Chapitre 409
Guerre d’usure (3)
La gorge de Nyris se souleva tandis qu’il déglutissait avec difficulté, contemplant la scène avec incrédulité. « C’est terminé ?
— Oui. » Agamemnon se montra aussi laconique que d’habitude.
« Mais… qu’est-ce que je viens de voir ? C’était… de la magie ? » Nyris tourna les yeux vers Lina. La mage dragon vacillait déjà, sur le point de s’effondrer, mais cela n’entamait en rien l’image éblouissante qu’il s’était faite d’elle. Face à cette pluie de flammes, même un saint serait réduit en cendres s’il tardait à s’enfuir.
« Un sort de Flowsand. » Agamemnon était manifestement le plus perspicace des deux.
Ce ne fut qu’alors que Nyris se tourna vers Flowsand, complètement abasourdi. Soudain, il se souvint de quelque chose et ne put s’empêcher de s’exclamer : « Aube naissante ?! »
Agamemnon acquiesça lentement.
« Une prêtresse titrée… Comme je m’y attendais, elles sont toutes… » Il ne termina pas sa phrase. Même un prince ne pouvait pas dire tout ce qui lui passait par la tête.
« Le vrai fou, c’est Richard ! » affirma Agamemnon, achevant involontairement la phrase de l’autre. Personne n’aurait osé prétendre que les prêtresses titrées du Dragon Éternel étaient toutes folles, même si c’était ce que tout le monde pensait.
Lorsque la Mage Dragon s’écrasa au sol après sa chute du ciel, la guerre redevint enfin une bataille ordinaire entre soldats. Leur commandant étant mort, l’armée rebelle finit par s’effondrer et s’enfuit dans toutes les directions.
Sous les ordres de Richard, les Archeron avancèrent méthodiquement, éliminant les ennemis vaincus sur leur passage, tandis qu’ils reprenaient la Cité d’Émeraude. La bataille n’allait pas tarder à prendre fin.
La troisième tour s’était rendue. Les mages qui se trouvaient à l’intérieur désactivèrent son domaine, puis sortirent en file indienne pour être capturés. La deuxième, en revanche, avait été le théâtre d’un combat terrible. Les cent chevaliers Archeron avaient affronté de front les mages qui s’y trouvaient, étage après étage. Ils avaient sacrifié leur vie pour ouvrir la voie jusqu’au sommet ; il n’en restait que quarante debout à la fin.
C’était le seul aspect des plans de Richard où les pertes seraient considérables.
Kaloh n’avait pas déployé trop de force contre la tour magique. Il s’élevait haut dans le ciel, fondant parfois sur le sol pour déchiqueter les rebelles de ses crocs et de ses griffes acérés. Ce ne fut qu’à la fin de l’invocation qu’il rugit à contrecœur avant de disparaître dans le vide.
La guerre terminée, Richard renonça au commandement et laissa les officiers nettoyer le champ de bataille. Il descendit de cheval et se dirigea vers Lina ; la Mage Dragon avait perdu connaissance et s’était écrasée au sol après avoir chuté du ciel. Un examen attentif révéla qu’elle avait épuisé bien trop de mana, mais cette nouvelle ne fit que le rassurer.
Tout de même, comment Lina avait-elle pu perdre le contrôle de sa magie ? C’était une grande mage ! Il leva les yeux vers Flowsand. La clerc lui tira la langue et articula silencieusement quelques mots. Il lut sur ses lèvres : « Je viens juste de punir un peu cette vieille sorcière ! »
Ces mots laissaient entendre bien des choses. Richard ne put que secouer la tête, impuissant.
……
Lorsque Lina se réveilla, elle se retrouva dans la résidence du maître de la Cité d’Émeraude. Assis à son chevet, Richard lui sourit avec charme. « On dirait que j’ai eu de la chance. Je n’ai pas eu besoin d’attendre six jours. »
Lina ne répondit pas ; elle se contenta de fixer le jeune homme avec étonnement. Il trouva cela étrange et se toucha le visage, mais n’y découvrit rien. « Qu’est-ce qu’il y a ?
L’intérêt de la Mage Dragon retomba soudain. « J’ai eu l’impression que… Non, non, ce n’est rien. Puisque tout est réglé, tu peux rentrer. Moi, je reste. »
Richard ne comprit pas pourquoi l’humeur de Lina s’était brusquement assombrie et ne sut pas comment la réconforter. Cependant, les puissants comme elle savaient se maîtriser. Il resta simplement assis un moment, puis quitta la pièce lorsqu’il comprit qu’elle n’avait pas l’intention de s’expliquer.
Il était temps de rentrer à Norland.
Cet après-midi-là, Richard fit sortir du Plan forestier Flowsand et les deux jeunes maîtres qui n’avaient accompli aucun exploit. À leur départ, ils emportèrent naturellement avec eux la spécialité du plan : une sorte de bois d’une résistance exceptionnelle. C’était un excellent matériau pour fabriquer des arcs longs à Norland, et sa valeur se chiffrait à des dizaines de milliers de pièces d’or. Pourtant, à Faelor, il ne valait pas plus de dix mille pièces. Son grand avantage était qu’il ne contenait pas de mana intrinsèque ; le transporter dans un équipement spatial ne coûtait donc pratiquement rien de plus.
Richard et Flowsand franchirent le portail les premiers. Avant de les suivre, Nyris retint Agamemnon. « C’est vraiment fini, comme ça ?
— Qu’est-ce que tu voudrais de plus ?
— Ne sommes-nous pas censés être les personnages principaux d’une bataille émouvante ? » demanda le prince, incapable de se résigner à ce dénouement.
Même Agamemnon ne sut quoi répondre. Au bout du compte, les deux hommes n’étaient venus que pour aider Richard à rapporter quelques tonnes de bois à Norland.
……
Les marchandises de la famille royale étaient arrivées lorsque Richard regagna Norland. Il se précipita aussitôt vers l’entrepôt du château, désormais lourdement gardé par la garde personnelle de Gaton et un escadron de la famille royale.
À l’intérieur se trouvaient dix grands coffres magiques de scellement, chacun faisant la moitié de la taille d’un homme. Le capitaine des gardes les ouvrit l’un après l’autre et remit une liste de leur contenu.
Six coffres contenaient des dizaines d’épées soigneusement rangées, toutes scintillant d’un éclat magique et dégageant une aura glaciale : elles étaient enchantées pour gagner en tranchant et produire un effet de froid. Elles étaient toutes forgées en acier de lafite, un matériau dont la durabilité dépassait d’un degré celle de l’acier au carbone ordinaire. Chaque coffre renfermait cinquante épées sans fourreau, dont les lames étaient enduites d’épaisses couches d’huile de baleine froide afin de les protéger et d’empêcher la perte de mana. Cela faisait trois cents épées magiques au total.
L’un des quatre coffres restants contenait vingt petites arbalètes ouvragées, enchantées pour améliorer leur précision et leur portée. Ces armes étaient clairement supérieures aux arbalètes magiques ordinaires, car elles étaient principalement faites de sapin des glaces. C’était le même type de bois que Richard venait de rapporter du Plan forestier ; grâce au traitement spécial des artisans royaux, ces armes surpassaient nettement celles de la Famille Schumpeter, aussi bien par leur durabilité que par leur puissance. Un autre coffre contenait deux mille carreaux. Un tiers était enchanté avec du poison, un autre tiers avec un effet perforant, et le dernier tiers avec une portée accrue.
Les deux derniers coffres contenaient des gantelets et des cottes de mailles à porter sous l’armure. Bien qu’elle ne possédât qu’un seul enchantement, l’armure pouvait être ajoutée à une tenue existante pour en renforcer considérablement la défense. Quant aux paires de gantelets, elles portaient chacune deux enchantements.