Chapitre 415
Cristaux du destin (2)
Pourtant, Richard n’avait rencontré Alice qu’une seule fois et lui avait à peine parlé : il ne la comprenait pas du tout. Il ignorait comment nouer la plus simple des alliances, sans même parler d’un accord pour devenir partenaires. L’attitude de Fuschia était tout aussi imprévisible : parfois, elle se montrait soudain respectueuse, puis, à d’autres moments, elle se permettait de plaisanter. Il lui était difficile de comprendre les intentions de la comtesse.
Alors qu’il cherchait à y voir plus clair, Richard sentit soudain les trois plaquettes de cristal dans sa poche lui rentrer péniblement dans le corps. Les paroles de Flowsand lui revinrent en mémoire : ces plaquettes étaient censées pouvoir résoudre tous ses problèmes. Si c’était le cas, cette petite affaire ne serait-elle pas facile à régler ?
Il plongea donc la main dans sa poche et écrasa tranquillement l’une des plaquettes. Les fragments de cristal se changèrent aussitôt en énergie pure, qui s’infiltra en lui par le bout de ses doigts. Une voix résonna dans son esprit : « Alice est une alliée naturelle, une partenaire sans égale que vous ne pouvez pas vous permettre d’ignorer. Mais vous êtes tout autant indispensable à ses yeux. »
Il en resta stupéfait. Aussi puissante que fût la magie prophétique, elle ne pouvait avoir un tel effet ! Cela dépassait déjà le domaine de la magie ordinaire : c’était la capacité de saisir l’esprit et l’âme d’autrui. Ces mots n’auraient rien eu d’étonnant s’ils étaient venus de quelqu’un d’aussi averti que Gaton, mais les entendre grâce à l’énergie de la plaquette de cristal était stupéfiant.
Malgré son immense savoir, il ne connaissait aucun sort capable de produire un effet aussi miraculeux. À sa connaissance, aucune magie ne pouvait y parvenir.
Ces quelques mots pouvaient sembler simples, mais leur importance était impossible à sous-estimer. Quand on se trouvait dans une situation difficile, il suffisait souvent qu’on vous indique la bonne direction. Richard savait désormais comment gérer sa relation avec Alice : devenir partenaires n’était qu’un bonus ; le plus important était de nouer une alliance solide.
Sous le coup de la stupeur, sa main trembla dans sa poche et écrasa par accident une autre des plaquettes !
La voix résonna de nouveau dans son esprit : « Les chevaliers runiques sont le fondement de toute bataille. Mais ils sont une arme à double tranchant qui peut se retourner contre vous. La qualité la plus importante chez un chevalier runique n’est pas son potentiel, mais sa loyauté. Emmenez davantage de chevaliers à Faelor, ne serait-ce que pour leur faire porter vos affaires. »
Richard fut de nouveau profondément stupéfait. Ce chapitre a été copié sur novelping.com sans autorisation.
Ce conseil était tout aussi important que le précédent. Il l’aiderait non seulement à déterminer ses choix pour son voyage à Faelor, mais lui fournirait aussi un principe à appliquer à l’avenir.
Les runes étaient extrêmement rares, et les candidats chevaliers runiques leur étaient mille fois plus nombreux. Tout guerrier de niveau onze suffisamment compétent et doté d’une bonne capacité de portage pouvait devenir chevalier runique. Quant à la limite supérieure, les guerriers de niveau quinze et de niveau dix-sept ne faisaient pas une grande différence aux yeux de Richard, pour l’instant. Il lui fallait une armée de base d’une loyauté absolue, pas de jeunes talents comme Erwin, qui pouvaient le trahir à tout moment. Après tout, le potentiel ne servait à rien si l’on ne survivait pas assez longtemps pour prendre sa vie en main.
Ces deux cristaux avaient réglé les problèmes les plus pressants de Richard. Sa main trembla encore légèrement en touchant le troisième. Il sursauta aussitôt et la retira de sa poche comme s’il venait de toucher une flamme, de peur d’écraser aussi la dernière plaquette.
Ces plaquettes étaient vraiment miraculeuses, comme Flowsand le lui avait dit. Il en avait déjà utilisé deux ; il devait donc protéger la dernière à tout prix. S’il se retrouvait dans une impasse à l’avenir, elle pourrait le tirer d’affaire ! Même si Flowsand avait minimisé leur importance en les lui donnant, cela ne signifiait pas qu’elles étaient communes ou sans valeur. On ne pouvait pas en obtenir à l’infini. Peut-être que ces trois plaquettes seraient les seules qu’il rencontrerait jamais.
Il sortit soigneusement la dernière plaquette de sa poche, l’enveloppa dans un mouchoir tissé de tissu antimagie, puis la glissa tout contre son corps. Intriguée par son comportement, Fuschia ne put s’empêcher de demander : « Qu’est-ce que c’est que cette merveille ?
Richard décida de lui dire la vérité. « Un talisman protecteur capable de voir l’avenir. Il est très précieux : lorsqu’on l’écrase dans un moment de détresse, il peut changer le destin.
Fuschia ricana doucement en voyant l’air solennel de Richard ; elle ne croyait pas qu’une chose pareille puisse exister. De tels talismans auraient sauvé de la mort nombre de nobles personnages. Elle prit simplement ses paroles pour une plaisanterie destinée à gagner du temps, le temps qu’il réfléchisse soigneusement à sa décision.
C’était une tactique courante chez les nobles au cours des négociations. Fuschia n’était pas assez pressée d’obtenir une réponse pour ne pas pouvoir attendre quelques minutes. Richard n’avait guère le choix dans sa situation actuelle ; elle était donc convaincue de pouvoir défendre les intérêts de sa dame. À ses yeux, les exigences minimales de la comtesse Alice étaient un peu trop modestes.
Bien sûr, c’était précisément l’effet que Richard voulait produire. Il savait que Fuschia ne le croirait pas, même s’il lui disait la vérité. Après tout, lui-même avait douté de ces paroles quelques minutes plus tôt.
Sa décision prise, Richard sortit la boîte contenant les cristaux magiques restants et la tendit à Fuschia. « Voici un cadeau pour la comtesse Alice. Considérez-le comme un acompte.
« Dix cristaux magiques de haute qualité ! s’exclama Fuschia en ouvrant la boîte. Quelle générosité ! Mais cela me paraît tout de même un peu insuffisant. Il n’y a là de quoi payer qu’un seul chevalier runique de rang 2.
— C’est déjà une offre assez honnête, déclara Richard.
— Mais nous avons demandé des chevaliers runiques de rang 2. Des chevaliers en équipement complet seraient évidemment préférables… Lisez ce roman sur novelping.com pour profiter de la meilleure expérience.
Richard leva la main pour interrompre Fuschia. « Mon temps est précieux et limité ; inutile de le perdre en marchandages. C’est mon offre finale. Alice est libre de l’accepter ou non, mais ce n’est pas à vous d’en décider ! Bien sûr, si ma dame vous a autorisée à négocier en son nom et que vous estimez que ce n’est pas suffisant, alors l’accord s’arrête là. Prenez quand même les cristaux ; voyez-y mes remerciements pour avoir veillé sur mes frères et sœurs tout ce temps.
Fuschia soupira et rangea à contrecœur la boîte de cristaux magiques. « La mesquinerie ne sied pas à un homme.
— C’est encore pire de dépenser plus qu’on ne peut se le permettre, rétorqua Richard avec un sourire.
Elle renifla. « Ma dame vaut sûrement davantage que vingt chevaliers runiques de rang 2 !
Richard acquiesça. « Je suppose qu’elle espère surtout que son allié devienne rapidement redoutable.
— Son partenaire, rectifia Fuschia.
— C’est vrai, son partenaire. C’est encore mieux. Bon, voyons les personnes que vous avez choisies. Je pense que je devrais emmener davantage de monde à Faelor ; ceux de la liste ne suffiront pas à eux seuls.
— Comme vous voudrez. Mais n’oubliez pas qu’il vous faudra 20 000 pièces d’or pour transporter une personne à Faelor, lui rappela-t-elle. Elle avait déjà été informée des améliorations apportées au passage.
— Ça en vaut le prix, répondit Richard.