Chapitre 493
Chasse
La plupart des nobles vénéraient les prouesses martiales, surtout chez les jeunes. Un grand nombre des adolescents présents remplissaient les conditions de niveau, ce à quoi Richard ne s’était pas vraiment attendu. Cette dernière condition permettait donc de limiter l’assistance aux enfants des familles puissantes et aux héritiers en première ligne d’un fief. Les autres ne seraient considérés que comme des chevaliers en formation jusqu’à ce qu’ils accèdent à cette position.
Le vicomte Zim était le seul du groupe à ne pas remplir toutes les conditions. Sa force de niveau 6 ne pesait pas lourd parmi eux, mais, avec un saint pour gardien, il les dépassait de toute façon de très loin.
Tous les nobles présents possédaient un excellent équipement, avec au moins deux pièces de qualité supérieure. Ainsi, malgré leur petit nombre, ils n’auraient aucun mal à affronter un ennemi plusieurs fois plus nombreux qu’eux. Leurs montures étaient aussi diverses que puissantes, tout comme leurs armes et leurs armures. Il y avait des chevaux de guerre cuirassés, des cerfs magiques, des bœufs foul-feu et même un tigre aux écailles noires. Ces créatures singulières contribuaient grandement à la puissance martiale des nobles, et le tigre, en particulier, était si imposant que personne n’osait s’en approcher.
Pourtant, lorsque Richard apparut juché sur une licorne, tous ces nobles qui n’avaient jamais vu de bête divine restèrent bouche bée, les yeux ronds comme des soucoupes. Une licorne était une bête sacrée plus rare encore qu’un dragon !
Richard balaya les nobles du regard, puis éleva la voix : « Cette chasse a deux objectifs. Le premier est d’anéantir cette caravane maudite ; le second, d’éliminer toute épine potentielle dans notre pied du côté de l’Empire du Triangle de fer.
— Si vous souhaitez combattre à mes côtés, il vous suffit de faire une chose. Vous voyez cet homme ? demanda-t-il en désignant un chevalier en armure cramoisie, qui mit pied à terre et sortit des rangs. C’était un chevalier humanoïde d’élite, au visage aussi inexpressif que celui de n’importe quel autre drone. Vous n’aurez qu’à le suivre. S’il ne bouge pas, vous restez sur place. S’il charge quelque part, vous le suivez à l’attaque. C’est tout. »
« Seigneur Richard ! » lança une voix juvénile. « Quelle sera la taille de l’armée que vous comptez emmener ? Écrasons ces salauds ! »
« Trois cents. » La réponse de Richard coupa net le cri de guerre, qui resta coincé dans la gorge du noble.
Après ces quelques mots, Richard talonna sa monture et partit au galop vers la périphérie de Bluewater. Les nobles le suivirent, mais ils commençaient à douter de sa puissance. Il comptait anéantir une caravane de mille cinq cents hommes et plusieurs bastions du Triangle de fer avec seulement trois cents soldats ? C’était de la folie ! Pourtant, il n’était plus possible de reculer. Ne serait-ce que pour préserver leur honneur de nobles, ils ne pouvaient se désister.
La cavalerie attendait depuis longtemps à l’extérieur de la ville. Les nobles du Royaume de Sequoia avaient déjà eu maintes occasions de voir les élites de Richard, mais à la vue de ces chevaliers, ils poussèrent tous un cri de surprise ! Les trois cents hommes étaient équipés d’objets enchantés, et une lueur magique les enveloppait de la tête aux pieds. Chacun de ces soldats avait-il donc un équipement magique de qualité supérieure ?
De nombreux regards se fixèrent aussitôt sur les armes des chevaliers. Tous maniaient de longues hallebardes, une arme rarement utilisée tant elle était difficile à maîtriser. Chacune scintillait d’une lueur magique : elles étaient toutes de qualité supérieure !
Dès qu’ils aperçurent Richard, les cavaliers éperonnèrent leurs montures et rejoignirent les rangs derrière son escorte. En les voyant passer l’un après l’autre, plusieurs nobles aux sens aiguisés frissonnèrent : ces soldats n’avaient pas la moindre trace de vitalité !
Ce ne fut qu’après leur passage que le chevalier en armure cramoisie éperonna son propre cheval et suivit le groupe. Les jeunes nobles pressèrent aussitôt leurs montures, formant une armée bruyante.
Aucun d’eux n’avait imaginé que le premier tronçon du voyage durerait toute une journée. À la nuit tombée, l’armée se trouvait déjà à cinq cents kilomètres de Bluewater ! Lorsque Richard tira enfin sur les rênes de sa licorne et leur ordonna de se reposer, les jeunes nobles tombèrent tous de leurs chevaux. Beaucoup s’allongèrent à même le sol, sans même vouloir remuer le petit doigt. Ils avaient beau être robustes, leur endurance ne pouvait rivaliser avec celle de Richard et de ses hommes. Bien sûr, ils ne faisaient pas non plus le poids face aux drones de combat conçus sur mesure par la mère-ponte.
Richard déambula au hasard parmi les nobles éparpillés, puis annonça : « Vous avez deux heures pour vous reposer et vous préparer au combat. Le camp ennemi est à dix kilomètres.
— Quoi ? On va se battre ? »
Les jeunes nobles poussèrent des lamentations et se mirent à protester bruyamment. Beaucoup restèrent allongés, réclamant à leurs gardes un massage des pieds. Seuls quelques-uns se redressèrent pour se préparer au combat. La plupart de ceux-là avaient participé au Projet de la Route ensanglantée ; Zim était le plus enthousiaste de tous. « Quel ennemi ?! »
« La caravane du comte Lambert », répondit Richard.
« Parfait, exterminons-les ! » Zim était surexcité, au bord de l’impatience. Les jeunes incapables de tenir debout échangèrent des regards et lancèrent tous un regard noir au vicomte grassouillet. Après les cent premiers kilomètres, il avait été sur le point de mourir d’épuisement, puis avait passé le reste du trajet sur les épaules de Tammy. Mais, à cause de son statut, aucun des autres n’osait rien dire.
Les deux heures de pause leur suffirent tout juste à reprendre leur souffle. Les chevaliers mirent simplement pied à terre et s’assirent par terre pour manger et boire en silence. Leur repas était très frugal : de gros morceaux de viande séchée, avalés avec de l’eau. En voyant les kilos de viande disparaître dans leurs gosiers, les jeunes nobles affichèrent leur malaise.
……
Deux heures plus tard, au camp du comte Lambert. Le calme régnait dans la caravane ; la plupart des gardes dormaient à poings fermés. Environ trois cents d’entre eux montaient toutefois la garde, tandis que ceux qui dormaient restaient prêts à se battre au besoin. Leurs armes se trouvaient à portée de main.
Soudain, l’un des sentinelles sentit le sol trembler légèrement sous ses pieds. Les vibrations s’intensifièrent peu à peu. Une rangée de silhouettes sombres apparut à l’horizon et fonça vers le camp.
« Attaque de cavalerie ! » Un cri lugubre retentit dans la nuit, puis s’interrompit aussitôt. Une hallebarde passa en sifflant près de la tête de la sentinelle et la trancha d’un seul coup !
Chaque chevalier était une forteresse en marche : ils renversèrent la palissade rudimentaire avant de foncer droit au cœur du camp. La cavalerie se regroupa ensuite et chargea en formation, massacrant à sa guise. À eux seuls, les rayonnements de la magie et des sorts divins dont ils étaient couverts en faisaient des moissonneurs de vies ; la contre-attaque ne parvint même pas à percer leurs armures enchantées. Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
Un chevalier humanoïde et sa monture furent soudain projetés en arrière. Une aura d’une puissance extrême éclata au centre de la caravane, là où il se dirigeait. Cette caravane abritait en réalité un saint !
Les jeunes nobles qui observaient la scène furent secoués, à l’exception de Zim, que la présence de son propre garde du corps maintenait en confiance.
Pourtant, dès que des rayons d’énergie commencèrent à scintiller dans le ciel nocturne, Richard et ses hommes encerclèrent le saint ennemi. Un éclair tomba du ciel et heurta l’énergie étincelante. Une pluie de sorts explosifs et de sorts divins s’ensuivit, submergeant complètement toute l’énergie que l’ennemi tentait de libérer.
Richard et ses hommes se dispersèrent ensuite dans toutes les directions, poursuivant le massacre de tous ceux qui osaient résister. Une grande silhouette vacilla au milieu des vestiges du champ de bataille, puis s’effondra lourdement.
Même Zim, qui avait connu le bain de sang de Bluewater, n’en croyait pas ses yeux. Comment un saint avait-il pu être tué si facilement ? Combien de temps avait duré ce combat ? Une minute, tout au plus ? Zim jeta un coup d’œil à Tammy, près de lui, et commença à se demander si ce garde était aussi fiable qu’il l’avait cru.
La bataille prit fin très rapidement. Ceux qui ne connaissaient rien à la tactique restaient plongés dans l’effroi, incapables de se remettre de la façon dont Richard et ses hommes avaient encerclé puis tué le saint en un instant. Ceux qui s’y connaissaient étaient encore plus impressionnés par les chevaliers. Ces soldats étaient de véritables machines de guerre : leurs mouvements simples leur permettaient de tirer le meilleur parti de leur équipement. Face à de tels guerriers, on ne pouvait que désespérer.
Un adversaire de niveau comparable aurait dû concentrer toutes ses forces dans une attaque frontale pour espérer seulement percer l’armure de ces chevaliers. En revanche, un seul coup de hallebarde suffisait à trancher n’importe qui. Quelques dizaines de soldats de ce genre auraient déjà été terrifiants, mais ils étaient trois cents ! Même cinq fois plus nombreux, leurs ennemis n’auraient pas pu leur barrer la route.
Aucun chevalier ne mourut au combat ; le clergé fastueux de Richard veilla à ce que même un guerrier suicidaire ne puisse obtenir ce qu’il désirait. Les gardes de la caravane furent entièrement anéantis : les uns moururent, les autres furent emprisonnés. Toutes les marchandises tombèrent entre les mains de Richard.
Les jeunes nobles et leurs gardes s’en tirèrent sans une égratignure. Ils avaient assisté à toute la bataille à mille mètres de là, voyant Richard mener un massacre contre un ennemi plusieurs fois supérieur en nombre. Ils savaient qu’il était intransigeant sur la discipline militaire ; tant que le chevalier d’élite ne bougeait pas, ces nobles n’osaient pas même tressaillir. Bien sûr, certains n’étaient pas capables d’une obéissance aussi absolue, mais ceux qui avaient participé au Projet de la Route ensanglantée les retinrent. Ils n’avaient pas assisté eux-mêmes à la scène, mais ils avaient entendu parler du coup de poing terrifiant grâce auquel Richard avait affirmé son autorité de général.
Le lendemain matin, Richard remit les provisions de la caravane à une armée dépêchée depuis le Canyon Fendu, puis poursuivit vers le nord-est. Ils parcoururent trois cents kilomètres en une journée et, sans s’arrêter, anéantirent un camp du Triangle de fer gardé par cinq cents hommes. Tous les gardes de ce camp moururent au combat.
Après s’être reposée la majeure partie de la nuit, l’armée parcourut encore une centaine de kilomètres et anéantit, juste avant l’aube, un camp gardé par quatre cents hommes. Les troupes ralentirent alors l’allure et se dirigèrent vers un autre camp d’esclaves…
En sept jours, neuf camps avaient été rasés, tous situés le long des frontières de l’Empire du Triangle de fer et des Terres ensanglantées. Quatre mille ennemis avaient été tués, effaçant toute présence de l’Empire dans les Terres ensanglantées.