Chapitre 576
Étreindre le destin
Les ténèbres nocturnes furent soudain déchirées par une lumière ambrée, tandis qu’une pleine lune se condensait dans les airs et s’élevait doucement vers le ciel. Les guerriers de la Tribu Nightwind reconnurent évidemment la deuxième lune de l’arc-en-ciel, mais ne comprirent pas pourquoi elle était apparue à ce moment-là…
Ni pourquoi elle se trouvait à trois mètres à peine ! Lorsqu’ils remarquèrent Richard, immobile sous l’éblouissante lumière lunaire, il était déjà trop tard. Un rouge profond s’était mêlé à la lueur jaune qui jaillissait de ses mains, s’enroulant autour de lui pour former un anneau lumineux de dix mètres de diamètre.
L’épée secrète de la deuxième lune : l’Anneau du Destin. L’anneau de lumière trancha les barbares de la Tribu Nightwind et les coupa tous en deux. Leurs moitiés supérieures glissèrent au sol, le visage figé dans l’expression qu’elles avaient eue juste avant la mort.
Quand la lumière s’atténua de nouveau, un cor funèbre retentit enfin dans les plaines. Le silence des ténèbres fut rompu par un bruissement lourd : les survivants des abords s’enfuyaient.
Richard brandit Extinction à quelques reprises, mais il n’y avait pas de sang à essuyer. L’épée s’était transformée en silence tandis qu’il la maniait ; désormais, le sang d’un ennemi ne la souillait que si celui-ci était vraiment puissant. Il soupira, forçant la lave dans ses yeux à se refroidir, puis retourna à l’endroit où il se trouvait et rengaina l’arme, dont le fourreau était toujours enfoui dans le sol.
Il s’assit ensuite pour méditer de nouveau, sans se laisser troubler par l’odeur âcre du sang qui imprégnait l’air. Pendant ce temps, aucun animal n’osa approcher des lieux, comme s’ils abritaient un ennemi mortel.
Trois heures plus tard, les nuages sombres se dissipèrent discrètement, révélant un autre ciel nocturne étoilé. Ayant récupéré presque tout son mana, Richard se leva et reprit sa route en ligne droite vers le centre de Klandor. Il ne lui restait guère de temps et, pour lui, la nuit ne différait guère du jour.
……
Au loin, les forêts grondèrent tandis que la terre semblait gémir. Une jeune fille courait à perdre haleine dans les bois, serrant contre elle un œuf immense, presque aussi grand qu’elle. Les arbres antiques qui s’élançaient vers le ciel disparaissaient derrière elle, tandis qu’un brouillard violent déferlait devant un corps colossal qui se contorsionnait à sa poursuite.
De nombreuses têtes apparurent et disparurent à cent mètres dans les airs, poussant parfois des rugissements furieux. Ceux-ci semblaient ébranler l’espace lui-même et faire tourbillonner l’air dans toutes les directions. La forêt était déjà plongée dans le chaos : les oiseaux battaient des ailes de toutes leurs forces, tandis que les bêtes ne pouvaient que fuir à toute vitesse pour s’éloigner le plus possible. Seules les créatures les plus redoutables supportaient la puissance de ces rugissements ; les autres tombaient du ciel ou s’effondraient de terreur.
Pendant ce temps, la jeune fille courait toujours plus vite, donnant parfois un coup de pied dans un amas de bêtes paralysées qui lui barrait le chemin. Pourtant, quelle que fût sa vitesse, l’énorme bête dans le brouillard restait sur ses talons. Chacun de ses pas faisait trembler la terre et bondir les animaux paralysés à plusieurs mètres de hauteur.
Ce ne fut qu’à l’aube que Mountainsea sortit enfin de la forêt pour déboucher dans les plaines. Elle poussa un cri de joie et accéléra aussitôt, ne laissant derrière elle qu’un nuage de poussière.
La rangée d’arbres qui bordait la forêt s’abattit, écrasée par d’immenses pieds. La grande bête révéla enfin sa véritable apparence : quatre pattes pareilles à des piliers soutenaient un corps de près de cent mètres de haut. Neuf têtes poussaient sur son torse, chacune différente des autres, et s’élevaient à des centaines de mètres dans le ciel.
L’hydre géante fixa la direction où Mountainsea s’était enfuie et poussa un cri de rage impuissante avant de fouetter l’air de sa queue. D’innombrables arbres antiques furent projetés au loin. Mais, après avoir ravagé les bois quelque temps, la créature fit demi-tour à contrecœur et regagna lentement son repaire. Ce chapitre a été tiré de novelping . com sans autorisation.
……
Le matin finit par se lever. Les nuages rouges qui couvraient la moitié du ciel donnaient à Klandor une couleur singulière. Les chants des oiseaux et les hurlements des bêtes résonnaient partout tandis que le continent tout entier s’éveillait et retrouvait peu à peu sa vitalité.
Richard avançait toujours d’un pas régulier, respirant longuement et avec précaution. Le terrain devenait peu à peu plus escarpé sous ses pieds, et les vents se faisaient plus violents. Le sifflement de la brise avait quelque chose de lugubre, pareil au cri de guerre d’une antique tribu barbare.
Devant lui se dressait un immense arbre antique. La majeure partie de son tronc portait les stigmates du temps, mais ses branches supérieures conservaient encore un peu de verdure. Comme toutes les autres formes de vie de ce continent, il survivait avec ténacité à d’innombrables épreuves.
Sous l’arbre se tenait un jeune barbare, ni grand ni robuste par rapport aux autres barbares que Richard avait croisés en chemin. Pourtant, chacun de ses muscles semblait aussi dense que l’acier, et son corps était si dur qu’il paraissait presque inorganique. Sa peau était sombre, contrairement au teint jaune-brun de la plupart des barbares. Les yeux mi-clos, il mâchonnait un brin de paille, à moitié éveillé.
Richard s’arrêta, les yeux fixés sur le jeune homme. Pour la première fois, une expression grave traversa son visage, où se dissimulait une pointe de détermination. Quant au jeune homme, il ne semblait pas l’avoir remarqué. Toujours appuyé contre le tronc, il faisait tourner le brin de paille dans sa bouche, le regard errant dans toutes les directions. Ce ne fut que lorsque les yeux de Richard s’illuminèrent faiblement qu’il gémit tout bas et bondit sur ses pieds, comme piqué par quelque chose.
Les pieds du jeune homme s’enfoncèrent dans le sol, comme si son corps pesait plusieurs tonnes. Son air pensif fit place à un regard attentif et acéré, qui se planta droit dans celui de Richard.
Il s’inclina gravement devant Richard, selon l’étiquette traditionnelle des tribus barbares. Puis il se redressa, le corps aussi droit qu’une lance. « Je suis Balibali, de la Tribu Skymist. Je t’attends depuis longtemps. »
« Pas mal, répondit Richard. Tu es bien plus fort que ces idiots qui se proclament les sept meilleurs, les trois meilleurs ou les meilleurs guerriers. »
« Tu parles de ces petites tribus comme Windstep ? Il n’y a pas beaucoup de tribus puissantes dans la Terre désolée venteuse. Comment pourraient-elles se comparer à la Tribu Skymist ? Je n’ai besoin d’aucun titre. Tant que je reste debout, les autres ne peuvent qu’espérer la deuxième place ! »
Richard sourit. « Tu n’avais pas peur que ces minables s’occupent de moi pendant que tu attendais, et qu’ils te volent la gloire d’avoir vaincu la personne annoncée ? »
Le jeune barbare lui rendit son sourire, dévoilant des dents d’une blancheur éclatante. « Si ces faibles pouvaient te vaincre, cette victoire n’aurait rien d’honorable. Voilà pourquoi je t’attendais ici. Je refuse de croire que celle que Son Altesse Mountainsea a choisie soit assez faible pour ne pas arriver jusqu’ici. »
« Eh bien, me voilà. »
Le regard de Balibali s’électrisa soudain. « Mais tu n’iras pas plus loin ! »
« Encore un défi ? Tu es un guerrier de niveau dix-huit, dit Richard d’un ton indifférent. »
Le beau visage de Balibali pâlit aussitôt. « Quel âge as-tu ? » Vous lisez sur novelping point com, la source officielle.
« Euh… environ dix-neuf ans. »
Le barbare eut l’air contrarié. Il brandit le poing et s’exclama à voix basse : « Très bien, je me limiterai à ce que tu appelles le niveau quinze. Nous, les guerriers barbares, ne nous battons jamais de façon déloyale ! Si tu gagnes, je ne te barrerai plus la route et je ne prendrai pas part à la bataille dans quatre ans. »
« Tu le regretteras si tu ne donnes pas tout, dit Richard sans hausser le ton. »
Balibali plissa les yeux et dévisagea Richard, les sourcils froncés. « Tu n’es qu’un mage de niveau quatorze. »
« Vous ne pensez pas que le niveau ne permet pas de mesurer la valeur d’un guerrier ? »
« Soit », répondit aussitôt le jeune homme. « Je te témoignerai le respect dû à un véritable guerrier et je me battrai à pleine puissance ! »
Richard planta l’épée elfique et Extinction dans le sol, à une dizaine de mètres de son adversaire. Ne gardant que le Jumeau du Destin à la main, il fit face solennellement à Balibali, tandis que des éclairs parcouraient son corps.
Balibali parut quelque peu perplexe, davantage parce qu’un mage possédait deux épées que parce qu’il les plantait dans le sol. Il attendit néanmoins que Richard eût terminé ses préparatifs, puis dégaina l’épée à sa ceinture et la pointa lentement vers l’avant. Comparée aux lourdes épées à deux mains que les barbares préféraient d’ordinaire, son arme était longue et étroite. Son style semblait privilégier la technique et la vitesse.
Il leva soudain son épée et rugit. En un bond, il quitta sa position initiale et se retrouva devant Richard. Sa lame s’abattit sur lui à une vitesse fulgurante, sans lui laisser la moindre chance d’esquiver.
Pourtant, lorsque l’éblouissant éclat de l’épée passa, la silhouette devant lui se dissipa en une vague brume. Balibali se retourna à la hâte et découvrit autour de lui quatre autres Richards, parfaitement identiques. Dans sa main gauche, chacun tenait un livre d’apparence ordinaire dont il tournait rapidement les pages.
Le jeune barbare poussa un cri et fit tournoyer sa lame comme un maelström, projetant quatre rayons lumineux. Trois atteignirent leur cible et détruisirent les trois illusions restantes, mais le véritable Richard esquiva au même instant où un éclair frappa Balibali à la tête.
Balibali reconnut aussitôt le sort. Rassemblant toutes ses forces, il se prépara à encaisser le coup et à poursuivre Richard. Pour affronter un mage, mieux valait réduire la distance autant que possible, et le barbare était certain que son puissant corps résisterait à un simple sort de sixième rang.
Mais cet éclair était parcouru de lueurs rouge sombre. Dès qu’il le frappa, le jeune homme fut stupéfait ; son corps trembla et ses cheveux se dressèrent, tandis qu’il restait paralysé. Richard accéléra ; le Livre de Maintien avait déjà disparu dans son rangement lorsqu’il se précipita vers Balibali comme le vent. Extinction apparut soudain dans sa main et s’abattit sur la taille de son ennemi !