Chapitre 461
Sans titre
Flowsand marmonna un instant, puis répondit au duc Direwolf : « Richard possède une idole orque qui peut servir d’offrande. Elle ne sera peut-être pas aussi bonne que la vôtre, mais la différence ne sera pas grande pour le sacrifice. Je dois toutefois vous prévenir : même avec deux offrandes, il se peut qu’aucune bénédiction du temps n’apparaisse. Hmm… les chances d’échec dépassent la moitié. »
Bevry pâlit. « N’y a-t-il aucun moyen de le garantir ? Une fois la Rosée de vie épuisée, Perrin pourrait… Non, il ne survivra certainement pas une année de plus. »
Flowsand soupira, hésitante. « Je suis une prêtresse titulaire du Dragon Éternel. Il existe bel et bien un moyen d’accroître les chances que Perrin obtienne une bénédiction du temps, mais cela aura un prix. S’il obtient la bénédiction par chance, il pourra gagner au moins dix ans. En revanche, si je m’assure qu’il l’obtienne, il ne lui en restera que trois. »
La question était difficile. L’expression du duc Direwolf changea sans cesse pendant un moment, mais il finit par se montrer résolu. « Je veux les trois ans garantis », dit-il d’une voix grave.
Flowsand hocha la tête.
« Je pourrai obtenir d’autres offrandes au cours de ces trois années. » La voix de Bevry était empreinte d’une détermination inébranlable. Il ne s’adressait pas à Richard ni à Flowsand, mais à lui-même.
Richard soupira doucement. « Votre Grâce, je vous ai apporté quelques articles. Venez, allons les voir. »
Il conduisit le duc à l’entrepôt où étaient rangés les épées, les boucliers et les armures enchantés. Tous étaient d’une qualité supérieure, au-delà de celle de l’équipement des chevaliers d’élite de Bevry. Le duc n’avait qu’une centaine de gardes personnels. Ce n’était pas faute d’hommes dignes d’un poste aussi prestigieux, mais il n’avait tout simplement pas les moyens de les équiper convenablement.
À cette vue, Bevry ne put s’empêcher de prendre une profonde inspiration. Cet équipement n’avait rien de prodigieux, mais en pareille quantité… Il était rare de voir autant d’équipement enchanté réuni au même endroit, à Faelor. Si toute une troupe pouvait en être équipée, elle deviendrait invincible !
Les mages de Faelor étaient une bande de paresseux. Même avec de l’argent, il était difficile de trouver autant d’objets enchantés.
« Combien voulez-vous pour tout ça ? » demanda le duc sans détour.
« 3 500 pour les épées, 2 000 pour les boucliers et 5 000 pour une armure. Les cent ensembles vous coûteront 1 050 000 pièces d’or. Vous pouvez payer comme vous voulez : en or, en minerai, peu importe. » Richard alla droit au but et annonça le même prix qu’à Devon. Bien sûr, dans les Terres ensanglantées, les prix étaient au moins 30 % moins élevés que dans les pays humains. Vous lisez sur NovelPing, la source officielle.
« Très bien, je vous donnerai des soldats, un chevalier novice et des lingots de fer nuageux en échange. Si vous en avez davantage, je prends tout ! » Le duc Direwolf révéla aussitôt son vrai visage.
« Marché conclu ! » répondit Richard avec un sourire.
Trois jours plus tard, un sacrifice secret eut lieu au Phare du Temps. Perrin gagna trois années de vie supplémentaires et Bevry repartit discrètement dès le lendemain. Avant de se séparer, Richard et Perrin discutèrent toute la nuit. Richard posa au jeune homme de nombreuses questions sur la géométrie planaire et fut profondément impressionné par son talent. La conversation glissa naturellement vers la magie, et, après de longues hésitations, Richard finit par lui remettre un grimoire venu de Norland. Il était très complet : sa technique de méditation était excellente selon les critères de Faelor, et il décrivait en outre de nombreux sorts. Certains d’entre eux étaient totalement inconnus à Faelor.
Voyant Perrin stupéfait à la lecture du livre, Richard lui expliqua gravement que le monde de la magie était sans limites. Puisqu’il n’avait plus à craindre pour sa vie, il pouvait enfin se lancer sur la voie de la puissance. Perrin était manifestement tenté ; les mortels ne pouvaient résister à des pouvoirs capables de réduire des montagnes en poussière.
Le soir du départ du duc, Richard s’assit devant sa fenêtre et contempla en silence la lune cramoisie. Il ne pensait ni n’agissait, se contentant de savourer la paix, comme un vieil homme. Flowsand était dans ses bras et enroulait ses longs cheveux autour de ses doigts.
« Pourquoi avoir donné le grimoire à Perrin ? » demanda nonchalamment la prêtresse, d’une voix aussi lasse qu’un chat en quête de sommeil.
Richard répondit par une question : « Tu crois que l’arrivée d’un autre grand mage changerait quelque chose à Faelor ? »
« Ce plan a déjà connu des mages légendaires. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’il accueille un grand mage ? » Flowsand se faisait de plus en plus indolente dans ses bras.
Une barbe courte, Flowsand dans ses bras, pas besoin de trop réfléchir. Dormir et manger, voilà un bonheur simple. On aurait dit le vrai bonheur. Richard sourit et s’expliqua en détail : « Même dix grands mages, et pas un seul, ne changeraient quoi que ce soit à Faelor. Mais les mathématiques magiques, c’est différent, surtout la géométrie planaire. C’est une source de feu : dès qu’elle s’embrase, elle peut mettre le plan entier à feu et le propulser dans un nouvel âge d’or.
« Perrin n’est pas loin d’allumer cette mèche. J’espère simplement qu’il deviendra un grand mage, et non un grand prophète capable de changer le cours de tout un plan. »
« Perrin est un génie. Tu n’as pas peur qu’il te dépasse un jour ? »
Richard rit. « Je ne crains pas un prêtre de combat de niveau 14, alors que je suis comme je suis aujourd’hui. Pourquoi aurais-je peur d’un futur grand mage ? »
Flowsand ne répondit pas, mais elle glissa la main sous la robe de Richard et lui pinça un morceau de chair tendre.
Un cri de douleur retentit sous la lune.
À quelque distance de là, les oreilles de Waterflower frémirent. La jeune femme était assise dans une salle chaleureuse où s’étaient réunis presque tous les compagnons de Richard. Tous sourirent en entendant leur maître crier, et Olar déclara avec envie : « Le maître s’entend si bien avec mademoiselle Flowsand ! »
Zim acquiesça vigoureusement, partageant cet avis. Il avait déjà oublié l’époque où il avait tenté d’arracher Flowsand à Richard et la considérait désormais comme une idole. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping(.)com.
Waterflower fut la seule à voir son visage s’assombrir légèrement, tandis que Phaser se mit instinctivement à polir la lame qui lui servait de main gauche. Extinction n’avait pourtant pas besoin d’être polie ; sa lame resterait toujours tranchante.
…
Le temps passa. En un clin d’œil, un mois et demi s’écoula en silence. Richard avait enfin achevé d’organiser l’armée de la Route ensanglantée. Il conserva six mille soldats esclaves, qui n’avaient guère d’équipement, mais dont le courage était sans égal. Les trois Églises envoyèrent également un nouveau groupe de clercs, presque au grand complet. Juste avant le départ, une mystérieuse troupe de chevaliers se joignit à Richard. Tous étaient de niveau 10 et couverts de la tête aux pieds du meilleur équipement magique. Le plus stupéfiant, c’est qu’ils étaient cent cinquante !
Le duc Bevry lui-même ne disposait que d’une centaine de gardes d’élite, mais Richard en avait une fois et demie plus. Et surtout, chacun d’eux était armé d’équipement magique !
Avec le soutien total des nobles du Royaume de Sequoia, il rassembla une force composite de vingt mille hommes. Le seul problème était que leur nombre dépassait la limite au-delà de laquelle il pouvait les maîtriser librement, mais c’était un problème bienvenu.
Alors que le Projet de la Route ensanglantée allait reprendre, plusieurs visiteurs inattendus arrivèrent à Bluewater. Quelques centaines de gardes escortaient plus d’une douzaine de mages, dont l’un était de niveau 15. Richard savait que Faelor comptait peu de mages ; il ne pouvait donc se permettre de négliger cette troupe, même si presque toutes les petites villes de Norland en abritaient autant.
Dès leur entrée dans la ville, ils se dirigèrent droit vers l’auberge la plus luxueuse. L’un des jeunes mages ordonna avec arrogance aux gardes d’aller chercher Richard et de le faire venir sur-le-champ.
Richard fut assez surpris en recevant le message. Il ne se rappelait vraiment pas avoir fait la connaissance d’autant de mages, tous si arrogants. Cela dit, ils n’étaient qu’une douzaine, accompagnés de quelques centaines de soldats. Il emmena ses compagnons et ses drones de combat, parfaitement conscient qu’il pouvait tous les tuer en moins d’une heure. Il n’aurait même pas hésité à affronter directement leur mage de niveau 15 : avec le Jumeau du Destin en main, ses lignées et ses runes, il ne craignait aucun mage de Faelor en dessous du niveau 17. À tout le moins, il était certain de pouvoir s’échapper.
Il décida tout de même d’aller les rencontrer. Après tout, c’était la première fois qu’il entrait officiellement en contact avec les mages de Faelor.
L’auberge avait été entièrement réservée. À son arrivée, Richard vit de nombreux nobles qu’il connaissait bien en sortir, leurs bagages à la main. Surpris, il arrêta l’un d’eux qu’il connaissait et lui demanda : « baron Senton, vous partez ? »
Le noble d’âge mûr secoua la tête. « Comment le pourrais-je ? Le Projet de la Route ensanglantée va reprendre. Je change simplement de logement ; les mages ont réservé l’auberge, et je ne veux pas les offenser. Ils viennent de l’Association des mages. »
« Très bien ! » Richard rit, salua l’homme et se dirigea vers l’auberge, l’air profondément déçu. C’était l’un des premiers bâtiments reconstruits après le raid de Salwyn, et il avait été spécialement attribué aux nobles participant au Projet de la Route ensanglantée. C’était aussi l’endroit le plus luxueux de toute la ville. Expulser tous les nobles qui s’y trouvaient empestait l’arrogance.