre 619
Carnage
Le collier d’âme de bête brilla d’une lumière dorée lorsqu’on le déposa sur le piédestal, attirant bien plus de force temporelle que Richard ne l’avait prévu. À sa grande surprise, il constata qu’elle approchait du niveau d’un sacrifice supérieur.
Un rayon de force temporelle s’abattit depuis le vide et se transforma en une sphère lumineuse sur le piédestal. À l’intérieur flottait une épée dentelée à l’aura maléfique.
*La bénédiction, est-ce l’épée elle-même, ou bien s’agit-il de n’importe quelle arme ?* se demanda Richard. Bien que la puissance de ce sacrifice semblât considérable, jamais il n’avait reçu aussi peu de choix. Avant même qu’il puisse toucher la sphère lumineuse, celle-ci se désagrégea. L’épée qu’elle contenait tomba sur le piédestal, puis à ses pieds. Elle se brisa aussitôt en deux morceaux.
« Qu’est-ce que… » On aurait dit qu’il allait recevoir un puissant équipement, peut-être une arme légendaire, mais cet objet s’était brisé à l’instant même où il était tombé !
Richard ramassa aussitôt la lame brisée et poussa un soupir de soulagement en constatant qu’elle était conçue pour se séparer ainsi. En l’examinant de près, il comprit que la lame dentelée qu’il avait d’abord vue n’était qu’une sorte de fourreau extérieur ; en tombant, elle avait révélé une dague en os bien plus solide.
Lorsqu’il saisit la poignée à deux mains de cette épée courte, il sentit une dent lui piquer la paume et lui tirer quelques gouttes de sang. Une lueur cramoisie pulsa un instant dans la lame, avant de virer lentement au vert putride et de se mettre à dégager une aura de mort.
Les informations sur cette bénédiction lui parvinrent enfin à l’esprit. Il s’agissait de Carnage, une arme quasi divine qui absorbait le sang de son utilisateur. Elle pouvait fendre aisément les armures, et son tranchant dentelé déchirait les plaies de l’ennemi. Enchantée pour la vitesse, elle possédait aussi un pouvoir divin qui renforçait sa puissance lorsqu’elle attaquait la race la plus haïe de son porteur. La bénédiction lui apprit également que la cible actuelle de sa haine était les barbares de Klandor ; l’arme avait donc été rebaptisée Carnage de Klandor.
*Je hais les barbares plus que tout ?* Richard ne s’était jamais demandé lesquels de ses ennemis il méprisait le plus. À présent, ils étaient si nombreux qu’il ne jugeait pas utile de les classer ; il se contentait généralement de s’occuper des menaces immédiates. Pourtant, en y réfléchissant, il devait reconnaître que c’était vrai. Il repensa aux attaques qu’ils avaient lancées contre lui, encore et encore, alors qu’il tentait de rendre visite à Mountainsea, et son sang se mit à bouillir de rage.
*La prochaine fois que j’irai à Klandor, j’aurai donc trois épées et un bâton ?* Il imagina la scène un instant, puis s’efforça de chasser cette idée de son esprit et décida de chercher un objet spatial où ranger ses armes.
Alors qu’il se demandait comment il allait s’occuper de l’épée, une voix mielleuse résonna à son oreille : « Cette arme a été fabriquée à partir des griffes d’une bête antique, mais elle a bien plus de valeur que les griffes elles-mêmes. Toute offrande provenant de Klandor sera évaluée bien au-delà de sa valeur réelle. Qu’attendez-vous donc ? Ce bonus ne durera plus très longtemps. »
Richard resta perplexe un instant, puis se tourna vers le bracelet en dents de bête qu’il portait au bras. Ceux qu’il avait rencontrés au cours de son voyage à Norland lui avaient dit qu’il s’agissait d’une dent du Dieu des Bêtes, l’un des cinq objets sacrés du Sanctuaire de la Neige d’Azur. Mais c’était Mountainsea qui le lui avait offert ; il ne l’avait pas sacrifié à l’époque et ne le ferait pas davantage aujourd’hui. Il secoua simplement la tête pour repousser la tentation, puis sortit.
Au moment où l’écran de force temporelle qui l’entourait commençait à se dissiper, la voix ancienne et dénuée d’émotion du Dragon Éternel retentit de nouveau : « Mortel, tes offrandes répétées t’ont valu ma faveur. À compter de ce jour, tu es un Marcheur du Temps ; le pouvoir du temps purifiera ton corps mortel et ralentira son déclin. Ne te repose pas sur tes lauriers. Encore dix sacrifices supérieurs, et tu deviendras un Marcheur des Plans. » Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
Cette récompense inattendue laissa Richard complètement interdit. Le ralentissement de son vieillissement revenait presque à prolonger sa durée de vie. Pour l’heure, ce n’était pas très utile, mais à long terme, cela finirait par compter énormément. La perspective du prochain rang et des avantages qu’il lui apporterait l’enthousiasma aussitôt.
Lorsque l’écran lumineux se dissipa, Ferlyn lui adressa un doux sourire depuis le hall. « Tu as bien agi, dit-elle tandis qu’il s’approchait. Je sais que ça n’a pas dû être facile de faire ce qu’il fallait. »
Richard se rappela aussitôt la tentation que représentaient les coordonnées d’un autre plan. Heureusement, il avait deviné juste : partager sa grâce n’était pas une bénédiction courante. Sous l’influence de la cupidité, l’esprit pouvait exagérer les chances de réussite.
« Merci ! » répondit-il en s’inclinant. Il comprenait désormais que même Ferlyn n’avait pas pu facilement inclure l’option permettant d’attribuer la grâce.
Ferlyn sourit. « Je t’en prie. Je ne désire rien pour le moment, alors à quoi me servirait la grâce divine ? C’est vous, les jeunes, qui êtes audacieux et pleins de vigueur. Enfin, allons-y. La famille royale semble avoir envoyé des gens avec les matériaux dont tu avais besoin. »
Un noble d’âge mûr faisait les cent pas devant le bâtiment de l’Église. C’était l’un des vice-trésoriers de la famille impériale. Bien que ce comte eût vu bien des choses au cours de sa vie, une transaction de dix millions de pièces d’or sortait de l’ordinaire.
En voyant Richard sortir, il s’avança vers lui avec un large sourire et le salua. Ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais il avait entendu parler du statut et de la fortune du nouveau maître des runes royal.
Derrière le comte se trouvaient cinq coffres, chacun haut comme un homme. Tous étaient divisés en dix compartiments ouvrables séparément, remplis des divers ingrédients et ressources dont Richard avait besoin pour fabriquer les runes du Fléau de la Vie. Sans se presser, Richard prit le temps d’inspecter chacun d’eux. Ses bénédictions et sa connaissance de ces objets lui permirent d’aller vite, mais il lui fallut tout de même près d’une demi-heure pour tout examiner. Le comte, à ses côtés, attendit patiemment ; pour une vente aussi importante, il aurait volontiers attendu jour et nuit.
Lorsqu’il referma enfin le dernier coffre, Richard hocha la tête, satisfait. « En effet, les matériaux de la famille royale ne présentent aucun défaut ! »
Le comte poussa un soupir de soulagement. Il avait envisagé de rogner sur les matériaux et d’en détourner une partie pour lui-même — même une quantité infime aurait valu des dizaines de milliers de pièces —, mais l’identité de Richard l’avait fait hésiter. « Grand maître Richard, l’offrande… »
« Bien sûr ! » Richard se tourna vers Noelene, qui se tenait non loin. « Prêtresse, pourriez-vous évaluer cet objet, s’il vous plaît ? »
Noelene ouvrit le coffre contenant la statue sacrée. Une pâle lumière dorée jaillit du bout de ses doigts. Après avoir contemplé son reflet, elle hocha la tête. « Une offrande de premier ordre. »
Le comte s’anima ; il n’avait pas vu beaucoup d’offrandes de premier ordre dans sa vie. En tant que comte de cour, sans territoire ni même la possibilité de devenir un saint, il n’aurait jamais l’occasion d’accomplir un tel sacrifice.
Noelene referma alors le couvercle, scella le coffre avec de la magie et y inscrivit son propre nom. Ainsi, quiconque voudrait l’ouvrir sans sa permission devrait franchir un sceau, ce qui révélerait sa tentative de vol.
Une fois la transaction conclue, Richard laissa un instant les matériaux dans l’Église et discuta avec Noelene du minerai qu’il avait rapporté de Faelor. Il avait d’abord voulu recevoir des cristaux magiques en échange, mais il préférait désormais obtenir un million de pièces d’or en monnaie sonnante et trébuchante.
« À quoi bon l’or ? » Noelene était assez surprise. Pour quelqu’un comme elle, l’or n’était qu’un fardeau.
« Je… dois verser un salaire à mes suivants ! » dit-il avec un sourire gêné.
« Comment ça ? Tu ne les paies pas régulièrement ? »
« Euh… D’habitude, je leur donne simplement des runes », répondit-il sans la moindre honte.
Le visage de Noelene se crispa en une moue désapprobatrice. Elle le souleva sur-le-champ, le porta jusqu’à l’entrée du bâtiment de l’Église et le jeta dans la rue.
Déconcerté, Richard se hâta de rentrer et se planta devant elle avec un grand sourire. Mais la prêtresse le fusilla du regard. « Quoi, espèce d’avare ? Dis-moi ce que tu veux. Je suis de mauvaise humeur, alors mes prix ont augmenté de trente pour cent. »