Chapitre 481
Échange (2)
Nyris ne put contenir son enthousiasme. Une rougeur inhabituelle lui monta aux joues et lui donna un air délicat. Un rapide calcul lui apprit que les revenus tirés du traitement de tout cet ambre d’érable suffiraient largement à éponger sa dette actuelle. Il allait enfin pouvoir sortir de la faillite !
Richard sortit alors un coffret ouvragé aux bordures argentées, y insuffla un peu de mana et le fit flotter dans les airs. Il souleva le couvercle, puis le poussa doucement vers Nyris. « Voici trois ensembles de Barrière sauvage. Leurs effets sont encore meilleurs que ceux des deux précédents. Je vous les cède pour trois millions, à prix réduit. »
Les deux autres ne s’intéressaient pas du tout aux ensembles contenus dans le coffret ; ils ne quittaient pas ce dernier des yeux. Après l’avoir examiné pendant une bonne minute, Nyris demanda à Agamemnon : « Qu’en as-tu déduit ? »
« Un diamant-image, serti par un grand maître nain. Isolation gravitationnelle, équipement spatial… Hmm… On peut activer davantage le diamant. »
Richard fut surpris par le talent d’Agamemnon pour l’expertise. Le jeune homme avait pratiquement percé tous les secrets du coffret. Richard avait activé lui-même les diamants-images, mais il n’avait ni les compétences ni le mana nécessaires pour les exploiter pleinement : ils ne fonctionnaient qu’à moitié de leur capacité. L’espace intérieur du coffret ne faisait qu’un mètre cube et ne pouvait contenir qu’une tonne. Il ne pourrait les activer davantage qu’une fois son niveau augmenté.
Nyris lança un long regard à Richard. « Je vais vraiment devoir revoir mon jugement sur toi. Tu as réussi à obtenir deux diamants-images et à les faire sertir par un grand maître nain. Le coffret à lui seul vaut plus d’un million de pièces d’or, et les trois ensembles… »
« Prends les ensembles. Le coffret n’est pas à vendre », coupa sèchement Richard, mettant fin aux rêves du prince. Nyris gémit, ses espoirs anéantis.
Richard ouvrit ensuite un autre coffre. Les cinq armes de base épique qu’il contenait firent briller les yeux des deux hommes. Il finit par leur en vendre quatre, en échange de trois enchantements pour la hache à deux mains, qui atteignit ainsi le rang épique. Deux de ces trois enchantements devaient être Déchirement et Coup puissant.
L’argent restant après cet échange servit à acheter un objet magique qui augmenterait la force de Richard. Agamemnon finit par lui céder un collier magique de la Famille Sang-de-Fer, qui atteignait tout juste le rang épique. Si la barrière magique qu’il contenait était pratiquement inutile, son bonus de dix pour cent à la vitesse d’incantation et aux dégâts des sorts lui serait très utile. Ajouté au bonus de dégâts et de pénétration des sorts du Jumeau du Destin, il augmentait considérablement sa puissance meurtrière. Richard possédait lui-même une rune de pénétration ; en cumulant tous ces effets, il pourrait pratiquement réduire à néant toute résistance de ses ennemis à ses sorts.
Quant aux 400 armes d’obsidienne, Richard en donna cent aux deux hommes en échange de l’enchantement des autres. Il faudrait toutefois au moins un mois pour enchanter toutes ces armes, soit presque une année entière sur Faelor.
La transaction conclue, Nyris et Agamemnon repartirent en toute hâte. La valeur de l’échange était bien trop élevée ; ils devaient prendre le temps de tout organiser pour éviter les erreurs d’inattention.
……
Nyris resta taciturne tandis qu’il quittait l’île flottante avec Agamemnon. Mais juste avant qu’ils ne se séparent, ce dernier prit soudain la parole : « Suis Richard à Faelor. »
Le prince bondit comme un lapin effrayé. « Pourquoi ?! »
« Pour investir. »
Cette réponse laconique ne fit qu’accroître l’agitation de Nyris. « Investir ? Tu prétends que je ne peux pas gagner de l’argent et entretenir mon armée moi-même ? Pourquoi aurais-je besoin de Richard ? »
« Pour les points. Il ne te reste que deux ans », répondit Agamemnon d’un ton neutre.
Nyris s’affaissa comme un serpent auquel on aurait arraché les os, toute sa vigueur envolée. Il avait déjà perdu le droit de demander des avances temporaires, et son budget n’augmenterait pas davantage l’année suivante. Cette transaction avait certes contribué à éponger sa dette, mais il se trouvait désormais dans une position défavorable ; sans Richard, il ne savait pas comment compenser les 200 000 pièces d’or qu’il perdrait l’année suivante. Ce n’était pas une somme négligeable : elle le ferait reculer de plusieurs pas. Les autres enfants royaux ne resteraient pas les bras croisés pendant ce temps. Ils profiteraient de cette occasion pour transformer leur avantage financier en pouvoir, puis s’en serviraient pour augmenter leurs points. Dans deux ans aurait lieu une épreuve importante. Ceux qui seraient à la traîne perdraient leurs droits à la succession au trône de l’Alliance ; les places vacantes reviendraient aux princes et princesses qui seraient récemment devenus majeurs.
« Mais… » dit Nyris d’une voix quelque peu hésitante. « J’ai l’impression que ça manque d’honneur. »
« Perdre le trône en manque encore davantage. »
« Très bien, je vais y réfléchir encore. » Le prince n’eut d’autre choix que de céder. D’un air sombre, il se dirigea vers le cercle de téléportation impérial.
Agamemnon secoua la tête en regardant son dos s’éloigner, puis entra à son tour dans un portail.
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Les hommes d’Agamemnon apportèrent le collier dans la soirée. C’était un artefact élégant orné d’une imposante gemme azur, nommé Cœur de la Déesse de la Lune. Le collier avait acquis une certaine renommée ; Richard n’eut donc pas besoin de longues vérifications avant de le passer autour de son cou. Comme il se concentrait sur son affinité astrale, il ne s’inquiétait pas de l’évolution future de son mana. Mais le potentiel ne faisait pas la force présente. Il commençait désormais à accorder de l’importance à son équipement, qui lui permettrait d’accroître directement sa puissance.
La nuit tomba lentement sur Faust, et la cité des miracles s’illumina de nouveau à la clarté des lunes. Dans la plus haute tour du château, Richard s’assit à la place qu’occupait autrefois Gaton et entra peu à peu en profonde méditation. Son esprit s’apaisa progressivement ; son corps devint translucide aux yeux de son âme, révélant le réveil de sa lignée. La troisième branche du tronc astral avait déjà donné sa première feuille, lui conférant une nouvelle capacité : la Conscience profonde. Grâce à elle, il pouvait repérer plus facilement les rayons astraux de haut rang à proximité.
Des points de lumière bleue commencèrent à apparaître tout autour de lui, certains petits, d’autres grands, certains lents, d’autres rapides. Richard pouvait désormais déplacer sa conscience à volonté ; de légères ondulations agitaient son environnement, comme s’il était un grand poisson nageant dans l’eau. Il ne pouvait pas aller trop vite et, lorsqu’il tentait de capturer les rayons astraux de haut rang, il rencontrait de nombreuses difficultés. Les rayons de rang 3 étaient non seulement plus rapides que lui, mais n’apparaissaient que très brièvement. Même en calculant leur trajectoire pour leur barrer la route, il ne réussissait pas souvent. Pourtant, la Conscience profonde lui montrait les ondulations provoquées par le mouvement de sa conscience, lui révélant précisément pourquoi il avait tant de mal à attraper ces rayons.
Chaque fois que sa conscience s’approchait d’un rayon, les ondulations produites par son mouvement en déviaient la trajectoire. Plus le rayon astral était de haut rang, plus vite les ondulations l’affectaient. Richard changea donc de méthode : il se précipitait vers l’endroit qu’il avait prévu, puis restait immobile le temps que les ondulations s’estompent. L’expérience fut concluante ; même si un rayon de rang 3 heurta les remous résiduels, il ne sortit pas de sa portée.
Cette découverte augmenta aussitôt son taux de réussite dans la capture des rayons astraux de haut rang, et il put les attirer dans son corps un par un. La plupart fusionnèrent avec son affinité astrale, tandis qu’une petite partie se transforma en mana.
Le temps passa tandis qu’il méditait, et les branches et les feuilles de sa lignée astrale se couvrirent d’une vie luxuriante. La deuxième feuille de la troisième branche semblait sur le point d’éclore. La lignée Archeron n’était pas en reste : les veines de son réseau diffusèrent des traces de chaleur volcanique, plus brûlantes que jamais. Sa lignée s’était renforcée sous la menace de la lance spirituelle à Zhubvar, faisant apparaître un démon fantomatique pour le protéger. Depuis, Richard avait le sentiment d’être tout près de débloquer une troisième capacité Archeron.
Alors que sa séance de méditation touchait à sa fin, une brume splendide aux sept couleurs apparut soudain dans sa perception ! La Fantaisie de Deepblue en mentionnait l’existence : il s’agissait d’un rayon astral de rang 5 appelé brume arc-en-ciel, doté d’une puissance prodigieuse. Même les grands mages en trouvaient rarement !
Richard avait une chance inouïe. Sa conscience se trouvait juste à côté de l’endroit où la brume astrale venait d’apparaître ; un infime mouvement lui suffit donc pour saisir la zone. Pourtant, au moment où il s’en empara, il faillit bondir sur ses pieds. C’était comme si sa conscience avait attrapé un morceau de charbon ardent : la chaleur lui brûlait l’âme.
Son esprit se vida entièrement.
Lorsqu’il reprit ses esprits, il constata que sa conscience tenait toujours fermement la brume arc-en-ciel. Même évanoui, il avait refusé de lâcher prise. Mais un rayon astral de rang 5 était bien trop puissant pour lui. Son âme était loin d’être assez forte pour dompter une telle source d’énergie. Richard dut mobiliser toute sa volonté pour attirer la brume dans son corps ; dès qu’elle y entra, il en perdit le contrôle. Sa conscience en fut complètement repoussée tandis que la brume tournoyait en lui, sans rejoindre son affinité astrale ni même sa réserve de mana : elle s’engouffra dans sa lignée Archeron. À cet instant, Richard eut l’impression qu’un volcan entrait en éruption dans son corps. Des flammes déchaînées firent violemment bouillir son sang, et il crut qu’il allait être réduit en cendres !
……
Lorsque l’aube se leva de nouveau sur Faust, Richard se remit quelque peu d’un accès de faiblesse extrême. Il parvint tant bien que mal à se lever et à descendre, puis trouva une potion de vitalité dans le bureau et la but avec impatience. Une demi-heure plus tard, il allait un peu mieux.
Il tendit le bras droit et observa son poignet avec perplexité. Une marque de feu y était apparue, qui ne ressemblait pas à une flamme naturelle, mais plutôt au symbole totémique d’une civilisation. Il n’avait jamais vu ni entendu parler d’une telle marque, mais son apparition annonçait aussi une capacité entièrement nouvelle, inconnue jusqu’alors dans la Famille Archeron : Sacrifice !