Chapitre 522
Collaboration
Le fait que l’aide de la comtesse Katrina lui barre la route surprit quelque peu Richard. Il n’avait retenu d’Anna que ses longues jambes et sa posture droite. Son commandement n’avait rien d’exceptionnel, rien qui mérite qu’on s’en souvienne. Bien sûr, n’importe quel général aurait paru bien terne en sa présence. Même s’ils avaient eu du talent, ils n’auraient pas pu le faire valoir comme il se devait.
« Ma Dame serait ravie de vous voir », déclara Anna d’un ton impassible.
Richard fut contraint de s’arrêter. Ne pouvant s’empêcher de la détailler des pieds à la tête, il soupira : « Je serais heureux de voir la comtesse, mais vous me barrez le chemin. Vous trouvez cela convenable ? Ou pensez-vous vraiment pouvoir tenter de m’arrêter par la force ? »
La jeune femme recula d’un pas et s’inclina, sans toutefois s’écarter. « Je sais que je vous offense. Une fois que vous aurez vu ma Dame, vous pourrez me punir comme bon vous semblera. »
À la vue de cette beauté glaciale qui lui disait qu’il pouvait la punir comme il l’entendait, le cœur de Richard s’emballa légèrement. Il aurait été anormal qu’il en fût autrement. Cette petite tentative de séduction n’était pourtant rien comparée à Katrina elle-même. Il eut un sourire en coin. « La comtesse peut me voir quand elle le souhaite. Je n’ai aucun intérêt à vous punir. Laissez-moi passer ! »
Pourtant, comparée à la comtesse, la petite tentative de séduction d’Anna ne valait rien. Richard eut un sourire en coin. « La comtesse peut me voir quand elle le souhaite. Je n’ai aucun intérêt à vous punir. Laissez-moi passer ! »
Anna refusa toujours de s’écarter et déclara sans détour : « Ma Dame ne peut pas vous voir du tout, vous trouvez toujours une excuse. »
Richard commençait déjà à faire craquer ses doigts. Il soupira de nouveau en sa direction. « Vous êtes d’une loyauté remarquable. »
« Si vous souhaitez connaître la raison de ma loyauté indéfectible, veuillez attendre d’avoir vu ma Dame. Je pourrai ensuite tout vous expliquer en détail. » Rien ne semblait pouvoir la faire fléchir ; elle était prête à tout pour servir sa cause.
« Richard ! » Une voix retentit soudain derrière lui, empreinte d’une agréable surprise. Un flot de parfum lui assaillit alors les narines.
Il n’eut d’autre choix que de se retourner et de s’incliner avec courtoisie. « Dame Katrina. »
Katrina sourit avant même de parler, avec le sourire lubrique d’un renard qui venait d’apercevoir un petit poussin. Quand elle eut fini de rire, elle prit la parole d’une voix légèrement capricieuse : « Seigneur Richard, il est vraiment difficile d’obtenir un rendez-vous avec vous ! »
Richard sourit. « Mon niveau est trop bas. Je n’ai pas d’autre choix que de travailler dur. »
« Vous êtes un vrai plaisantin ! » Katrina se couvrit la bouche en gloussant, les yeux en croissant de lune. « Vous n’avez même pas vingt-cinq ans, n’est-ce pas, monseigneur ? »
Il y réfléchit un instant et décida de garder son véritable âge pour lui. Le chiffre qu’il annonça suffisait pourtant à impressionner n’importe qui. « J’ai vingt ans. »
« Seulement vingt ans ! » Les yeux de Katrina brillèrent. À voir son expression, Richard ne crut pas que ce fût à cause de son niveau.
Il sentit aussitôt venir le mal de tête : il avait commis une erreur. La comtesse Katrina l’avait soutenu sans réserve lors de la guerre contre l’Association des mages, envoyant des milliers de soldats d’élite et même deux saints. Elle avait perdu plus de mille hommes dans ces batailles et dû débourser plusieurs centaines de milliers de pièces d’or.
De plus, elle était différente de Zim. C’était une véritable noble, dotée d’une influence considérable, et son pouvoir était à la hauteur de ses origines. Les familles de son père, de sa mère et même de son défunt mari jouissaient toutes d’une grande renommée. Parmi les nobles dont le rôle était décisif au sein du royaume, elle avait clairement affiché sa position, influençant ainsi bien d’autres personnes. En outre, après la première défaite de l’Association des mages, elle avait activement fait circuler la nouvelle et contribué à faire imploser leur alliance de l’intérieur. Richard devait traiter avec soin et gratitude une alliée aussi précieuse.
Les yeux de la comtesse brillaient de plus en plus tandis qu’elle continuait de rire, le trouvant presque attendrissant. Il lui répondit par un sourire en coin. Son corps était encore en pleine croissance, mais la bénédiction du Torrent de Vie avait préservé son visage, toujours aussi juvénile qu’il y avait trois ans. Il allait bientôt avoir dix-huit ans, mais son visage lui en donnait deux de moins. La différence n’était pas grande, mais elle se remarquait ; sa pilosité faciale l’atténuait quelque peu, sans toutefois produire l’effet escompté. Katrina, qui s’y connaissait en parure, perça aisément le secret de sa jeunesse de son regard acéré.
Elle avait une trentaine d’années. Grande et bien faite, elle avait pourtant la peau encore claire et délicate. C’était une beauté mûre, dans la fleur de l’âge. Incapable de supporter son regard sans retenue, Richard s’efforça de changer de sujet et demanda en souriant : « Le vicomte Zim se porte bien, ma Dame ? »
De toute évidence, Zim n’allait pas bien du tout. Il n’avait entendu que les rires satisfaits de Katrina provenant de la résidence, tandis que Zim n’avait pas émis le moindre son.
Le claquement de l’éventail de Katrina résonna lorsqu’elle l’ouvrit. Elle se mit à éventer la large portion de poitrine généreuse qu’elle dévoilait, dont les rondeurs rebondissaient au moindre mouvement. Son regard limpide comme l’eau posé sur Richard, elle rit : « Le petit Zim vient de s’endormir. Le sang de licorne n’est pas aussi merveilleux qu’on le prétend : en trois rounds à peine, une créature divine s’est changée en cheval fourbu. Seigneur Richard, puis-je savoir quel sang précieux coule dans vos veines ? »
Le front de Richard se couvrit de sueur et il s’empressa de faire preuve d’humilité. « Je ne suis qu’un simple humain. Comment pourrais-je avoir la chance de posséder un sang particulier ? Je dois encore discuter de quelques réflexions sur les sorts avec Zendrall. Ma Dame, avez-vous besoin d’autre chose ? »
À l’évocation de Zendrall, son expression changea aussitôt. « À quoi bon passer du temps avec ce type qui s’occupe des morts toute la journée ? Pourquoi ne pas prendre le thé du matin avec moi et discuter en détail des lignées et des secrets de la vie ? »
Il conserva son sourire impeccable. « Je vous prie de m’excuser, mais c’est urgent. Si l’occasion se présente, je serais ravi de partager votre thé du matin. » Sur ces mots, il s’inclina devant elle et s’éloigna à toute vitesse.
Voyant Richard disparaître au loin, Anna plissa les yeux. « Vous allez le laisser s’échapper si facilement, ma Dame ? »
« Que puis-je faire d’autre ? Employer la force ? N’oubliez pas que nous sommes sur son territoire. Et ne le sous-estimez pas sous prétexte que c’est un mage. Vous ne seriez peut-être même pas capable de le vaincre. » Vous lisez sur novelping . com, la source officielle.
Une détermination farouche passa sur le visage de la combattante. « Je n’ai pas peur d’y laisser la vie, mais lui, si. »
Katrina gloussa et lui souleva le menton, faisant rougir les joues de la jeune femme. « Je ne le permettrai pas. Ne t’en fais pas : cette fois, il peut s’échapper, mais ça ne se reproduira pas. »
« Clac ! » L’éventail se referma. Les yeux charmants de Katrina fixèrent d’un air absent l’endroit où Richard avait disparu. « La prochaine fois, je le droguerai. »
……
De retour à Norland, Richard prit aussitôt contact avec Nyris. Ils confirmèrent la tenue de la cérémonie d’offrande pour le lendemain, puis se retrouvèrent pour discuter des détails de leur expansion dans le Plan forestier.
Ils comptaient unir leurs forces et investir des ressources équivalentes, puis se partager à parts égales les bénéfices tirés du plan. Les décisions stratégiques seraient prises en comité, mais, en raison du statut de prince de Nyris, les Archeron conserveraient le droit de gouverner le plan.
Les calculs devaient commencer par la stabilisation du passage planaire. La Famille Schumpeter avait investi une somme considérable dans le Plan forestier, tout comme Gaton. À présent, il ne fallait plus que 3 000 pièces d’or pour téléporter une personne dans le plan, et Nyris n’avait prévu de renforcer le passage qu’une seule fois, le lendemain. À court terme, Richard était donc perdant dans cette affaire. Toutefois, la perspective changeait lorsqu’on considérait l’ensemble. Nyris avait beaucoup de valeur en tant que source régulière d’équipement enchanté.
Richard avait déjà soigneusement préparé les choses, en détaillant clairement les ressources à investir et le calendrier prévu. Mais dès qu’il leur présenta son plan, Nyris et Agamemnon échangèrent un regard et affichèrent tous deux un sourire gêné. Richard en fut très perplexe ; il était certain d’avoir mûrement réfléchi à la question et pris soin de répartir équitablement les bénéfices dans tous les domaines. Blackgold lui avait appris que, sans règles claires et équitables pour partager les gains, même les meilleurs amis finissaient par se séparer.
Finalement, Nyris fut le premier à émettre une objection. Il n’avait rien à redire au modèle en lui-même, mais l’ampleur de l’investissement posait problème. Et il n’y avait qu’une seule raison à cela : Richard comptait injecter des ressources d’une valeur de dix millions de pièces d’or. Ce type ne se demandait donc même pas ce que pouvait ressentir quelqu’un qui ne gagnait qu’un million par an ? Comment aurait-il pu réunir une somme aussi énorme pour financer une guerre planaire ? Et, pour couronner le tout, la note méprisable à la fin du plan précisait qu’il ne s’agissait que d’un investissement de base, susceptible d’augmenter !
Ce ne fut qu’alors que Nyris comprit qu’il y avait beaucoup plus de princes et de princesses que de maîtres des runes royaux. Il ne pouvait absolument pas rivaliser avec Richard sur le plan financier.
Les dix millions de pièces d’or que Richard comptait investir n’avaient rien d’exagéré. Compte tenu du décalage temporel entre Norland et Faelor, il amassait plus de quinze millions de pièces d’or tous les six mois. La majeure partie de cette somme servait habituellement à acheter de l’équipement magique. Cela montrait à quel point son influence s’étendait rapidement sur Faelor.
Même en tenant compte du décalage temporel, Richard accumulait des richesses à un rythme absurde. Nyris et Agamemnon s’intéressaient donc tous deux à son taux de réussite et aux capacités de son sang, mais les véritables secrets du maître des runes demeuraient cachés à Faelor. Ils ne pouvaient pas s’y immiscer, et ni l’un ni l’autre n’agirait avant qu’il ne leur en parle de son propre chef.
Après avoir exprimé son objection, Nyris aurait dû proposer ses propres modifications au plan. Pourtant, malgré une longue hésitation, il ne parvint pas à prononcer un mot. Comment aurait-il pu avouer qu’il ne pouvait même pas réunir le dixième de la somme dont disposait Richard ? Finalement, Agamemnon lui vint en aide en annonçant qu’il était prêt, lui aussi, à investir dans le projet et à prendre un quart des bénéfices totaux aux côtés de Nyris, laissant les trois quarts restants à Richard.
Ce ne fut qu’alors que Richard comprit à quel point leurs revenus différaient. Tout le monde n’avait pas accès à une source de revenus aussi facile que la capitale des trolls. Les jeunes héritiers des familles nobles dépendaient généralement des dividendes fixes que leur versait leur famille, quelles que soient leurs capacités. Il était rare qu’ils puissent gagner de l’argent grâce à une guerre planaire.