Chapitre 496
La mère de couvée évolue
Les choses n’avaient jamais aussi bien tourné pour Richard. Tous ses combats contre l’Empire du Triangle de fer avaient été à sens unique, ce qui avait intimidé les jeunes nobles qui l’accompagnaient. Même jeunes, ils transmettraient ces informations aux différentes puissances dont ils étaient issus. Richard s’en servait pour terrifier les nobles du Royaume de Sequoia et les avertir de ne pas se laisser griser par les énormes profits. Pour l’instant, du moins, cela préserverait son influence.
Bluewater s’étendait rapidement et sa population dépassait déjà les cinquante mille habitants. Une tour de magie était en construction sur les terres de Richard, où elle deviendrait un puissant ouvrage défensif tout en lui garantissant le droit d’agir à sa guise dans la ville. Ceux qui le considéraient encore comme une épine dans le pied observaient la construction de la tour, mais même après quinze jours, personne ne s’y était opposé. Les nobles n’avaient même pas tenté de sonder le terrain ni d’entamer des négociations.
Cela montrait à quel point la position de Richard était devenue stable. Du moins pour le moment, aucune organisation ne viendrait la contester.
Au milieu de ce calme précédant la tempête, des nouvelles lui parvinrent de la mère de couvée, dans la Terre du Tumulte. Elle avait enfin absorbé toute la puissance du sang de l’Esprit sacré. L’énergie qu’il contenait était si vaste qu’elle s’apprêtait à entrer en sommeil pour se l’assimiler. Richard la calma quelque temps et lui demanda de garder auprès d’elle la toute dernière portée de cinquante chevaliers humanoïdes afin de la protéger.
……
À cet instant même, au cœur d’une forêt de la Terre du Tumulte, s’étendait une clairière d’environ dix kilomètres carrés. Aucun signe de vie n’y était visible, seulement une terre gris foncé. Autrefois, cet endroit avait fait partie de la forêt, mais des centaines de drones ouvriers et d’humanoïdes l’avaient défriché de concert. Les drones ouvriers possédaient un puissant dard frontal, capable d’abattre en quelques coups les troncs les plus épais, serrés les uns contre les autres, puis de déraciner les arbres. Bien sûr, toutes les créatures vivantes, des bêtes féroces aux petites fourmis, avaient fui, terrifiées, aussi loin que possible.
Les profondeurs de la Terre du Tumulte étaient un lieu mystérieux et dangereux. Les arbres y poussaient de façon tortueuse, et le sol, en dessous, était d’un gris mort. Il ne contenait pas les nutriments nécessaires à la croissance des plantes ordinaires. Non loin de là, de nombreuses bandes dorées de lumière striaient le ciel. Pourtant, ce qui aurait dû être magnifique paraissait étrangement froid dans ce monde immobile et gris.
Et elles l’étaient. C’étaient des rubans instables de force temporelle. Le sort de ceux qui s’y retrouvaient pris variait : il pouvait ne rien leur arriver, mais tout aussi bien, ils pouvaient être projetés dans un autre plan. Il arrivait aussi qu’une partie seulement de leur corps soit envoyée ailleurs, tandis que le reste demeurait à Faelor. Le plus dangereux, c’était que ces rubans erraient de façon imprévisible et apparaissaient souvent sans prévenir. Même un puissant combattant ne pouvait se défendre s’il était pris au dépourvu.
C’était pourquoi la Terre du Tumulte était considérée comme l’une des zones interdites du plan. Quelques aventuriers s’aventuraient au moins dans d’autres régions dangereuses, mais personne ne voulait venir ici.
Des dizaines d’arbres s’abattirent à l’extrémité de la clairière tandis que la mère de couvée y avançait lentement. Elle cessa de ramper en atteignant le centre, puis immobilisa son corps gigantesque, long de plus de quarante mètres et haut de sept. Sa taille dépassait même celle d’un dragon ; partout où elle était passée, elle avait laissé de profondes empreintes dans la terre, et les grands arbres tortueux n’étaient que de brins d’herbe face à sa stature colossale.
Une fois arrêtée, la mère de couvée se redressa et ouvrit les nombreux stigmates de son abdomen, d’où jaillirent de grandes quantités de brume acide jaune verdâtre qui recouvrirent toute la clairière. Quand la brume se dissipa lentement, une couche verte resta à la surface du sol. Même une créature plus petite qu’une fourmi aurait succombé à cette attaque.
Elle leva ensuite la tête avec difficulté et se mit à projeter des paquets de liquide blanc, qui séchèrent aussitôt dans le vent, formant de fins fils blancs qui l’enveloppèrent. Les mêmes fils jaillirent aussi de ses stigmates et, en une journée, un cocon d’une taille incomparable apparut au centre de la clairière.
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Quinze jours de plus s’étaient écoulés. Richard plaçait avec précaution une rune dans une boîte de scellement magique, achevant ainsi sa troisième série en un peu plus d’un mois. Sa réserve de mana avait également considérablement augmenté : tant qu’il ne poussait pas le Sacrifice à ses limites comme face au jeune Mensa, il pouvait désormais lancer un sort de niveau 6 sans perdre de niveau.
En contemplant les trois séries qu’il tenait entre les mains, Richard avait l’impression de voir trois millions de pièces d’or. Cette immense richesse le comblait de satisfaction : elle représentait une grande force et incarnait sa valeur.
À cet instant, une conscience l’appela depuis la lointaine Terre du Tumulte : « Maître, je suis réveillée. »
Au plus profond de la Terre du Tumulte, le gigantesque cocon se fendit et la mère de couvée en sortit en rampant. Son corps avait rétréci : elle ne mesurait plus que vingt mètres de long et cinq de haut, mais sa carapace étincelait comme du verre noir, couverte de motifs complexes.
Elle se mit à ronger les restes du cocon. Les humanoïdes qui avaient monté la garde tout ce temps se rassemblèrent autour d’elle et en choisirent quelques morceaux pour eux-mêmes. Le grand groupe d’ouvriers s’agitait, mais, après un ordre mental, seuls dix d’entre eux sortirent pour avoir le droit de manger.
Ce cocon était constitué des propres fluides nutritifs de la mère de couvée et du sang de Zuka qu’elle n’avait pas réussi à absorber. Il favoriserait grandement l’évolution ; les drones avaient donc instinctivement envie d’en manger.
À mesure que le cocon disparaissait, un étrange petit ver à carapace noire, long d’à peine un mètre, apparut au milieu des restes. Il ressemblait à une version miniature de la mère de couvée et gisait paresseusement sur le sol, immobile. Pourtant, les drones qui mangeaient n’osaient pas s’en approcher.
Les derniers morceaux furent vite répartis, et la mère de couvée resta tranquillement étendue, comme plongée dans un profond sommeil. Elle n’était pas la seule : les humanoïdes et les drones ouvriers qui avaient mangé étaient eux aussi paralysés. Des veines rouges apparurent dans les yeux des premiers, puis se propagèrent rapidement. Des motifs sanglants se dessinèrent sur leurs pupilles.
Après un laps de temps indéterminé, la mère de couvée se redressa de nouveau. Sa carapace se fendit dans un craquement le long de son dos, et quatre ailes translucides se déployèrent en dessous, tandis que des rangées d’organes elliptiques générant de l’électricité s’illuminèrent. Ses ailes commencèrent à vibrer et son immense corps s’éleva dans les airs !
« Quoi ? Tu peux voler ? » Richard en fut stupéfait !
« Oui, Maître. Voici mes données les plus récentes. Veuillez les consulter. »
Une quantité écrasante d’informations fut transmise à Richard, au point que son cerveau se mit à palpiter. Désormais de niveau 6, la force mentale de la mère de couvée dépassait de loin la sienne. Suivez les derniers chapitres sur novеlping.com.
Ce ne fut qu’une fois toutes les données reçues que les pulsations cessèrent et qu’il put se concentrer sur ce qui lui avait été transmis. La mère de couvée pouvait désormais parcourir cinq cents kilomètres en dix heures, après quoi elle devait s’arrêter pour se nourrir et refaire le plein d’énergie. Toutefois, grâce à ses terrifiantes capacités digestives, il lui suffisait d’avoir de quoi manger pour retrouver ses forces en une demi-heure.
« Autrement dit… » Richard commençait à s’enthousiasmer.
« Oui, Maître. Je peux désormais prendre part aux combats si nécessaire ! » répondit la mère de couvée.
Il ne faisait aucun doute que la mère de couvée était individuellement la plus puissante des forces dont il disposait. Même au niveau 6, elle n’aurait aucun mal à affronter un saint ordinaire et, de plus, sa brume acide constituait une arme à distance efficace contre plusieurs ennemis.
Cependant, Richard et ses partisans étaient déjà assez puissants pour éliminer facilement un saint. Après avoir pesé le pour et le contre, il jugea qu’il n’était toujours pas prêt à lui faire courir tant de risques. « À moins que ta vie ne soit en jeu, tu ne participeras pas aux combats. Ta sécurité passe avant tout ! »
« Non ! J’ai l’âme d’une combattante ! » protesta la mère de couvée.
Richard faillit en tomber à la renverse. Il n’en revenait pas que ces paroles soient venues de la mère de couvée ; elles auraient plutôt convenu à Gangdor. La mère de couvée avait une âme, et avoir une âme signifiait posséder de l’intelligence et une personnalité. Pourtant, quoi qu’il en pense, elle était censée être froide et calme. Pourquoi nourrissait-elle donc des pensées si passionnées et ardentes ?
« Des foutaises. Pourquoi veux-tu te battre ? »
Elle garda le silence un instant, puis lui répondit sur un ton qui lui était familier : « Tu as beaucoup d’ennemis que je voudrais manger, car ils me seraient utiles pour évoluer. Je veux participer directement aux combats et obtenir la nourriture qui m’intéresse. Zendrall a déjà gaspillé trop de matériaux, je déteste ça. »
Richard comprit ce qu’elle voulait dire. Entre les mains de Zendrall, le corps d’un saint pouvait tout au plus servir à créer un chevalier de la mort de niveau 13. Les morts-vivants avaient de nombreuses limites, et une baisse de niveau était inévitable. En revanche, le cadavre d’un saint entre les mains de la mère de couvée renforcerait tous ses drones. La différence ne serait peut-être pas flagrante à l’échelle individuelle, mais il s’agissait d’une armée infinie dont chaque membre gagnerait un peu en puissance. L’impact serait d’un tout autre ordre.
Il se souvint soudain de quelque chose et demanda : « Qui t’a appris à parler d’âme de combattante et tout ça ? »
« Phaser. C’est ce qu’elle m’a répondu après avoir interrogé Gangdor. »