Chapitre 479
Ennuis
Lorsque la prêtresse Noelene sentit le portail venant de Faelor émettre des vagues d’énergie, elle se précipita sur place et découvrit Richard, à bout de souffle, étendu au sol. Un coffre bien plus grand que lui gisait à proximité. Non loin, Gangdor était affalé par terre, son imposante carcasse couverte de sueur luisante. Trois énormes coffres solidarisés avaient basculé à côté de lui ; rien que leur taille lui donnait les jambes en coton. Gangdor était certes d’une force stupéfiante, mais il lui avait tout de même fallu activer sa lignée et ses runes, en plus de bénéficier des améliorations de divers sorts, pour ramener ces objets. Il avait malgré tout fini par s’effondrer, épuisé, dès qu’il avait franchi le portail.
Les soldats Archeron sortirent de la formation les uns après les autres, chacun portant un coffre qu’il peinait à soulever. Eux aussi s’écroulèrent dès leur arrivée. Flowsand fut la dernière à sortir, mais elle transportait même un coffre miniature de scellement magique, ce qui laissa Noelene bouche bée.
« Richard ! » Noelene libéra aussitôt Flowsand, puis saisit Richard par le col et le souleva du sol. « Tu ne pouvais pas ramener quelqu’un d’autre ? Tu as fait porter un coffre à Flowsand ?! »
Richard lui adressa un sourire charmeur. « Belle prêtresse Noelene, la téléportation planaire coûte très cher. Une personne de plus aurait représenté 40 000 pièces d’or supplémentaires.
— Toi ! » Noelene resta un instant sans voix, puis resserra sa prise et s’emporta : « Tu es maître des runes royal, et tu veux économiser une misérable somme de 40 000 pièces d’or ? »
Le sourire de Richard devint encore plus envoûtant. « J’ai donné à Flowsand l’argent que j’avais économisé. »
Noelene eut soudain l’impression de ne pas pouvoir rester en colère bien longtemps. Elle était pourtant contrariée et foudroya Richard du regard un moment avant de le reposer. Une fois encore, elle avait fait preuve d’une force bien supérieure à ce que laissait supposer sa petite stature.
« Flowsand, combien de temps peux-tu rester cette fois-ci ? » demanda-t-elle à sa cadette.
« Deux jours », répondit Flowsand.
Noelene fronça les sourcils. « C’est si court ? Un sacrifice de rang intermédiaire aura lieu dans une semaine. Reste quelques jours, je te laisserai le présider. Tu as besoin de la grâce divine, en ce moment.
— Non, nous ne pouvons rester que deux jours tout au plus. Ne vous inquiétez pas pour la grâce divine : avec les offrandes que Richard a rapportées cette fois-ci, nous pouvons organiser une cérémonie dès demain. »
Noelene se tourna vers Richard, surprise, le regard soudain bien plus doux. « Vous avez déjà des offrandes ? Ce gaillard est donc plutôt capable. Très bien, je ne m’inquiète plus. Va voir la grande prêtresse Ferlyn, elle voulait te rencontrer dès ton retour. »
Après le départ de Flowsand, Noelene libéra les autres Archeron épuisés les uns après les autres, afin qu’ils puissent récupérer au plus vite. Richard lui remit deux coffres de scellement magique remplis de minerais et de métaux, qu’elle échangea contre près d’un million de pièces d’or. Cette fois, il lui demanda de convertir 200 000 pièces en 400 cristaux magiques, puis dépensa 300 000 pièces supplémentaires pour acheter 100 000 carreaux d’arbalète enchantés. Le reste fut changé en espèces.
Comme le temps leur était compté, Noelene ne pouvait employer qu’une douzaine de mages de niveau 10. Les lingots d’obsidienne rapportés par Richard valaient un peu moins que le fer nuageux, mais bien plus que l’acier lafite. Ces métaux servaient spécialement à fabriquer les armes et les armures des chevaliers runiques de haut rang. Les lingots rapportés par Richard valaient 500 000 pièces d’or et nécessiteraient deux mois entiers d’enchantement. Ce n’était pas suffisant.
Noelene regarda Richard faire organiser et transporter les provisions par les soldats Archeron. Elle fut stupéfaite en apercevant les lingots d’obsidienne. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il mette si vite la main sur une nouvelle source de matériaux de qualité supérieure. Elle ne put s’empêcher de lui demander de lui céder toute l’obsidienne une fois enchantée, et se dit prête à la payer à l’avance.
Toutefois, il restait encore des dizaines de coffres de scellement magique à ouvrir. Richard en ouvrit dix, et l’expression de la prêtresse changea aussitôt. Ils étaient remplis à ras bord d’armes en tous genres. À la vue de leurs surfaces d’un noir lustré, presque liquide, elle comprit que chacune était une pièce d’exception forgée dans l’obsidienne. Elles n’étaient pas encore enchantées, mais chacune pouvait se vendre autour de 5 000 pièces d’or. Devant ces dix caisses d’armes, Noelene eut presque du mal à respirer.
Elle prit une épée à deux mains et l’examina de près. Le travail raffiné des nains sautait aux yeux et augmentait considérablement la valeur de ces armes. « Combien y en a-t-il ? » demanda-t-elle malgré elle.
Richard s’essuya le front. « Quatre cents.
— Quatre cents ! » Même si elle s’en était déjà doutée, la confirmation ébranla la prêtresse. Même une grande prêtresse du Dragon Éternel ne pouvait rester indifférente devant deux millions de pièces d’or.
« Qu’as-tu l’intention de faire de tout ça ? Y a-t-il quelque chose pour lequel tu aurais besoin de mon aide ? » demanda-t-elle. Grâce à ses relations, elle pouvait sans peine écouler des minerais valant un million de pièces d’or, mais ces armes, qui en valaient le double, dépassaient ses capacités.
« Je compte les faire enchanter, puis les emporter à Faelor pour les vendre », répondit Richard.
« Je peux trouver un moyen de t’aider, mais ce n’est pas mon domaine d’expertise. Si tu n’as pas de canal de vente adéquat, reviens me voir. »
« Merci ! J’ai déjà envie de te serrer dans mes bras ! » Richard eut un grand sourire, particulièrement étrange.
Noelene rougit légèrement et renifla, désignant les deux coffres encore posés à terre. « Et ceux-là ? »
Richard hésita un instant, mais finit par en ouvrir un, révélant d’autres armes dissimulées à l’intérieur. Ce coffre contenait les pièces d’exception fabriquées à la main par Bamor, capables de devenir des armes épiques.
Dès que Noelene les aperçut, elle s’exclama : « Des armes à potentiel épique ? »
Elle ne put retenir plus longtemps son enthousiasme : elle saisit sur-le-champ un marteau de guerre à deux mains et en examina chaque recoin. Sa tête était biface : un côté formait un marteau, l’autre une pointe. Tous deux luisaient d’un éclat singulièrement sinistre, qui n’avait rien d’une radiance magique et témoignait plutôt du savoir-faire exquis du forgeron.
C’était une arme à potentiel épique de première classe. Si elle passait entre les mains d’un grand mage véritablement compétent, elle pourrait même devenir une arme légendaire. Même sur Norland, ces armes comptaient parmi les plus belles œuvres. Les nains de Norland n’étaient guère meilleurs forgerons que ceux de Faelor et, si Norland ne manquait pas de mages, les armes de si haut niveau y faisaient cruellement défaut. Chacune pouvait se vendre sans difficulté cent mille pièces d’or.
Le prix total de ces cinq armes n’égalait pas celui des quatre cents autres réunies, mais Noelene les trouvait tout de même différentes. Les objets révélés précédemment par Richard étaient des ressources qui rendaient jaloux ceux qui convoitaient le plan qu’il contrôlait. Ces armes épiques, en revanche, signifiaient qu’il s’était déjà intégré à ce plan et avait noué des liens étroits avec ses puissances supérieures. Cela voulait dire que la guerre planaire était entrée dans sa deuxième phase. Depuis combien de temps ce gaillard était-il arrivé à Faelor, au juste ? Find the original chapter at novelping dot com.
Noelene reposa le marteau dans son coffre et posa les yeux sur le dernier qui n’avait pas encore été ouvert. Son intuition lui disait que son contenu allait la stupéfier.
Richard vit que Noelene était pleine d’attente, mais hésita un peu avant de s’approcher du coffre. Il posa la main sur le couvercle sans se presser, leva les yeux vers elle et sourit. « La raison me dit que je ne devrais pas l’ouvrir.
Mais il souleva brusquement le couvercle, révélant des morceaux d’ambre d’érable sombre de toutes tailles. Un parfum riche emplit aussitôt la salle.
Noelene fut si stupéfaite que même son hoquet de surprise tarda à venir. « De l’ambre d’érable de première qualité… » murmura-t-elle. Elle comprit instantanément la valeur de ce coffre.
Richard referma lentement le coffre, puis se planta devant et lui fit signe de reporter son attention sur lui. Ce n’est qu’alors que la prêtresse reprit ses esprits. Elle rougit aussitôt et serra les dents. « Espèce de garnement ! Tu l’as fait exprès, pas vrai ? Tu veux me ridiculiser ? Tu veux mourir ? »
Richard gloussa pour toute réponse. Quiconque avait étudié la magie perdait ses moyens devant une telle quantité d’ambre d’érable de première qualité.
Elle se mordit la lèvre, furieuse. « Tu ne l’emporteras pas au paradis ! »
Richard éclata de rire et fit signe aux soldats de soulever les coffres pour quitter la salle. Juste avant de partir, il se retourna soudain et lui adressa un sourire éclatant. « Il va falloir demander d’abord à Flowsand ! » Sur ces mots, il tourna les talons et s’en alla d’un pas joyeux.
« Richard ! La richesse n’est que richesse ! » Noelene ne comprit pas pourquoi ces mots lui étaient venus.
« J’en ferai du pouvoir ! » répliqua Richard.
Tandis qu’elle le regardait s’éloigner, Noelene eut soudain l’impression de perdre un instant ses esprits : elle voyait l’ombre d’un autre homme. Elle soupira doucement et marmonna : « Ce gaillard… Comprends ce qui est bon pour toi et ne sois pas trop imprudent. »
Richard regagna son île sans parler à personne d’autre et fit aussitôt appeler le vieux majordome pour avoir les dernières nouvelles de la famille. Tout en écoutant d’une oreille distraite, il parcourut les informations concernant les plans de la famille ; après tout, dix jours seulement s’étaient écoulés sur Norland depuis son dernier retour. Que pouvait-il bien se passer en dix jours ? Les plans privés étaient ceux qui risquaient le plus de connaître des bouleversements.
Mais tandis que le majordome poursuivait son compte rendu, Richard releva soudain la tête, stupéfait. « Quoi ? Les impôts d’un autre territoire ont été réduits de moitié ? »
« Oui. Sir Kunder a dit que les bandits sévissaient sur son territoire. Les collecteurs se sont fait voler les impôts deux semaines de suite. »
Richard leva les yeux vers le plafond et tapota doucement l’accoudoir de son fauteuil un instant. « Si je me souviens bien, Kunder dirige un territoire frontalier assez vaste. Voyons… il est voisin de la Famille Schumpeter, non ? »
« Oui. »