Chapitre 367
Impossible de refuser
Steelrock et les Drakons ne s’attardèrent pas après avoir remis les restes squelettiques à l’intendant des Archeron. Après une rapide visite de l’île, ils repartirent avec leur escorte. Lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée de Faust, Steelrock leva les yeux vers la tête de dragon suspendue à la porte voûtée et s’exclama, admiratif : « Voilà qui est bien ! »
« Seuls ceux qui n’ont pas beaucoup d’histoire à leur actif affichent leur gloire avec autant d’ostentation », fit remarquer Drakons avec un certain dédain.
Steelrock se tourna vers le chevalier d’érable. « Vous avez ce genre de choses, dans votre royaume ? »
« L’Empire millénaire est l’héritier des anciens empires elfiques, répondit fièrement Drakons. Chaque souverain qui s’y est succédé était réputé pour sa puissance sur le continent. L’empire regorge de puissants personnages, et notre trésor en compte huit ou dix de ce genre ! »
Steelrock hocha la tête, les yeux brillants, mais nul n’aurait pu deviner ce qu’il avait en tête.
Après s’être vanté, Drakons contempla le barbare. « Vous avez vu la situation de la Famille Archeron. Si Gaton ne revient pas bientôt, ces restes squelettiques ne feront sans doute qu’attirer davantage d’ennuis à sa famille. Écoutez mon conseil : confiez-les provisoirement au duc Peron. Sa famille occupe l’île 6-4 et est bien plus puissante que la Famille Joseph. C’est aussi l’oncle de mon maître, alors vous n’avez pas à craindre qu’il perde ou abîme le présent. Ce genre de choses ne l’intéresse guère. »
Le barbare secoua la tête. « Je ne m’inquiète pas pour le squelette. S’il disparaît, tant pis. Notre tribu possède toute une vallée remplie de ce genre de choses ! Les ennuis qu’il causera seront l’affaire des Archeron. Moi, je devais seulement le leur apporter. C’est fait, alors ma tâche est terminée. »
Drakons fronça les sourcils. « Imaginez que Richard revienne à l’improviste alors que Gaton est toujours dans l’autre plan. Ces seuls restes lui causeront bien des ennuis ! »
Steelrock renifla, une lueur meurtrière dans les yeux. « L’homme qui plaît à Son Altesse ne peut pas régler ce petit problème ? Ce ne serait pas plus mal s’il mourait ici : il y a beaucoup de guerriers, à Klandor, qui veulent l’abattre. S’il n’en est pas capable, mieux vaut qu’il meure maintenant plutôt que de faire honte à Mountainsea. »
L’expression de Drakons changea. « L’homme qui plaît à Son Altesse… » marmonna-t-il en secouant la tête, puis il partit aux côtés de Steelrock. Ils s’éloignèrent côte à côte : leurs tailles différaient considérablement, mais pas leur force.
« Drakons ! »
« Hum ? »
« Battons-nous avant de nous séparer ! Ça fait des mois que je n’ai pas livré un bon combat ! »
Drakons laissa échapper un reniflement glacial. « Quand mes deux épées quittent leur fourreau, elles ne manquent jamais de faire couler le sang ! »
« Vraiment ? » La voix de Steelrock vibrait d’excitation.
L’aura du chevalier d’érable se dissipa entièrement. Il soupira, dépité. « Vous autres, guerriers de Klandor, vous n’avez vraiment aucun humour. » Lisez les derniers chapitres sur NovelPing.
Steelrock resta un instant sans voix, puis répliqua entre ses dents : « Vous autres, guerriers de Norland, vous n’êtes vraiment pas drôles. »
Ils finirent par s’éloigner l’un de l’autre.
……
Richard, de son côté, ignorait tous les ennuis qu’il avait accumulés à Norland. Il était occupé à régler ses problèmes, là-bas, à Faelor.
Aile-Noire ne s’était plus montré depuis l’assassinat, et cet archer terrifiant dont nul ne connaissait l’identité avait lui aussi complètement disparu. Dès le lendemain, Richard avait lancé sa vengeance contre le Cosaque rouge : il avait fait arrêter tous ceux qui étaient liés au groupe à Bluewater et les avait réduits en esclavage. Ceux qui avaient résisté avaient été tués sur-le-champ, empalés sur des pieux de bois et exposés en public aux abords de l’oasis.
Cette réaction violente équivalait à une gifle retentissante pour le Cosaque rouge ; il ne tarderait pas à riposter. C’était précisément ce que voulait Richard : les gens en colère commettaient toujours des erreurs de jugement.
Il n’oubliait pas le pouvoir de l’or, dont l’attrait était irrésistible dans le monde des mortels. Par l’intermédiaire de la Bannière de Guerre dorée et de diverses autres organisations et associations marchandes actives à Bluewater, il lança une prime colossale sur la tête des membres du Cosaque rouge. Il offrait plus de cent pièces d’or pour chaque guerrier de niveau 5, et la récompense augmentait avec le niveau. Les deux saints étaient mis à prix à 100 000 pièces ! Cette annonce changea le regard de tous sur ces deux saints, dont la perception était particulièrement aiguisée.
L’argent était bien la dernière chose qui manquait à Richard. Tant que sa plume pouvait encore bouger, il disposait d’une réserve d’or presque illimitée. Certes, il n’avait pas assez pour payer toutes les primes, mais il était fort peu probable que quelqu’un achète la tête de saints avec de l’or.
Par une nuit chaude et étouffante, Rolf arriva chez Richard. Ils avaient fixé la date lors de précédentes rencontres, et le saint était impatient : cette occasion d’acquérir la puissance d’un être de niveau supérieur ne se présenterait qu’une fois dans sa vie.
L’épéiste saint attendit dans la cour que le garde de Richard aille annoncer son arrivée. Depuis quelques années, son statut lui évitait rarement d’attendre au seuil de quelqu’un. Mais il se trouvait devant l’atelier d’un grand mage. C’était aussi l’occasion d’obtenir une deuxième rune, donc deux chances de vaincre des adversaires plus puissants que lui. Il n’éprouvait pas la moindre impatience, même si, juste avant qu’il ne tendît la main vers la porte, sa respiration s’accéléra légèrement.
Même les saints s’inclinaient devant la puissance. Rolf finit par maîtriser sa nervosité et rassembla son courage pour frapper.
« Seigneur Rolf, entrez donc ! » lança une voix de l’intérieur.
En entrant, le saint commença par examiner l’atelier de Richard. Il ressemblait à un laboratoire de mage, mais ne contenait guère de gros matériel de recherche. Richard était assis à une table, penché sur deux feuilles de papier. Il ne leva même pas la tête à l’arrivée de Rolf. « Asseyez-vous, je vous prie, et patientez un instant. Je dois finir de lire ces documents. »
Rolf ne se pressa pas et s’assit tranquillement. Cela faisait sept ans qu’il était bloqué au niveau 16 ; quelques minutes de plus n’y changeraient rien. Richard mit un certain temps à terminer sa lecture. Puis le mage se leva, s’étira et expliqua avec un sourire : « J’examinais des renseignements sur les saints du Cosaque rouge et quelques idées me sont venues. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. »
« Cela ne fait rien ! Je peux attendre ! » répondit Rolf un peu trop vite, sa voix résonnant dans la pièce. Il jeta un coup d’œil aux documents que Richard tenait en main. « Chuck et Phinbar ? Je les ai affrontés quelques fois et, eh bien… je n’ai pas peur que vous vous moquiez de moi, Maître Richard. Phinbar m’a déjà vaincu, et je crains que l’écart entre nous n’ait fait que se creuser depuis. »
Dans l’espoir d’obtenir la formidable puissance qui l’attendait, Rolf avait même cessé d’appeler Richard « monsieur » pour l’appeler « maître ». La puissance des runes lui avait fait oublier l’âge de Richard.
Le Saint de l’Épée avait appris d’Amon que Richard se chargerait lui-même des dernières étapes de la gravure et de l’activation de la rune. Vu le temps et la quantité de matériaux nécessaires, il était évident que Richard pouvait réaliser lui-même une grande partie de sa fabrication. Face à un disciple de grand mage capable de créer des armes presque divines, nul respect n’était de trop.
Pendant que Rolf était perdu dans ses pensées, Richard avait rapidement préparé ses outils et sorti une boîte de scellement magique. Il en retira avec précaution la nouvelle rune, puis déclara d’un ton indifférent : « Cela n’a pas d’importance. Si vous affrontez Phinbar après-demain, seigneur Rolf, vous le vaincrez. Après deux défaites, je doute qu’il ose vous défier une troisième fois. »
À peine sortie de la boîte de scellement, la rune se mit à luire d’un pâle éclat doré, débordant de puissance magique. Devant sa splendeur, Rolf ne put s’empêcher de retenir son souffle. Tout son corps se mit à trembler légèrement.
Il était resté bloqué bien trop longtemps, freiné par les limites de son talent. Même s’il refusait de s’y résigner, Rolf savait pertinemment qu’il n’avait aucune chance d’atteindre le niveau 17, même en s’entraînant dix ans de plus. Plus on était entravé dans son ascension, plus on désirait la puissance.
Après avoir goûté au pouvoir, à la richesse et à la gloire immenses que conférait le statut de saint, Rolf ne parvenait plus à se maîtriser. Savoir qu’il ne pourrait pas atteindre des niveaux supérieurs ne faisait qu’attiser son désir. Il ne laisserait passer aucune occasion de progresser !
Le regard de Richard vacilla ; il avait déjà remarqué les changements dans l’expression de Rolf. Il comprit alors qu’il avait sous-estimé le désir de puissance de cet homme fort. Un désir bien plus puissant que la luxure ou l’avidité, une véritable drogue…
Dix minutes plus tard, une voix étonnée et ravie retentit dans l’atelier : « Cette… cette puissance ! Cette sensation ! »
« Attention, seigneur Rolf. Si vous activez vraiment la rune maintenant, il ne vous restera qu’une seule utilisation. » La voix froide de Richard calma quelque peu le saint. Et alors, si elle ne pouvait servir que deux fois ? Cela lui donnait deux chances de vaincre quelqu’un de son niveau, ou d’échapper à un adversaire plus puissant. Quel que soit l’angle sous lequel on l’envisageait, c’était une excellente affaire.
Rolf se leva et se mit à arpenter l’atelier. Il était si agité qu’il ne tenait plus en place ; cette rune avait réveillé une soif de revanche qui sommeillait en lui depuis des années. Comment n’aurait-il pas été exalté à l’idée de pouvoir continuer à progresser ? L’âge et le talent n’étaient pas les seuls facteurs qui limitaient l’ascension : la compréhension de la magie et l’expérience du combat comptaient aussi, pareilles à des phares éclairant la bonne voie.
« Maître Richard, cette rune dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer ! Je demanderai aux miens de vous faire parvenir cinquante cristaux magiques de ma collection personnelle. Je vous prie d’accepter ce modeste témoignage de ma gratitude ! » Malgré son excitation, les années d’expérience politique de Rolf le poussèrent aussitôt à prendre cette décision. Il devait à tout prix renforcer ses liens avec Richard.
En voyant cet homme si enthousiaste, Richard rit et secoua la tête. Mais à peine allait-il parler que le saint l’interrompit : « Maître Richard, je vous en prie… Je sais ce que vous allez dire. Certes, nous avons déjà convenu des conditions. Ce n’est qu’un petit cadeau personnel ! »
Richard réfléchit, puis sortit une boîte de scellement magique ouvragée et l’ouvrit, révélant un parchemin d’un pâle or. « Très bien, j’accepte votre générosité. En retour, je vous offre ce parchemin. »