Chapitre 595
Au nom de Dieu
Richard secoua la tête, puis entra dans le centre de commandement. Il activa une carte magique et se concentra entièrement sur l’étude du terrain et de la situation. Le temps passa vite. Une fois encore, la nuit tomba sur les Terres ensanglantées, tandis que le soleil couchant teintait le monde de rouge.
Alors qu’il élaborait des stratégies pour la guerre à venir, on frappa doucement à la porte. Après avoir obtenu son accord, Faylen entra lentement.
Richard ne leva même pas la tête. « Prêtresse Faylen, je n’ai pas encore pris ma décision. »
« Je sais », répondit doucement la femme. Mais sa voix se mit à trembler. « Je suis… venue vous aider à la prendre. »
Perplexe, il releva la tête et vit la prêtresse retirer sa robe enchantée. Ses hanches ondulèrent tandis que le long vêtement glissait jusqu’à ses jambes ; sa jupe tomba à son tour dans un léger froissement. La prêtresse de la Déesse des Sources se tenait ainsi nue devant lui.
Faylen était une beauté mûre, à la peau incroyablement souple, qui luisait d’un équilibre parfait entre pureté et sensualité. Son statut et son comportement habituel ne faisaient qu’accentuer l’effet produit.
Richard fronça les sourcils. « Qu’essayez-vous de me dire, prêtresse ? »
Faylen s’approcha d’un pas, scintillant comme une cascade au soleil. « Si vous acceptez de nous fournir des soldats, ma Dame vous sera redevable. Je suis prête à me sacrifier pour Elle ! »
« Vous êtes belle », dit Richard en détaillant son corps, sans que son regard perdît son calme. Il ne détournait pas les yeux de ses parties les plus intimes, mais ne s’y attardait pas non plus. Après un premier coup d’œil, il se comporta comme si elle était entièrement vêtue.
Faylen, stupéfaite, le vit secouer la tête. « Ce n’est pas suffisant. Je ne veux pas sacrifier la vie de mes soldats sans raison, surtout quand des ennemis attendent de profiter de la situation. »
Faylen lui adressa un sourire plus aguicheur encore. « Si vous le souhaitez, je pense que les deux autres prêtresses seraient elles aussi prêtes à se sacrifier. En fait, je peux leur demander de venir tout de suite, et nous pourrions toutes… Outre nous, n’importe quel clerc de nos Églises serait disposé à s’offrir à vous, pour peu que cela vous intéresse ! »
Sa proposition avait d’abord été séduisante, mais à mesure qu’elle s’aventurait dans des sujets plus osés, la voix de la femme s’affermissait, comme si elle prêchait. Richard y réfléchit un instant et comprit que cette prêtresse agissait vraiment uniquement au nom de sa déesse. Cela lui semblait assez absurde, mais vu sa situation, ce n’était pas difficile à comprendre.
Étudier le panthéon d’un plan était primordial lors de toute invasion. Ses recherches à Deepblue lui avaient permis de comprendre quelque peu le fonctionnement du divin et, grâce au Livre des dieux que lui avait donné Kellac Flowsand, il avait pu reconstituer la hiérarchie approximative de Faelor. Ancien grand prêtre, Kellac avait pu lui fournir des renseignements essentiels sur le fonctionnement du panthéon de Faelor.
Au bout du compte, la répartition du pouvoir entre les dieux de Faelor ne différait pas de celle de la plupart des autres plans. Même si les mortels ne comprenaient pas la guerre entre les plans et classaient tous les envahisseurs parmi les démons ou les diables, celle-ci jouait tout de même un rôle important dans le domaine divin. Plus un dieu s’efforçait de repousser les invasions et plus il détruisait d’intrus, plus son domaine gagnait en puissance. C’était là un moyen essentiel pour les divinités mineures d’accroître leur pouvoir, et les trois déesses, qui peinaient à éviter leur chute, ne pouvaient que saisir de telles occasions. Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
Dans de telles circonstances, le clergé lui-même ne faisait pas grand cas des sacrifices matériels et charnels. Après tout, en pieux fidèles, ses membres étaient prêts à donner leur vie sans hésiter.
« Hélas… Je comprends ce que la déesse peut y gagner, mais qu’y gagnez-vous, vous ? »
La question de Richard troubla Faylen et la mit mal à l’aise. Ils n’étaient qu’à un bras l’un de l’autre et elle se tenait complètement nue, mais voilà qu’il se lançait dans une discussion sérieuse. Cela la rendit extrêmement nerveuse, au point que ses mains se levèrent d’elles-mêmes pour couvrir son intimité.
Pourtant, elles n’avaient pas fait un geste qu’elle les rabaissa. Elle s’occupa plutôt de remettre ses cheveux en ordre et, s’efforçant de garder son calme, répondit d’une voix posée : « Vous avez pu constater par vous-même que Fermi, Shea et moi avons gagné en puissance depuis que nous avons fondé une Église dans votre ville. De nouveaux fidèles affluent régulièrement pour louer ma Dame, et une contribution importante à cette guerre Lui assurerait une victoire décisive. Grâce à mes résultats exceptionnels, je pourrais obtenir le poste de pape. »
Richard fut assez surpris. Il savait que Faylen avait quelque chose à gagner, mais ne s’était pas attendu à ce que son avantage fût si grand. Aussi misérable que fût la situation des trois déesses, le pouvoir d’un pape demeurait inaccessible à la plupart des gens.
« Est-ce suffisant pour vous convaincre ? Vous coucher avec un futur pape ? » Faylen s’avança en parlant ; même en se penchant, ses seins toucheraient désormais le corps de Richard. Elle lui adressa un sourire candide et posa la main sur sa poitrine.
Richard sourit et lui écarta doucement la main. « Je respecte profondément les trois déesses, et ce respect s’étend à vous. »
La prêtresse se mordit la lèvre inférieure et le regarda avec un soupçon de rancune. « Alors, que dois-je faire ? Dites-le-moi ! Tant que la déesse et moi en sommes capables, nous le ferons ! »
Richard reçut enfin la supplique qu’il attendait. Ses conditions étaient prêtes depuis longtemps, mais il fit semblant d’y réfléchir un moment avant de répondre : « Hum… C’est assez simple, en fait. J’ai le plus grand respect pour les trois déesses. Même si je ne peux pas être considéré comme un fidèle, j’espère que ma contribution me vaudra le titre de prêtre. En outre, à partir d’aujourd’hui, je veux avoir toute latitude pour invoquer le nom des trois déesses lors de mes campagnes militaires. »
Faylen blêmit aussitôt. Le sacrifice était bien plus important qu’elle ne l’avait imaginé ! Le titre de prêtre n’avait guère d’importance. Ayant vu la puissance de Flowsand, elle savait que Richard ne s’intéressait pas aux pouvoirs divins des trois déesses. Mais qu’un mortel déclenche des guerres au nom du divin… Même le plus audacieux des souverains n’oserait le demander. Cela revenait à placer les trois déesses dans la paume de Richard. Si elles acceptaient, elles seraient liées à chacun de ses actes.
Cette demande dépassait de loin l’autorité de Faylen. Elle sentit sa gorge se dessécher et s’enrouer, incapable de prononcer un mot de plus.
S’y attendant, Richard abattit une autre carte : « Si les trois déesses m’accordent cela, alors moi, Richard Archeron, mobiliserai toutes mes troupes et combattrai les envahisseurs jusqu’à la mort ! »
Il prit poliment la main de Faylen et la guida jusqu’à la carte magique, puis tendit le doigt vers la jonction des Terres ensanglantées et de la Terre du Tumulte. « C’est ici que vous verrez les envahisseurs tomber ! » Lisez les derniers chapitres sur NovelPing.
Le cœur de Faylen se mit à battre à tout rompre. L’image du sceptre papal s’évanouissant au loin lui traversa l’esprit. Richard se tourna vers elle et sourit, jouant sa dernière carte : « La protection des trois déesses serait idéale. Mais même si une seule d’entre elles accepte de reconnaître ma contribution, je combattrai quand même les envahisseurs jusqu’à la mort ! »
Le cœur de Faylen battait encore plus vite, et ses seins généreux tremblaient au rythme de sa respiration. « Je vais en informer ma Dame immédiatement. Veuillez attendre sa réponse ! »
La prêtresse se précipita vers ses vêtements, prête à se rendre à l’Église pour prier. Pourtant, elle n’avait pas fini de s’habiller qu’elle s’arrêta brusquement. Son expression avait changé ; elle releva la tête, ravie. « Ma Dame suivait de près les événements de cette journée. Elle reconnaît votre sincérité et m’a transmis un oracle : elle accepte vos conditions. Je peux préparer la cérémonie ce soir ; demain, nous vous conférerons le titre de prêtre. »
Un sourire se dessina sur le visage de Richard, qui s’inclina légèrement. « Je la remercie de sa bienveillance ! »
Faylen cessa de s’habiller et murmura : « Même si ma Dame a accepté vos conditions, mon offre initiale tient toujours… »
Richard lui adressa un sourire éclatant. « Et je m’en réjouis. Mais, pour l’instant, nous devons nous préparer au combat. Une fois les envahisseurs complètement anéantis, nous pourrons revenir sur cette… proposition. »
La prêtresse serra les dents, résignée. « Très bien. Sachez seulement que je suis toujours prête. » Elle retrouva son calme avant de partir et lui adressa à son tour un sourire séducteur, les yeux lui faisant comprendre qu’elle attendrait ce jour.
De nouveau seul, Richard leva le poing avec enthousiasme. S’il remportait cette guerre, il pourrait s’enraciner définitivement à Faelor. Grâce au pouvoir d’agir au nom des trois déesses, quiconque chercherait à découvrir sa véritable identité rencontrerait d’immenses difficultés. Puisqu’il devait de toute façon affronter ces adversaires, on venait de lui offrir un bonus gratuit en cas de victoire.
Une fois un peu remis de sa joie, il reprit enfin contact avec la mère des couvées. Le lien qui les unissait semblait intermittent, et les pensées qui lui parvenaient étaient empreintes d’une grande fatigue. Il en vint à s’inquiéter légèrement.
« Maître, je viens de terminer la construction d’un nid à vers. Ne vous inquiétez pas, la fatigue disparaîtra après que j’aurai mangé et repris des forces. »
« Un nid à vers ? » Le terme ne lui disait rien.
« C’est comme une ruche. Les ouvrières l’approvisionnent en nourriture, et je peux y entreposer des drones de combat inachevés pour qu’ils poursuivent leur croissance. Il faut environ une semaine pour achever l’incubation d’un embryon de serpent ailé, tandis qu’un loup des vents n’a besoin que d’un jour. Ma productivité augmente ainsi d’environ 30 %. »
« D’où vient la nourriture de ce nid à vers ? » demanda-t-il.
« Pour l’instant, les ouvrières qui me nourrissent peuvent aussi recueillir assez de nourriture pour le nid. » Sa réponse le rassura.
Puis, juste au moment où il allait lui demander de commencer à produire vingt chevaux magiques pour les chevaliers runiques, elle lui annonça une nouvelle stupéfiante. Elle en avait déjà trente qui l’attendaient !