Chapitre 577
Étreindre le destin (2)
Balibali poussa un cri de rage à faire trembler la terre. Ses muscles se figèrent, puis se contractèrent soudain, durs comme l’acier. La lame de Richard lui entailla un bras, mais ne fit que le faire saigner. Puis une force immense le repoussa de plusieurs mètres et son propre corps trembla sous le choc.
Le jeune barbare rugit de nouveau et abattit son épée en direction de Richard. Une lumière bleu marine s’écrasa sur lui. Il eut beau tenter d’esquiver, il ne put éviter complètement le coup. Son épaule gauche se mit à saigner.
C’était la première fois qu’il était blessé depuis son arrivée à Klandor.
Balibali leva de nouveau son épée et rugit. La lumière déferla sur Richard comme une marée. Mais cette fois, il était prêt : il esquiva les attaques avec une vitesse incroyable et lança des sorts instantanés pour se défendre quand il ne pouvait faire autrement. Le barbare était désormais pleinement sérieux, et une pointe de respect se dessinait sur son visage. Il comprenait enfin pourquoi Richard lui avait demandé de se donner à fond dans ce combat. Le Norlandais avait beau être d’un niveau bien inférieur au sien, ses techniques de combat extraordinaires compensaient l’écart.
Il employait déjà la Colère de l’océan, une capacité qu’il avait acquise après avoir affronté jour et nuit les vagues qui se brisaient contre les falaises. Son aura déferlait en vagues puissantes, qui accroissaient sa vitesse, sa force et sa défense. Sans cette capacité, il aurait été un guerrier bien plus faible.
La froideur du visage de Richard avait disparu à un moment donné, remplacée par une folie brûlante. Ses esquives et ses attaques étaient presque instinctives, tandis que ses bénédictions étaient sollicitées au maximum et qu’elles épuisaient ses forces à chaque seconde. Lorsqu’il échappa aux vagues submergeantes, il était meurtri et épuisé ; pourtant, l’épée elfique et le Jumeau du Destin se retrouvèrent dans ses mains pour une contre-attaque.
Face aux assauts dévastateurs du barbare, Richard paraissait presque placide et insouciant. Il se contentait d’une entaille ici, d’un sort là, mais une seule flèche de flammes suffisait à faire hurler Balibali de douleur. En voyant les mêmes rayons cramoisis envelopper la longue épée de Richard, il perdit confiance dans la résistance de son corps, pourtant plus dur que l’acier.
Des éclairs s’abattaient de temps à autre, le forçant à marquer une pause tandis qu’une douleur brûlante le paralysait. À chaque fois, la longue épée de Richard, désormais embrasée par les flammes abyssales, parvenait à l’érafler. Mais la férocité du barbare lui permettait de garder le contrôle de son corps et de riposter.
Des lueurs rouges, jaunes et bleues jaillirent dans le ciel tandis que le sang éclaboussait le sol. Richard sentit peu à peu son corps s’engourdir, tandis que Balibali commençait à céder face aux flammes abyssales qui l’avaient transpercé et le rongeaient de l’intérieur. Quelques minutes à peine après le début du combat, le jeune barbare cracha une gorgée de sang et les deux adversaires s’écartèrent, chacun dans un coin.
Balibali ne pouvait plus tenir debout sans s’appuyer sur son épée. Richard n’allait pas mieux : haletant, il s’adossa à son bâton et sortit le Livre de la Réserve d’une main tremblante. Les pages furent aussitôt maculées de sang.
Richard secoua violemment le livre et déversa le mana qu’il contenait dans la rune d’Armement de mana. Des éclairs crépitèrent de nouveau autour de son corps, lui redonnant la force de tenir debout. Mais il avait déjà reçu des dizaines de blessures différentes, dont la plus profonde laissait même apparaître l’os. L’énergie de la rune fit jaillir le sang de toutes ses plaies. Suivez les derniers chapitres sur NovelPing.
« Tu es… blessé… » souffla le jeune barbare, la voix s’éteignant à mi-mot.
« Et toi, tu vas bien ? » demanda Richard avec sarcasme.
Balibali prit soudain une profonde inspiration. Son visage vira au rouge et il cracha une mare de sang. Juste après, son aura gagna en vigueur, résultat manifeste d’une technique secrète destinée à stimuler son potentiel. « JE PEUX ENCORE TE FRAPPER COMME UN HOMME ! » rugit-il en lâchant son épée et en serrant le poing. Il tituba vers Richard. Il avait décidé que ses poings suffiraient : les mages étaient réputés fragiles.
Richard ricana, planta le Jumeau du Destin dans le sol et chargea à son tour. Il esquiva le coup rugissant du barbare en se baissant sous son bras. Balibali se sentit soulevé dans les airs avant de s’écraser lourdement au sol, étourdi un instant. Richard l’attrapa par les cheveux et lui fracassa la tête contre le sol à plusieurs reprises.
Floc ! Floc ! Floc ! Un trou se creusa dans le sol ; le sang rougit la terre, tandis que de petits cailloux se brisaient en gravier. Le crâne de Balibali était bien plus solide que Richard ne l’avait imaginé. Il abîmait la chair et les muscles, mais les barbares pouvaient guérir rapidement de tout ce qui ne leur brisait pas les os.
Le barbare poussa soudain un hurlement et releva brusquement la tête pour cogner le menton de Richard. Celui-ci fut projeté en arrière comme un caillou et perdit connaissance. Il lui sembla dériver longtemps dans les airs, avant que son dos ne heurte quelque chose de dur.
Sa seconde conscience fut forcée de prendre le contrôle de son corps. La bénédiction de sagesse lui rappela que peu de temps s’était écoulé depuis qu’il avait été projeté au loin. Pour l’instant, ses yeux et ses oreilles ne fonctionnaient plus, mais il sentait la terre trembler à mesure que Balibali s’approchait lentement. Allongé sur le dos, il avait l’impression que son corps s’était entièrement vidé. Ses blessures ne lui faisaient même plus mal ; une froideur engourdissante les avait remplacées.
La sensation de vide alourdissait ses paupières et lui donnait envie de tout abandonner pour s’endormir. Il sombrait peu à peu dans l’inconscience… quand quelques images traversèrent son esprit.
Balibali vit Richard étendu à quelques pas de lui, le sang coulant sans cesse de sa bouche et de son nez, le menton déjà déformé. La lueur brûlante dans les yeux du jeune homme était presque éteinte et ses muscles tendus commençaient à se relâcher. Il était sur le point de perdre connaissance. Le barbare traîna son lourd corps vers lui, bien décidé à l’assommer pour remporter la victoire finale. Ensuite, il ramènerait le garçon dans sa tribu afin que le chaman le soigne, puis le renverrait à Norland.
Ce Norlandais était un vrai guerrier, digne de son respect. Au moins par sa volonté et son courage, il était digne de Mountainsea.
Mais c’est alors qu’il vit une flamme de la taille d’un pois se former au bout du doigt de Richard. Elle vacillait à peine, mais le combat lui avait appris à se méfier de toutes les flammes libérées par Richard, quelle que soit leur taille. Il ne put s’empêcher de s’arrêter.
« AAHH ! » Richard se redressa brusquement en hurlant comme une bête, tandis que son doigt s’enfonçait dans sa cuisse. Les flammes abyssales avaient le pouvoir de ronger l’âme ; sa conscience étant presque éteinte, il n’avait plus aucune défense. La douleur instantanée était insupportable, même pour sa volonté de fer.
Lorsque la flamme s’éteignit, elle avait laissé une cicatrice vive. Pourtant, la douleur l’avait tiré du bord de l’inconscience. Il puisa dans ses dernières forces pour se relever. « J’ai… encore… de la force. Voici… l’Anéantissement ! »
Balibali vit une lune bleue floue apparaître au-dessus de la tête de Richard. Une couche de clair de lune bleu sombre enveloppa le corps du demi-elfe tandis qu’il frappait en avant du bras.
Il utilisait son propre corps comme une épée !
« C’est un fou ! » fut tout ce que le barbare put penser avant d’être projeté dans les airs. Lorsqu’il retomba au sol, il sut qu’il ne se relèverait pas de sitôt. Il avait été vaincu par un mage de niveau 14 ? Cela ressemblait à un mauvais rêve.
Richard recula en titubant de quelques pas, cracha du sang, puis s’effondra au sol. Son mana et son énergie étaient épuisés depuis longtemps ; la seule puissance à laquelle il pouvait encore puiser était la force lunaire.
L’Anéantissement était l’épée secrète qu’il avait toujours le mieux comprise, principalement parce que Gaton en avait fait une démonstration bien plus convaincante que les autres. Les autres n’étaient que des manuels à étudier, mais lui avait fait l’expérience de l’âme de la lune bleue.
Balibali était à terre, tandis que Richard parvenait à se redresser. L’issue de ce combat tragique était déjà scellée. Les deux jeunes hommes ne parlèrent pas pendant un moment ; ils haletaient, cherchant à reprendre des forces.
Mais Richard inspira soudain profondément, et son visage prit une expression alerte. Une puissante odeur de pourriture emplissait l’air, comme si un tas de viande avariée venait d’être déposé tout près.
Balibali ouvrit les yeux, le visage marqué par une peur extrême. « Heisa ! »
Un rire rauque retentit au loin. Un barbare d’une laideur extrême, qui ne ressemblait en rien à autre chose qu’à une bête, accourait vers eux. L’odeur de pourriture s’intensifia à mesure qu’il approchait, devenant si âcre qu’elle donnait envie de vomir.
Heisa s’essuya le front et rit. « Eh bien, le voyage a été un peu éprouvant, mais on dirait que je suis arrivé juste à temps. »
Il fixa Richard de ses yeux verts et se lécha les lèvres de sa langue fourchue. « Tu es donc la personne annoncée ? Richard, c’est bien ça ? Impressionnant, d’avoir vaincu Balibali comme ça. Si on t’avait laissé progresser deux ans de plus, je crains que je n’aurais pas fait le poids. Ha ha !
« Mais bien sûr, tu n’auras jamais cette chance ! »