Chapitre 388
Arrêtés
Tous les véritables Archeron, ces soldats impitoyables qui s’étaient entraînés en silence sur l’île depuis la disparition de Gaton, firent enfin leur apparition. Ils fendirent la foule agitée et se dirigèrent vers Richard, puis se retournèrent pour former une barrière protectrice devant le jeune mage.
Ils serrèrent fermement leurs armes, le regard fixé en silence sur les singes qui leur faisaient face. Une puissante aura enveloppa peu à peu leurs adversaires, imposante comme une montagne. Bien qu’ils fussent largement inférieurs en nombre, personne ne doutait qu’ils eussent le courage de dégainer leurs épées !
Le cœur de Richard se mit à battre furieusement. Son sang Archeron s’embrasa ; il ne lui fallait qu’un pas de plus de la part de cette foule pour activer Brasier et les réduire en cendres sans hésiter. Une salve de boules de feu ferait de cette bande de vauriens une vilaine traînée de cendres !
Le terrain les contraignant à se serrer les uns contre les autres, les bandits étaient regroupés en masse. Richard était convaincu qu’un bombardement de dix boules de feu réduirait leur nombre à un chiffre. Peu importait la gravité de ses blessures : il tiendrait bon !
C’est alors que les paladins dégainèrent leurs épées et s’avancèrent en lançant d’une voix grave : « Nous sommes des paladins du Dragon Éternel ! Toute attaque contre sir Richard sera considérée comme une offense à l’Église ! Pas même vos familles ne seront épargnées ! »
Cette déclaration arracha un hoquet de stupeur à tous les assistants. Une offense à l’Église du Dragon éternel ? Les conséquences seraient pires que celles d’une attaque contre l’Alliance Sacrée elle-même !
Sua changea lui aussi d’expression. « Impossible ! s’écria-t-il. Il s’agit d’un différend entre nobles laïcs. Comment l’Église peut-elle intervenir ? Qui a pris cette décision ? »
L’un des paladins se tourna vers lui. « Vous êtes… »
Sua bombant le torse, il déclara d’une voix forte : « Je suis le baron Sua Archeron, fils de Sauron Archeron ! Je veux savoir qui a pris cette décision. »
Mais le paladin afficha un air méprisant et ricana froidement. « Un simple petit noble de seconde zone. De quel droit remettez-vous en question les décisions de lord Ferdinand ? »
Sua, visiblement contrarié, protesta : « Mais mon père est… »
« La décision a été prise par le marquis Ferdinand ! l’interrompit le paladin avec impatience. Pour qui vous prenez-vous ? Un simple baron de province dont personne n’a jamais entendu parler ; vous n’avez même pas le moindre statut ! »
Le visage de Sua s’empourpra, au point de sembler luisant de sang. Pourtant, il ne répondit rien. Les véritables nobles de l’Alliance Sacrée ne jugeaient vraiment pas quelqu’un comme lui digne de mettre les pieds à Faust. Malgré sa jeunesse et son impulsivité, il connaissait les conséquences d’une offense à l’Église du Dragon éternel. Les prêtresses n’auraient même pas besoin de lever le petit doigt : un seul mot de leur part suffirait à convaincre de nombreux nobles de l’anéantir pour elles.
Il fallait dire que les interventions de l’Église du Dragon éternel étaient devenues rarissimes. L’Église prenait à peine part aux guerres entre les empires. Que se passait-il donc aujourd’hui ? Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
Richard était déjà prêt à se battre, mais il vit ses ennemis se retirer l’un après l’autre à l’entente des paroles des paladins. Il s’y était pourtant attendu, mais ne parvenait toujours pas à évacuer la fureur qui le submergeait.
Son regard se posa de nouveau sur Sua. Dès que l’homme s’était présenté, Richard avait vivement senti qu’il jouait forcément un rôle dans la situation actuelle de l’île.
« Baron Sua. »
« Quoi ? » Sua se retourna et foudroya Richard du regard. Après avoir été rabaissé par les paladins, cette façon de s’adresser à lui lui parut particulièrement sarcastique.
« Dégage, dit calmement Richard. Quitte cette île sur-le-champ. »
« Pourquoi ? » Sua serra les dents. Son beau visage était déjà déformé par la colère ; plus Richard se montrait détaché, plus il se sentait humilié.
Richard plongea les yeux dans les siens et déclara avec indifférence : « Tu peux rester, si tu veux, mais prépare-toi à en assumer la responsabilité. Toutes les conséquences retomberont sur toi, maintenant comme à l’avenir. Tu es sûr de vouloir rester ? »
Les yeux de Sua flamboyaient tandis que son regard croisait celui de Richard, mais il n’y vit qu’une mer insondable. Elle était parfaitement calme, sans la moindre ride.
Ils se dévisagèrent pendant dix bonnes minutes, jusqu’à ce que Sua renifle et ordonne d’un ton sombre à ses gardes de partir. Stupéfaits, ils n’eurent d’autre choix que de le suivre.
En passant près de Richard, il baissa la voix et lança d’un ton menaçant : « Nous avons encore de beaux jours devant nous ! »
« Transmets mes salutations à l’oncle Sauron », répondit Richard avec indifférence.
Un frisson parcourut l’échine de Sua. Il se dirigea à grands pas vers le portail sans ajouter un mot.
« Monseigneur, pourquoi n’avoir pas simplement tué ce Richard ? demanda un jeune garde à l’air féroce de l’autre côté. Les règles de l’Église interdisent de se mêler des affaires des nobles. »
Déjà fou de rage, Sua ne put se contenir davantage. Pan ! Une gifle retentissante claqua !
Le jeune garde eut la tête qui tournait et sentit le sang lui monter à la bouche. Il regarda son seigneur s’éloigner, déconcerté et blessé dans son amour-propre.
Un autre garde, qui approchait de la vieillesse, soupira. « Ah, pauvre fou, dit-il à voix basse. Tu crois que Richard est comme les autres enfants de Gaton ? Les tuer ne pose pas de problème, mais si tu veux vraiment t’en prendre à Richard, tu ne peux pas le faire dans une situation pareille. Même si l’Église n’intervient pas, tu ne sais donc pas qui est son maître ? Il n’y aurait pas de problème si nous étions dans notre bon droit, mais dans ces circonstances… Si tu fais du mal à Richard en public, Son Excellence Sharon ne restera pas les bras croisés. Tu as oublié les millions de nains gris morts ? »
Le jeune garde comprit enfin. « Vous voulez dire qu’il nous faut trouver une occasion légitime d’agir ? Ou au moins une situation sans témoins, pour que Son Excellence n’ait aucun prétexte à nous attaquer ? »
« Bien sûr ! Si Son Excellence intervient, oublie le seigneur : même le marquis Sauron lui-même aura du mal à s’en tirer ! »
Le jeune garde hocha vivement la tête, sa férocité retombée.
……
Richard ne prit pas à cœur ce petit incident survenu à l’extérieur du château. Il se tourna vers les membres des branches collatérales, qui ne savaient que faire. « Quant à vous, restez si vous le souhaitez. Vous pourrez partir quand bon vous semblera. »
Cela dit, il prit le chemin du château. Ceux qui lui avaient barré la route s’écartèrent en hâte pour le laisser passer. Même le baron Sua avait battu en retraite ; ils ne pouvaient rivaliser avec sa force ni avec ses appuis. Leur seul avantage sur Sua, c’était leur nombre.
Mais le nombre ne faisait jamais la différence dans un monde où deux personnes pouvaient être séparées par un tel gouffre de puissance.
Les singes des branches collatérales pressentaient déjà le danger, mais se débarrasser de leur avidité était une tâche impossible. Ils répugnaient à partir : après tout, Richard était encore si jeune et son niveau n’était pas si élevé. Autrement dit, seul son statut pouvait les convaincre de s’en aller.
Lorsqu’il pénétra dans le château familial, Richard trouva l’atmosphère étrange. Des gens ne cessaient de sortir des salles ; il ne reconnaissait aucun de leurs visages. Ils passaient près de lui sans s’arrêter et s’éloignaient à la hâte.
Le visage de Richard était aussi impassible qu’une eau dormante. Il ne leur barra pas le passage et ne les interrogea pas ; il se contenta de les regarder en silence, gravant chaque visage dans sa mémoire.