Chapitre 374
Puissance (2)
Les lignées Archeron et Lune-d’Argent étaient toutes deux d’un très haut rang, si bien que Richard avait des centaines de capacités parmi lesquelles la prochaine à s’éveiller pouvait se trouver. Cela échappait à son contrôle, mais il pouvait au moins influer sur le renforcement de sa lignée, et donc agir sur les choses. Hélas, sa lignée Archeron formait un réseau unique qui parcourait tout son corps, contrairement à la lignée elfique, clairement divisée en plusieurs parties.
Les résultats de sa méditation nocturne furent particulièrement nets. Il avait réussi à capter trois ou quatre rayons astraux par heure, ce qui lui permettait de mettre son hypothèse à l’épreuve. En effet, il pouvait légèrement influer sur la trajectoire des rayons astraux, les rapprocher de ses lignées ou les en éloigner. Dès qu’ils passaient suffisamment près, celles-ci les capturaient et se renforçaient un peu. Même si son taux de réussite n’était pas fameux, c’était toujours bien mieux qu’une absence totale de contrôle. De plus, cette hausse du nombre de rayons astraux captés accélérerait considérablement sa croissance en mana.
À l’aube, Richard eut la bonne surprise de constater que sa réserve de mana avait augmenté de trois unités. Même si, au regard des plus de 800 points qu’elle contenait, ce n’était qu’une goutte d’eau, cela signifiait qu’il pourrait devenir mage de grade 12 en un mois. Il serait alors un véritable maître des runes.
Après le petit déjeuner, il partit chercher Amon et Devon. Il vendit tout son minerai de fer nuageux en échange de 80 lots d’armures de plates à demi-corps, de boucliers-tour raffinés, de haches à une main et des parchemins d’enchantement correspondants.
Le tout coûtait près de 100 000 pièces d’or, un peu plus que ce qu’il aurait normalement reçu. Cependant, sachant que Richard traversait une période cruciale d’expansion de son armée, les deux hommes ne s’inquiétèrent guère de ces 20 000 pièces d’écart.
Ils étaient tout de même un peu perplexes. Ces équipements sur mesure suffisaient à armer un chevalier ordinaire, et les esclaves vendus par Devon ne sauraient pas tirer pleinement parti d’objets d’une telle qualité. Bien sûr, ils ne posèrent pas la question ouvertement : l’origine des soldats de chacun était un secret absolu. Cela ne fit que confirmer leur conviction que Richard était soutenu par une famille puissante.
Malheureusement, les Terres ensanglantées étaient plongées dans le chaos depuis que Sinclair les avait traversées de part en part. Et bien que le territoire du monde obscur fût minuscule comparé à celui des royaumes humains, sa puissance demeurait imprévisible. Aucun des deux hommes n’avait les moyens d’enquêter davantage. L’histoire vous plaît ? Lisez la suite sur NovelPing.
Bien sûr, ils ignoraient que cet équipement était destiné à l’armée de guerriers humanoïdes de niveau 5 de la mère de la couvée. Chaque drone équivalait à lui seul à un guerrier de niveau 9 ; avec cet équipement supérieur, ils dépasseraient tous un chevalier ordinaire. De plus, au combat, ils étaient bien plus puissants qu’un nombre égal de chevaliers. Après tout, rares étaient les êtres vivants qui ne craignaient ni la douleur ni la mort et obéissaient absolument aux ordres de leur commandant.
La puissance avait davantage compté que le coût dans la conception de cet équipement. Ce ne fut qu’après avoir découvert à quel point ces lots reviendraient cher que Richard renonça à l’idée de constituer une armée entière d’humanoïdes, du moins pour l’instant.
Les drones de la mère de la couvée étaient encore assez limités en puissance ; il n’avait donc pas d’autre choix que de compenser leur faiblesse par leur équipement.
La transaction ne fut conclue que tard dans la nuit. Richard avait également accepté de dîner avec le seigneur Falcao. Devon était le seul autre convive. L’épéiste-mage fit savoir qu’il souhaitait acheter une rune capable d’améliorer considérablement ses capacités pendant une courte période. Il ne voyait aucun inconvénient à ce qu’elle ne serve qu’une fois.
Richard avait enfin compris l’état d’esprit de saints comme Falcao, qui n’espéraient pas progresser dans un avenir proche. Ils considéraient les runes comme des objets consommables, au même titre que les parchemins magiques. Ils partaient simplement du principe qu’une rune pouvait leur sauver la vie au moment critique et renverser le cours d’une bataille. Bien sûr, chacun savait ce qui comptait le plus entre l’or et les chances de survie.
L’idée plaisait aussi beaucoup à Richard. Depuis la première rune qu’il avait vendue à Faelor, il avait prévu de transformer les runes permanentes en objets consommables qui s’useraient après usage.
La transaction se déroula à merveille. Richard accepta de lui donner une rune identique à celle de Rolf, et lui offrit également un parchemin du Construct de guerre. En échange, il reçut de quoi fabriquer trois runes, ainsi que 200 cristaux magiques supplémentaires. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping(.)com.
En somme, il avait cédé pour 50 000 pièces d’or de matériaux contre un objet capable de sauver une vie ou de tuer un ennemi. Les deux parties furent satisfaites du prix.
Le seul accroc concerna le parchemin. Après en avoir appris l’usage, Falcao et Devon affichèrent des expressions saisissantes. Comme Rolf, ils comprirent qu’il s’agissait à la fois d’une formidable occasion et d’un piège redoutable. Falcao accepta tout de même. Richard avait même ajouté, avec une innocence feinte, que le saint pouvait toujours le donner à quelqu’un d’autre s’il ne voulait pas s’en servir.
Contrairement à Rolf — et même à Falcao, qui se tenait juste devant lui —, Devon laissa paraître un sourire amer. Voyant qu’il avait atteint son objectif, Richard lui rendit son sourire, puis prit congé.
Dès qu’il eut quitté la pièce, Falcao et Devon tournèrent les yeux vers le coffret magique de scellement, au centre de la table. Le couvercle était ouvert et laissait voir un magnifique parchemin divin, ainsi qu’une explication de la foi. La puissance divine qui en émanait suffisait à prouver sa grande valeur. Sous la lumière d’une lampe magique, l’énergie qui y circulait exerçait une tentation mortelle et leur asséchait la gorge.
Sur le chemin du retour, Richard ne put s’empêcher d’admirer le génie de Flowsand. Le parchemin du Construct de guerre était un piège auquel peu de gens avaient la volonté de résister, même en sachant qu’un abîme les attendait. C’était d’autant plus vrai lorsqu’ils se trouvaient entre la vie et la mort.
Bien sûr, il avait aussi un prix. Kellac devait sacrifier une semaine de puissance divine, tandis que Flowsand elle-même serait incapable d’attaquer pendant trois jours.
Mais comment l’avait-elle conçu, au juste ? Même un génie n’aurait su l’expliquer. Richard ne savait toujours rien du fonctionnement de la puissance divine. Sans Flowsand, ce voyage à Faelor aurait sans aucun doute tourné au désastre…
De retour au camp, Richard en fit le tour avec quelques-uns de ses fidèles. Peu après, il se remit à méditer. Son efficacité restait élevée, mais cette fois, il en découvrit enfin la raison. Chaque utilisation du Déchaînement réveillait tout son mana. Chaque fois que Flowsand lançait le sort, un résidu de puissance divine demeurait en lui, s’enracinait peu à peu et finissait par fusionner avec son être.