Chapitre 400
Test
Richard expira un souffle chargé d’air vicié et reprit rapidement ses esprits. « Devenir partenaires, c’est un prix plutôt raisonnable pour une alliance durable, dit-il après un moment de réflexion. Mais je ne peux pas me permettre autant de chevaliers runiques pour l’instant. »
« Considérez cela comme un prêt, répondit Fuschia. Vous êtes après tout un maître des runes royal. »
« Un prêt ? » Richard en resta bouche bée.
« Oui, vous devrez la rembourser selon un échéancier précis. »
« Et si on ne payait que le prix d’une alliance ? »
« Cette option n’existe pas. »
Il prit une profonde inspiration. « Très bien, marché conclu ! Nous serons partenaires. »
Il avait désespérément besoin d’un allié puissant. Son statut de maître des runes royal ne lui ouvrait pas toutes les portes, et l’Église ne le protégerait que pendant un an. Même les conditions dont il bénéficiait alors ne s’appliquaient qu’à Faust. Pour le moment, il n’osait pas quitter la ville.
Quant à leur partenariat, qui ressemblait davantage à une transaction qu’à autre chose, Richard ne croyait pas que ce fût tout à fait le cas. Il se souvenait que Gaton le lui avait déjà proposé. Ces conditions générales semblaient taillées sur mesure pour lui, même si elles lui coûtaient tout de même assez cher.
« Un quart en acompte. L’accord n’entrera en vigueur que lorsque ma dame aura tout reçu », lança Fuschia, prenant Richard de court une nouvelle fois. « Il faudra faire vite, ajouta-t-elle. On ne sait jamais, d’autres sont peut-être en train de préparer leurs propres chevaliers runiques. »
Richard ne sut que répondre, mais les trois chevaliers choisirent justement cet instant pour revenir de leur tâche.
« Les cadavres sont empilés ensemble, mais nous avons séparé les têtes. Faut-il les suspendre ? » demanda Asiris d’un ton sinistre.
Richard secoua la tête. « Inutile. Faites sortir les corps de l’île pour que leurs familles les récupèrent. Et informez toutes les branches qui ont pillé les offrandes qu’elles doivent les restituer avant la date limite. Sinon, l’affaire sera traitée comme une trahison. »
« Vous voulez récupérer les offrandes ? intervint Fuschia. Je ne pense pas que ce soit possible. J’ai appris que la plupart avaient été rachetées de force par de puissantes familles après avoir quitté l’île. Il n’en reste presque rien. »
Richard rit. « Je sais. Et Alice était l’une des acheteuses, n’est-ce pas ? »
« Oui. Nous pouvons récupérer les offrandes achetées par la comtesse, mais la majorité est introuvable. Ma dame en possède moins d’un dixième. »
« Oubliez-les, elle peut les garder. Considérez-les comme une partie de l’acompte. »
Richard ne s’attendait pas du tout à récupérer les offrandes ; il savait pertinemment que la plupart avaient été revendues. Il n’agissait ainsi qu’à cause des autres familles de Faust, qui lui voulaient du mal. De cette façon, elles ne pourraient pas soutenir ouvertement les traîtres sans devoir expliquer à l’Empereur et à l’assemblée pourquoi elles s’étaient mêlées des affaires d’une autre famille. Aucune famille ne tolérait la trahison. Qui voulait soutenir une rébellion au sein d’une autre famille devait agir prudemment, dans l’ombre.
……
Une fois les affaires de trahison réglées, Asiris s’avança. « Si je n’ai plus rien à faire ici, je dois rentrer. Cyrden ne tiendra pas longtemps. »
« Je devrais rentrer, moi aussi », dit Senma d’un ton ensommeillé.
Lina ne prit toutefois la parole qu’après le départ des deux chevaliers. « Je… Je ne peux pas encore rentrer. »
Elle ne put s’empêcher de rire en voyant la tête du maître des runes. « Je suis responsable du Plan forestier, précisa-t-elle, celui que maître Gaton a pris à la Famille Schumpeter. Une grande rébellion a éclaté récemment, et j’aurai du mal à m’en charger seule. J’aurai besoin d’aide. »
Lina ne précisa pas de quelle aide elle avait besoin ; elle se contenta de regarder Richard en souriant. Elle semblait surtout curieuse de voir sa réaction.
Richard réfléchit un instant, puis l’emmena au centre de commandement. Il lui demanda alors de lui présenter le relief et la situation actuelle.
La mage dragon s’y était préparée depuis longtemps. Elle inséra un cristal de mémoire dans une fente de la table, faisant aussitôt apparaître une carte du Plan forestier. Celle-ci était assez sommaire : on y voyait surtout des forêts de montagne traversées par une rivière. À la limite de la carte se trouvait une ville, près de laquelle ses troupes avaient établi leur camp.
L’emblème de la Famille Schumpeter brillait sur la ville. Ce chapitre a été repris sur novelping.com sans autorisation.
La Famille Schumpeter exploitait le Plan forestier depuis quelque temps, mais n’y avait guère progressé. Elle n’était parvenue à fonder qu’une seule cité-État et avait subi de lourdes pertes dans sa guerre contre les aborigènes, ce qui avait considérablement freiné son expansion.
À son arrivée, Gaton avait anéanti les armées Schumpeter, pris le contrôle de l’unique ville du plan et laissé Lina sur place pour la garder. Mais, alors qu’il était coincé dans le Plan de Rosie, les Schumpeter, qui s’étaient rendus à l’origine, avaient profité de l’absence de Lina, partie combattre les aborigènes, pour se rebeller. Ils avaient rapidement repris le contrôle de la ville et s’appuyaient sur trois tours magiques pour la conserver. Lina avait tenté de les attaquer à deux reprises, mais les deux batailles s’étaient soldées par une défaite.
Richard fixa la carte, étudiant la situation. Il comprit que la mage dragon le mettait à l’épreuve. S’il échouait, elle aurait du mal à suivre ses ordres.
Lina disposait encore d’environ deux mille hommes, ce qui lui donnait l’avantage sur les rebelles, tant en nombre qu’en qualité. Les ennemis n’avaient qu’un seul saint, qui ne pourrait jamais la vaincre en combat singulier. La difficulté venait des trois tours magiques. Sous leur emprise, la mage dragon ne pouvait déployer que la moitié de ses capacités. De plus, les aborigènes du plan harcelaient sans cesse son armée, empêchant les soldats de se reposer et de reprendre des forces. Leur moral s’érodait peu à peu.
Le plan tirait son nom de ses vastes étendues de forêts montagneuses, où les plaines et les prairies étaient rares. Les aborigènes étaient une espèce intelligente, semblable aux elfes de Norland ; ils se déplaçaient avec agilité dans les bois et excellaient au tir à l’arc comme dans l’art de l’assassinat. Lina elle-même avait été touchée par une flèche alors qu’elle n’était pas assez vigilante.
Après avoir obtenu de la mage dragon le récit détaillé des deux batailles, Richard comprit clairement la situation. À chaque fois, le saint ennemi avait servi à détourner l’attention de Lina, tandis que les rebelles massacraient la plupart de ses hommes sous la protection de leurs tours. Elle n’avait eu d’autre choix que de battre en retraite.
« Alors, quel est le plan ? demanda Lina. Mes troupes ne peuvent pas rester là-bas trop longtemps. Les pertes quotidiennes portent un coup terrible à leur moral. »
« Comment s’écoule le temps ? » demanda Richard en relevant la tête.
« Un tiers de celui de Norland. Les Schumpeter y ont beaucoup investi. »
Il fit quelques calculs en silence. « J’ai besoin d’un peu de temps pour me préparer. Nous partirons pour le Plan forestier dans deux jours. Il devrait me falloir six jours pour mater la rébellion. »
« Six jours ? » Lina en resta sans voix. « En temps norlandais ? »
« Non, en temps local. »