Chapitre 459
Conspiration
L’expression du Troisième Prince se décomposa à plusieurs reprises, mais il finit par se contenter de lancer un regard noir à Nyris et de le laisser partir. Celui-ci s’éloigna d’un pas gracieux et assuré. À cette vue, le visage du Troisième Prince s’assombrit encore, jusqu’à ce que ses yeux semblent cracher des flammes. Il saisit un de ses suivants par le bras. « Va découvrir pourquoi il a épuisé tout son crédit ! Utilise la méthode que tu veux, je veux savoir ! »
À cet instant précis, les portes de l’entrepôt s’ouvrirent lentement. Une troupe d’hommes robustes et musclés en sortit de lourds coffres magiques, qu’ils empilèrent dans des chariots tout proches. Peu après, une escorte de gardes royaux conduisit les trois chariots vers le portail de l’île.
« Halte ! » Le Troisième Prince arrêta le capitaine. « Qu’est-ce que c’est, et à qui est-ce destiné ? »
Voyant qu’il s’agissait du Troisième Prince, le capitaine de la garde répondit aussitôt avec déférence : « De l’équipement magique acheté par le Jeune Maître Richard de la famille Archeron. »
« Ah, très bien. Vous pouvez y aller. » Le Prince s’écarta, conservant son calme. Ce ne fut qu’une fois le convoi loin de lui qu’une lueur passa dans ses yeux. « Richard ? Ne me dites pas qu’il s’est déjà allié à Nyris… »
« Richard ? demanda un suivant. C’est le nouveau maître des runes royal ? »
L’expression du Troisième Prince s’assombrit encore. « Peu m’importe son statut, déclara-t-il avec un reniflement. Je peux lui offrir le double de ce que Nyris est capable de lui donner ! Mais s’il n’est pas intéressé… Hmph ! »
« J’ai entendu dire que les morts seraient davantage intéressés ! » tenta un suivant. Le Prince ne répondit pas.
……
Le lendemain après-midi, dans le restaurant le plus célèbre de Faust, Nyris était de nouveau assis à table avec Agamemnon. Pourtant, à la vue des plats qui s’y entassaient, il n’avait manifestement pas faim.
Agamemnon leva les yeux vers lui et lança sèchement : « Mange ! Je paierai l’addition. »
« Arrête de me prendre de haut ! répliqua Nyris. C’est moi qui devrais payer les additions ce mois-ci ! »
« Un pauvre n’a pas le droit de faire le fier », répondit le jeune homme, d’ordinaire si silencieux, laissant Nyris sans voix. Le Prince baissa alors la tête et passa sa colère sur les plats. Même une table bien garnie ne résista pas aux deux jeunes gens, qui la vidèrent en un clin d’œil.
Agamemnon fit venir le serveur. « Une autre table. »
Son ton était parfaitement neutre, mais devant une table couverte de plats valant près de 10 000 pièces d’or, ces mots avaient quelque chose d’autoritaire. « On dirait que tu as fait fortune récemment », ricana Nyris.
« Oui, j’ai gagné un pari et donné une bonne leçon à plusieurs esprits étriqués. » Agamemnon était manifestement si fier de sa victoire qu’il se permit de parler autant.
Nyris, cependant, se moquait bien de la vantardise de son ami. Il s’affala plutôt contre la table. « Ah, tous mes points de cette année… Ils vont à coup sûr connaître une fin tragique ! » Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
Pourtant, le Prince retrouva aussitôt sa bonne humeur. Il tira Agamemnon par la manche. « Dis, Ag, tu connais un bon moyen de gagner beaucoup de points sans trop se fatiguer ? »
Agamemnon renifla et répondit d’un seul mot : « Deepblue. »
Nyris perdit de nouveau toute sa belle humeur. Philip était un empereur excentrique. Des années auparavant, il avait soudain instauré un système de points extrêmement complexe pour évaluer les résultats de ses enfants. Chaque enfant de la famille royale recevait chaque année un budget calculé selon ses performances des années précédentes, mais rien de plus. On pouvait gagner des points de toutes sortes de façons : en devenant plus puissant, en obtenant davantage de soutien pour la famille ou en se distinguant dans les guerres planaires. Plus on accumulait de points, plus son budget augmentait. Or, un budget supérieur facilitait également l’obtention de nouveaux points. Il était donc facile de se retrouver pris dans une spirale ascendante ou descendante ; tous les membres de la famille royale se creusaient les méninges pour tirer le meilleur parti de leurs avantages.
Ce système encore inconnu du grand public venait précisément de Deepblue. Tout reposait sur Excellence Sharon. Nyris comprit ce qu’Agamemnon voulait dire en évoquant Deepblue : la mage légendaire était une virtuose des mathématiques, et il ne pourrait certainement déceler aucune faille dans son système.
Une fois son repas terminé, Nyris remarqua soudain qu’Agamemnon le regardait avec une expression mêlant colère et regret.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Nyris commença à paniquer intérieurement.
« Tu as oublié quelque chose d’important. »
« Quoi ? » Le Prince se sentit de plus en plus abattu.
« Richard. Il est déjà de retour à Faelor. Tu ne voulais pas partir avec lui ? »
« BON SANG ! » s’écria aussitôt le Prince.
« Prends ça comme une leçon. Tu devrais savoir garder ton calme, quels que soient les revers… » Le ton d’Agamemnon ressemblait presque trait pour trait à celui de Philip. Ce n’était que lorsqu’il réprimandait son ami qu’il ne bavait pas le moins du monde.
……
Richard était effectivement déjà de retour à Faelor. Il avait consacré tout son séjour à Norland aux préparatifs nécessaires, et en était fort satisfait. Sans les importantes provisions que Nyris lui avait fournies depuis l’entrepôt royal, il n’aurait pas pu rentrer si vite. La nuit était déjà bien avancée à Faelor ; sept jours s’étaient écoulés depuis son départ.
Pourtant, à peine eut-il franchi le portail qu’il entendit au loin un faible cri. Il lui sembla reconnaître la voix du vicomte Zim.
Richard tressaillit et ordonna aussitôt à ses suivants : « Zim ! Vite, allez voir ce qui se passe ! »
Tandis que les gens des environs se précipitaient dehors, Richard chercha mentalement qui se trouvait sur les lieux. Il sentit la présence de Phaser et lui ordonna de vérifier immédiatement comment allait le vicomte. Mais l’unité spéciale ne répondit pas. Vous lisez ceci sur novelping.com, la source officielle.
Richard n’avait pas le temps d’attendre sa réponse. Il sortit en hâte du Phare du Temps, lança un sort de célérité et se rua vers le cri. Le vicomte était une cible sensible : plus de 10 000 combattants d’élite à son service se trouvaient à Bluewater, et il ne pouvait lui arriver malheur. Ayant appris l’importance de la lignée des licornes, Richard s’alarma ; son corps tout entier se mit à luire de force lunaire. Il activa les pas secrets des épées elfiques, accélérant encore de moitié, puis bondit au loin comme l’éclair.
Les cris provenaient d’une maison ordinaire. Elle avait été incendiée lors de l’attaque et son toit venait apparemment d’être reconstruit. Phaser se tenait juste devant la porte, comme si l’affaire ne la concernait pas.
« Où est Zim ? » demanda Richard en approchant de la porte. Elle désigna l’intérieur de la maison. Il entra et découvrit Zim étendu sur le dos, les mains plaquées contre son cou, une mare de sang sur la poitrine. Richard fut pris de court, mais, en y regardant de plus près, il constata que le cœur du vicomte battait toujours avec force et régularité ; il n’avait subi aucune blessure grave.
Richard s’accroupit près du jeune homme et lui tapota l’épaule. « Zim ? » souffla-t-il.
Les yeux du gros homme bougèrent légèrement ; la silhouette de Richard se reflétait dans ses pupilles dilatées. « Oui… Richard ? » répondit-il d’une voix faible. « Tu es de retour ? »
Richard fronça les sourcils. « Mm. Ne bouge pas, laisse-moi t’examiner. »
Il ne s’attendait pas à ce que Zim crie soudain son nom et se jette dans ses bras avant d’éclater en sanglots. Décontenancé par le comportement du vicomte, Richard dut finalement lancer un sort d’apaisement pour mettre fin à sa crise. Zim continua de pleurer par intermittence tout en lui racontant lentement ce qui s’était passé.
Zim avait récemment renoué avec ses habitudes de séducteur et s’était remis à courir après les belles femmes. Mais il avait cessé de recourir à la force et essayait désormais de les séduire. Son titre de Licorne des Hautes Terres lui était toujours très utile ; ces derniers jours, il avait réussi à mettre la main sur deux jeunes beautés, dont une clerc de la Déesse des Sources. Aujourd’hui, Zim avait aperçu le visage humain de Phaser et l’avait prise pour une fée. À force de la harceler et de lui faire mille promesses, il avait réussi à l’amener dans cette maison. Ravi, il s’était imaginé qu’il allait enfin coucher avec elle ; mais, à peine avait-il franchi le seuil qu’une sombre silhouette avait soudain bondi sur lui depuis la fenêtre. Elle l’avait mordu au cou et lui avait sauvagement aspiré le sang.
Zim n’avait pas l’âme d’un audacieux. La vue de cette immense créature inconnue qui lui suçait le sang l’avait fait s’effondrer sur-le-champ ; il n’avait cessé de hurler avant de tomber sur le dos, les membres glacés, persuadé qu’il allait mourir.
Richard écarta la main de Zim et examina attentivement son cou. Deux marques profondes y étaient visibles, comme s’il avait été attaqué par une chauve-souris géante. Le récit de Zim correspondait également, à ceci près que la plaie ne saignait déjà plus. La blessure n’était pas grave ; un simple sort de soins mineurs suffirait à la guérir.
Mais à part la sienne, où pouvait-on trouver à Bluewater des chauves-souris assez grosses pour attaquer des humains ?
Richard tapota plusieurs fois l’épaule de Zim. « Ça va, tu t’en sortiras ! Il suffit de trouver un clerc au hasard pour te soigner. Allons chercher la fille avec qui tu as couché ! »
Zim s’illumina. « Vraiment ? Mais elle en est capable ? Elle est bien meilleure au lit qu’en magie. »
Richard se leva et aida le gros homme à se remettre sur ses pieds. Entre le rire et les larmes, il lança : « Vite ! Elle est peut-être venimeuse ! »
Zim prit aussitôt peur et se rua hors de la maison, puis s’éloigna en courant. Richard sortit à son tour et aperçut Phaser, qui cherchait à filer en douce. « Arrête-toi ! » gronda-t-il. « Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ? »
Phaser ralentit, mais marmonna une suite de mots sans même se retourner, et personne ne parvint à comprendre ce qu’elle disait. Le problème, c’était que Richard lui-même n’y comprenait rien. « Arrête tes manigances et parle ! » cria-t-il.
Phaser recula instinctivement et répondit lentement : « Zim m’a prise pour une femme humaine et a voulu faire ce que toi et Flowsand faites toujours. Je l’ai attiré dans un endroit désert et j’ai appelé une chauve-souris d’élite pour le mordre. De toute façon, il ne mourra pas et ne restera pas infirme. »