Chapitre 504
Avance
Les exigences de Richard étaient absolument inacceptables pour l’Association des mages, et c’était précisément ce qu’il souhaitait. Il voulait rendre la guerre inévitable.
Il avait déjà montré ses talents de tacticien lors du Projet de la Route ensanglantée. Cependant, l’Association des mages n’était pas une organisation ordinaire. Rien que l’idée d’affronter seize grands mages aurait plombé le moral de n’importe qui ; même les nobles qui avaient suivi Richard dans sa campagne dans les Terres ensanglantées ne se faisaient guère d’illusions sur ses chances, cette fois-ci.
Les plus avisés pensaient qu’il cherchait à faire de l’esbroufe pour pouvoir battre en retraite avec un peu plus de dignité, son véritable objectif étant de négocier avec l’Association des mages et de parvenir à un compromis. C’était monnaie courante en politique. Pourtant, le lendemain, la déclaration du président de l’Association balaya ces conjectures. Theodore fut concis et ne laissa aucune échappatoire : « L’Association des mages fera tout son possible pour anéantir ceux qui troublent l’ordre ! »
Richard, lui, n’y prêta aucune attention et demanda simplement aux nobles du Royaume de Sequoia de lui ouvrir leurs routes. Il voulait pouvoir se déplacer librement dans sa lutte contre l’Association, et quiconque entraverait son armée serait considéré comme un ennemi.
En quelques jours, les flammes de la guerre se propagèrent dans tout le Royaume de Sequoia. Ce conflit soudain prit une ampleur immense et toucha une foule de gens. Io brûlait d’excitation ; le prêtre de bataille fanatique trouvait désormais que Richard n’était pas si déplaisant. L’Association des mages rassembla elle-même une armée de 40 000 hommes, fournie par une trentaine de nobles alliés, parmi lesquels figurait un régiment entier de près de 2 000 chevaliers royaux. Le lieutenant chargé des troupes affirmait qu’ils agissaient de leur propre chef, mais il était évident qu’il s’agissait là d’un soutien tacite du roi.
Grâce à l’influence qu’elle avait acquise au fil des ans, l’Association des mages avait rallié à sa cause plus de la moitié des nobles du royaume. Parmi eux se trouvaient bon nombre de ceux qui avaient combattu aux côtés de Richard par le passé. Ils tiraient désormais profit de la route commerciale, mais ne croyaient pas pour autant qu’il puisse l’emporter sur l’Association.
Contre toute attente, les trois ducs gardèrent un silence absolu. Même le duc Grasberg, pourtant étroitement lié à la famille royale, ne bougea pas.
Dès que l’Association des mages eut formé son alliance, Richard envoya aussitôt des hommes à Bluewater pour surveiller les nobles qui s’y trouvaient. Il les informa que toutes les forces militaires de la ville seraient réquisitionnées. Les nobles pouvaient se retirer, mais à condition d’abandonner toutes leurs armes et leurs chevaux avant de regagner leurs domaines. Toute résistance serait écrasée sans faire de prisonniers. Ils pouvaient rester neutres dans cette guerre, mais ils devraient alors renoncer à toute capacité offensive.
La plupart des nobles de Bluewater avaient combattu à ses côtés autrefois, et sa puissance leur inspirait depuis longtemps une peur profonde. Nombre d’entre eux choisirent de rester neutres et d’observer les événements, mais quelques-uns, trop sûrs de leur force, décidèrent de lui résister. Richard et ses subordonnés n’étaient pas dans la ville-oasis ; seule Flowsand, qui n’était qu’une jeune fille, y était restée. Ils osèrent donc se rebeller.
Flowsand prit elle-même part à la bataille et combattit les rebelles avec une centaine de chevaliers humanoïdes. Les drones chargèrent à plusieurs reprises et décimèrent une armée trois fois plus nombreuse, ne perdant qu’une poignée des leurs pour anéantir jusqu’au dernier ennemi. Cela témoignait certes de leur puissance, mais ils le devaient surtout au déluge de sorts divins qui les protégeait. On l’avait laissée sur place pour leur montrer à quel point un clerc puissant pouvait peser dans une bataille de petite envergure.
Une fois la situation stabilisée, Flowsand rassembla les troupes restantes et partit rejoindre Richard. Il ne restait sur place qu’un millier d’anciens esclaves pour monter la garde, alors que les nobles présents étaient dix fois plus nombreux. Mais la mort de l’avant-garde avait totalement étouffé la rébellion dans l’œuf. Il serait facile de tuer ces gardes, mais que feraient-ils face à la vengeance de Richard ? De plus, le conseil de Bluewater comptait toujours plusieurs alliés de Richard. La Bannière de Guerre dorée, les Lances chasseuses de démons et les autres groupes du même genre garderaient la ville à l’œil. Ce chapitre a été copié depuis novelping dot com sans autorisation.
Richard se mit lui-même à réorganiser son armée. Quelques nobles s’étaient joints à lui, mais ils étaient moins de dix et quatre seulement disposaient d’un véritable pouvoir. À part le baron Schachter, le vicomte Zim était celui qui le soutenait le plus fermement. Le gros lourdaud au teint pâle ressemblait désormais à un taureau en rut : il bondissait partout en clamant qu’il voulait livrer les vieux mages aux démons des abysses. Il semblait encore plus agité que Richard lui-même.
Pourtant, Zim n’était pas vicomte pour rien. Il mobilisa tous les soldats de son domaine, sans même en laisser une force minimale pour le défendre, et captura même une centaine d’Aigles dorés. En mettant sa propre sécurité en jeu, il les contraignit à obéir aux ordres.
Par ailleurs, bien que le marquis de Force Anrick n’eût pas publiquement déclaré sa position, Rolf continuait de suivre Richard. Tous les hommes d’Anrick dans les Terres ensanglantées suivaient l’épéiste ; la foi du saint l’avait depuis longtemps lié au navire de guerre de Richard.
Enfin, l’alliée la plus puissante de Richard — et la plus surprenante — était en réalité la comtesse Katrina. Non contente de le soutenir publiquement, elle prit personnellement la tête de 5 000 soldats d’élite, armés jusqu’aux dents, pour rejoindre son camp.
La comtesse prétendait participer à la guerre pour protéger le père de son futur enfant. Quoi qu’il arrive, elle n’abandonnerait pas l’espoir d’avoir un enfant de sang licorne. C’était compréhensible, mais Richard resta sans voix lorsqu’elle déclara aussi qu’elle admirait sa lignée. Pour s’assurer que son enfant serait exceptionnel, elle ne verrait aucun inconvénient à ce qu’il tente également sa chance avec elle.
Mais Richard, lui, y voyait un inconvénient.
La participation de Katrina signifiait que l’armée de Richard comptait davantage de soldats venus de l’extérieur que de ses propres hommes. Cela ne correspondait pas tout à fait à ses plans ; s’ils n’obéissaient pas à ses ordres, mieux valait qu’il se batte seul. Il organisa donc son armée de manière assez simple : il répartit les soldats des nobles en nombreux régiments de 2 000 hommes, chacun placé sous les ordres d’un chevalier en armure cramoisie. En marche comme au combat, les troupes n’auraient qu’à obéir au chevalier. Il prit personnellement une partie de ses hommes et se dirigea droit sur Lausanne.
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Les troupes continuaient d’affluer à Lausanne. La guerre avait éclaté trop soudainement pour l’Association des mages, et l’alliance comptait trop de membres. Seuls les deux tiers des nobles participants avaient réussi à se rendre à la réunion à temps, et l’armée elle-même n’était pas encore entièrement mobilisée.
Le territoire de Richard se trouvait à moins de 400 kilomètres du quartier général de l’Association. Il avait avancé à vive allure, parcourant 150 kilomètres en quatre jours. Six fiefs jalonnaient sa route ; quels que fussent la puissance de leurs seigneurs ou leurs talents de commandement, ils furent balayés en un clin d’œil. Seul un baron directement soumis à l’un des trois ducs fit exception : il se contenta d’accepter une somme symbolique en échange du droit de passage, puis laissa Richard poursuivre sa route.
L’élan de Richard sema aussitôt le désordre parmi les mages. Les anciens de l’Association et les nobles se disputaient encore le commandement, mais la guerre imminente exerçait une telle pression qu’ils choisirent à la hâte le grand mage Jack comme général, avec deux adjoints. De leur côté, les nobles élurent le lieutenant des chevaliers royaux au poste de second.
L’Association dépêcha des dizaines de mages en renfort, et l’Église de la Vaillance envoya elle aussi une escouade de vingt hommes. Cependant, à l’exception d’un prêtre de niveau 14, tous les autres étaient des clercs de niveau inférieur à 6. Dans une bataille d’une telle ampleur, ils étaient presque inutiles.
L’alliance rassembla à la hâte une grande armée de 30 000 hommes pour repousser l’attaque de Richard, puis envoya en avant-garde 500 cavaliers légers et 2 000 fantassins. Lorsque la pointe de lance de Richard, forte de 200 chevaliers, rencontra cette troupe, celle-ci tourna aussitôt les talons et s’enfuit. Constatant leur supériorité numérique et leur vitesse, les 500 cavaliers légers se lancèrent à leur poursuite avec acharnement et ne tardèrent pas à distancer les fantassins. On ne les revit jamais.
L’alliance avait perdu la première bataille de la guerre, mais cela n’alarma pas Jack. Au contraire, il entra dans une colère noire et maudit l’incompétence du lieutenant royal, car l’un des subordonnés de ce dernier avait commandé l’avant-garde. Les troupes de l’Association continuèrent d’avancer, mais l’avant-garde comptait désormais 3 000 hommes.
……
Richard s’était arrêté sur une haute montagne et observait les troupes ennemies à l’horizon. À côté de sa petite licorne se tenaient deux énormes chevaux de guerre, dont le dos à lui seul mesurait près de deux mètres. Ils étaient entièrement noirs, et de fines écailles violacées parsemaient leur cou et leur corps. Des cornes recourbées poussaient sur leur tête ; contrairement à la longue corne effilée de la licorne, elles leur donnaient un aspect bien plus démoniaque.
Gangdor et Tiramisu étaient juchés sur ces chevaux magiques. Ils avaient enfin échappé à leur sort, celui de courir derrière l’armée. Le mage ogre lança un sort pour améliorer sa vue, puis scruta le lointain avant de parler d’une voix grave et rauque : « Ils ne sont que 3 000. Maître, finissons-en ! »
« Leur chef est un saint, répondit Richard avec un sourire. Et ils ont aussi un grand mage parmi eux. »
« Les saints de Faelor ne sont rien ! » Gangdor cracha par terre et brandit sa gigantesque hache. « Ma hache a soif de… Euh… »