Chapitre 371
Récolte
Le champ de bataille fut rapidement nettoyé et le butin de guerre, inventorié.
La caravane de deuxième classe transportait du minerai de fer des nuages. Ce matériau était légèrement inférieur à l’acier de lafite, mais il restait un excellent choix pour fabriquer des armes et des armures. Les armes forgées dans ce métal, en particulier, pouvaient recevoir de puissants enchantements. Du point de vue du rapport qualité-prix, c’était le meilleur matériau pour l’équipement magique.
Ces charrettes de minerai ne payaient pas de mine, mais, dans les royaumes humains, elles auraient pu être vendues pour 150 000 pièces. Elles échurent donc naturellement à Richard. À cela s’ajoutaient les chevaux, les armes et les armures récupérés, qui valaient plusieurs dizaines de milliers de pièces de plus.
L’armure d’Aile-Noire attira également l’attention de Richard. Elle était faite de la peau d’un dragon du crépuscule, ce qui lui conférait une défense puissante et une résistance aux ténèbres. Trois enchantements y avaient été ajoutés : la défense, la furtivité et une résistance considérable à la magie. À elle seule, cette résistance équivalait à deux enchantements ; même à Norland, rares étaient les mages capables d’insuffler une telle propriété à une armure. Le nombre total d’effets approchait la qualité légendaire. Bien sûr, les dagues de Sinclair possédaient six effets au total, dont l’extinction et la destruction. C’étaient de véritables armes légendaires.
Richard retourna l’armure entre ses mains et l’examina, se faisant une idée approximative de sa valeur. La peau était naturellement robuste, et le travail de préparation avait manifestement été remarquable. Même les douze boules de feu n’avaient pas réussi à l’endommager.
En contemplant cette armure, Richard ne put s’empêcher de s’estimer heureux. Sans la rune de pénétration magique, même avec le Déchaînement, ses boules de feu n’auraient peut-être pas suffi à neutraliser l’assassin aussi facilement. À cette pensée, Richard fit signe à Olar et lui tendit l’armure. « Je te la donne. Une fois de retour, familiarise-toi avec. »
Le barde elfe était lui-même un expert en estimation. Il avait compris que l’armure n’avait rien d’ordinaire dès qu’elle lui était passée entre les mains, et son examen approfondi ne fit que le stupéfier davantage. « Non, maître ! C’est hors de question ! Cette armure est trop précieuse, je ne peux pas l’accepter. Mon rang est trop bas, je ne mérite pas qu’on gaspille sur moi un équipement aussi précieux. »
Richard enfonça l’armure entre les mains d’Olar et lui ordonna : « Prends-la. »
« Je… j’ai compris, maître. » Les mains d’Olar tremblaient légèrement tandis qu’il recevait le présent. Une armure offrant une défense et une résistance à la magie aussi remarquables lui donnait, en somme, une vie de plus sur le champ de bataille.
« Ne t’inquiète pas. Tu as peut-être signé un contrat d’esclave avec moi, mais je vous considère comme mes fidèles, pas comme mes esclaves. » Rendez-vous sur nоvelping.com pour lire le chapitre complet.
Olar fut extrêmement surpris et ne put s’empêcher de jeter un nouveau regard à Richard. Le mot « fidèle » ne se lançait pas à la légère. Dans la bouche d’un seigneur de Norland, il avait un sens précis : il conférait un ensemble de privilèges complets et imposait des obligations strictes. Par ces mots, Richard faisait de lui l’équivalent, pour un mage, de ce que les treize étaient pour Gaton…
Les esclaves avaient tous été emprisonnés à ce moment-là. Sur la centaine de captifs, la plupart étaient des marchands ou d’autres membres du personnel ; moins de vingt gardes avaient survécu. Six des assassins d’Aile-Noire avaient également été capturés vivants. Ces tueurs étaient encerclés par l’infanterie lourde, elle-même ceinte par les Lances chasseuses de démons. Sachant qu’ils n’avaient aucune chance de s’en sortir vivants, ceux dont la volonté était fragile avaient choisi de se rendre. Peut-être parce qu’ils avaient eux-mêmes pris trop de vies, ils étaient moins disposés que les gardes à se battre jusqu’à la mort.
Gangdor désigna les tueurs. « Chef, qu’est-ce qu’on fait d’eux ? »
Richard passa lentement devant les six assassins, son regard glacial glissant sur chacun d’eux. Terreur, appréhension, nervosité… il vit tout cela dans leurs yeux. Mais il y vit aussi autre chose : la silhouette gigantesque de Moyenne Saignante.
« Ils peuvent encore servir… », commença-t-il.
Les assassins poussèrent aussitôt un soupir de soulagement. Ils remercièrent tous Richard pour sa clémence, promettant de le servir et de lui rester fidèles à jamais.
Richard les regarda et déclara d’un ton indifférent : « Vous pouvez en effet servir, mais pas comme vous l’imaginez. Zendrall ! »
Le nécromancien répondit à l’appel et s’avança. Ses yeux troubles fixés sur les assassins, il déclara d’une voix lugubre : « Ils peuvent travailler, mais ils ne sont pas très doués. »
Les assassins connaissaient sans doute mieux les mages que les guerriers. « Un nécromancien ! » hurla soudain l’un d’eux.
Tous furent horrifiés et se mirent à se débattre, prêts à tout pour s’enfuir. Certains tentèrent même de mourir en entraînant dans leur chute les gardes qui les surveillaient.
Le nécromancien leur inspirait une terreur profonde. Sachant comment les mages s’y prenaient, ils comprirent que leurs pouvoirs ne diminueraient pas si on les transformait en morts-vivants alors qu’ils étaient encore en vie. En fait, il y avait de fortes chances que leur puissance s’en trouve même accrue. Mais le processus était atrocement douloureux et marquait l’âme d’une souffrance indicible. La mort était une douce délivrance en comparaison de pareille torture, même si leurs âmes étaient vouées à ne jamais trouver le repos.
Gangdor bondit sur eux et les roua de coups, les mettant tous à terre. Une équipe de barbares les emporta et suivit Zendrall. Au cœur de la nuit, ils seraient tous devenus les petits animaux de compagnie du nécromancien. Lisez ce roman sur novelping(.)com pour une expérience optimale.
« Et les autres, chef ? » demanda de nouveau Gangdor.
Richard observa le reste des prisonniers. Il avait d’abord voulu tous les exécuter, mais une légère hésitation finit par le faire changer d’avis. « Réduisez en esclavage ceux qui acceptent. Quant à ceux qui refusent, exécutez-les. »
Une douzaine d’individus indociles furent tirés du rang et décapités par les cimeterres des guerriers du désert. Avant de mourir, tous maudirent Richard à grands cris, jurant que le Cosaque rouge les vengerait à coup sûr.
Une douzaine de lames s’abattirent, et une douzaine de têtes roulèrent.
Flowsand soupira devant ce spectacle. « Ce sont sans doute des gens comme eux qui ont permis au Cosaque rouge d’atteindre sa puissance actuelle. »
Kellac soupira à son tour, les rides de son visage se creusant davantage. « Toute organisation capable de survivre dans les Terres ensanglantées doit avoir du cran. Un cran qui vient de gens comme eux. »
Richard se montra bien plus froid que les deux dignitaires du Dragon Éternel, accablés de tristesse. Il dut s’efforcer de réprimer sa haine et s’empêcher de rappeler Zendrall. Alors qu’il se tenait près du corps de Moyenne Saignante, il avait voulu livrer au nécromancien tous les membres du Cosaque rouge, des chefs aux esclaves, qu’ils soient vivants ou morts. Il aurait pu raffiner leurs âmes pour en tirer l’énergie de ses sorts.
« On peut détruire ce cran, à condition d’en tuer suffisamment », déclara Richard avec calme.
Kellac ne répondit rien et se contenta de secouer la tête. En tant que l’un des chefs des Lances chasseuses de démons, il connaissait encore bon nombre de membres du Cosaque rouge. Mais, devenu prêtre du Dragon Éternel, sa foi avait pris possession de toute son existence. S’en remettre à son dieu était devenu chez lui une habitude profondément enracinée.