Chapitre 375
Puissance (3)
Même les clercs et les mages ne parvenaient pas à maîtriser parfaitement leur puissance. Lorsqu’ils lançaient des sorts, une partie de leur mana débordait toujours. Le contrôle exquis de Flowsand rendait ces pertes négligeables, mais, lorsqu’un sort comme le Déchaînement était activé, le débordement dépassait de très loin la normale. Pour une raison quelconque, Richard pouvait absorber la puissance divine malgré son statut de mage. Et plus il en absorbait, plus sa réaction aux rayons astraux s’intensifiait.
Il était neuf heures le lendemain matin lorsque Richard mit fin à sa méditation. Olar, qui attendait depuis longtemps sur le seuil, l’informa que le duc Direwolf avait envoyé une armée dès l’aube. Cette fois, elle apportait des offrandes d’une importance capitale.
Richard fut très surpris et se précipita aussitôt en bas. Trois carrosses stationnaient déjà dans la cour de l’auberge ; des soldats en armes, vêtus d’armures familières, montaient la garde à leurs côtés. Tous étaient au moins de niveau 10 et leur aura meurtrière témoignait de leur expérience du combat.
Dans la cour se dressait un chevalier haut comme une tour de fer, qui conversait avec Flowsand. Dès que son regard se posa sur lui, les yeux de Richard le piquèrent et il faillit en avoir les larmes aux yeux. La puissance brute du chevalier le stupéfia ; la seule énergie qu’il dégageait lui avait déjà porté un coup invisible.
Le chevalier tourna la tête et lança à Richard un regard électrique, avant de réprimer son aura imposante. Richard observa cet homme d’une quarantaine d’années, aux favoris couleur acier, et reconnut le seigneur Moonbear, qu’il avait rencontré au Château du Crépuscule.
Puisqu’ils s’étaient déjà rencontrés, le seigneur Moonbear s’épargna les politesses et alla droit au but : « Sir Richard, j’ai escorté ces offrandes jusqu’ici sur ordre du duc. Le duc Bevry sera là dans trois jours. »
Richard, décontenancé, demanda : « Le duc vient aussi ?
— Oui, répondit le seigneur Moonbear. Son Altesse espère que vous aurez préparé la cérémonie nécessaire à son arrivée. »
Le seigneur Moonbear ne précisa pas de quelle cérémonie il s’agissait, mais Richard avait bien sûr compris. Bevry ne révélerait pas tous les détails, même à un aide de confiance : il ne fallait surtout pas que la cérémonie soit éventée. À l’origine, l’autel devait pourtant être érigé sur le territoire de Richard ; le duc semblait avoir changé d’avis. Se passait-il quelque chose au Royaume de Sequoia ?
Richard continuait de suivre la situation dans le royaume. Même si les renseignements lui parvenaient en quantité limitée, il avait tout de même obtenu quelques résultats. Il avait réussi à tirer certaines informations de ce qui lui avait d’abord semblé incohérent.
Les Fontaine comptaient parmi les plus grands producteurs d’armes du Royaume de Sequoia. La Corne de Kane était un autre site de production majeur, et la plus grande mine de cuivre et de fer dont ils dépendaient était, disait-on, en voie d’épuisement. Or, un filon secondaire se trouvait sur le territoire actuel de Richard. Bien que ces terres appartinssent officiellement au duc Direwolf, elles n’avaient pour ainsi dire jamais été exploitées. Plus intéressant encore, la mine de Richard était reliée à la fois aux mines des Fontaine et à la Corne de Kane.
La Corne de Kane appartenait conjointement à trois comtes : Layton, le neveu du roi ; Yatu, le père de Zim ; et Pamela, le comte de la Force. De toute évidence, Zim ne serait pas le seul adversaire que Richard devrait combattre.
Toute cette affaire empestait le complot. Richard ne se donna toutefois pas trop de mal à deviner si Bevry était au courant. Tant que les faits confirmaient qu’il avait eu raison de viser les Terres ensanglantées, tout allait bien. Le plus important, à présent, était de profiter de ce répit pour renforcer son armée.
« Sir Richard, interrompit le seigneur Moonbear, voici la liste de nos biens. » Il lui tendit un parchemin, puis ordonna à tous les chevaliers de garde de surveiller les alentours et referma lui-même la porte.
Le parchemin portait une image magique représentant le squelette d’un immense dragon. Bien qu’incomplète, elle dégageait une aura terrifiante. L’image vacilla plusieurs fois, puis le parchemin, à court de mana, se changea en une volute de flammes qui s’évanouit.
Avec l’aide de Moonbear, Richard s’approcha des carrosses et les ouvrit, dévoilant les restes squelettiques qu’ils contenaient. Une puissante aura jaillit dès qu’ils soulevèrent les bâches, faisant légèrement pâlir Richard. Ce dragon était mort depuis longtemps, mais ses restes recelaient encore une grande puissance.
« De véritables restes draconiques ! Je suppose que le duc a remporté la victoire, alors ?
— Une victoire à la Pyrrhus, soupira le seigneur Moonbear. Sur les quatre régiments que nous avons envoyés, seuls deux sont revenus. Nous avons perdu plus de 4 000 soldats, dont de nombreux vétérans d’élite. Après tout, nous avons pratiquement affronté tout le Duché de Whiterock ; l’ennemi était bien plus nombreux que nous. Le château du comte Jayleon est également réputé pour ses défenses : plus de mille de nos frères sont restés à ses pieds. Get faster updates on nоvelping.com.
« Je ne comprends toujours pas pourquoi nous avons déclenché une guerre d’une telle ampleur. Pour ces vieux os ? Si j’apprends que quelqu’un a osé tromper le duc, je serai le premier à lui briser les os ! »
Le ton du seigneur Moonbear était accusateur. Son regard brûlant se posa sur Richard, tandis qu’une puissante aura rancunière émanait de lui. Richard comprit que ce saint le tenait déjà pour un ministre félon qui avait ensorcelé le duc.
Le duc Bevry n’aurait naturellement pas révélé à ses subordonnés les détails de son pacte avec Richard. Ce dernier était un nouveau chevalier des marches aux origines inconnues ; il était donc normal qu’un saint expérimenté comme le seigneur Moonbear le méprisât. Son indignation était prévisible. Richard ne doutait pas que, si Moonbear obtenait la moindre preuve concrète contre lui, il ne prendrait même pas la peine d’en référer au duc avant de le tuer.
Cette fois, pourtant, il ne céderait pas. Il releva la tête et soutint le regard électrique de Moonbear. Leurs yeux s’affrontèrent dans le vide entre eux, comme si une flamme allait jaillir !
Richard sourit soudain. « Seigneur Moonbear, avez-vous entendu parler d’Aile-Noire ?
— Bien sûr. Ce sale cabot dément !
— Un cabot dément que j’ai décapité il y a quelques jours, dit calmement Richard. Sa tête a été exposée aux portes de la ville. Vous ne l’avez pas vue en entrant ?
L’expression du seigneur Moonbear se fit aussitôt grave. Il savait parfaitement combien il était difficile de tuer Aile-Noire. Plus d’un personnage important du Royaume de Sequoia était tombé sous les coups de l’assassin, mais lui avait survécu jusqu’alors. Un assassin de niveau 15 était parfois plus terrifiant qu’un saint ordinaire.