Chapitre 345
Désirs (2)
Ce sombre pressentiment pesait sur le cœur de Richard comme un morceau de plomb et le poussait à devenir aussi puissant que possible, aussi vite que possible. Il devait retourner à Norland.
La puissance dont il disposait grandissait en effet rapidement, mais plus il avançait sur cette voie, plus il comprenait clairement à quel point Sharon et Mountainsea étaient fortes. Il avait toujours su que Sharon était puissante, sans toutefois être capable de mesurer l’étendue de ses pouvoirs. C’était comme un mortel qui levait les yeux vers le ciel étoilé : il savait qu’il était immense, mais ignorait à quel point.
À présent, il commençait à s’en faire une vague idée, mais cela ne faisait que lui montrer à quel point ils étaient séparés, avec un vaste océan entre eux. Quant à Mountainsea, elle suivait une voie vers la puissance si différente qu’il ne parvenait toujours pas à la comprendre.
De retour à l’auberge, il se rendit d’abord au sous-sol. Les lieux avaient été transformés en salle d’interrogatoire provisoire : la grande pièce centrale communiquait avec une douzaine de petites cellules. De nombreux instruments de torture étaient disposés au milieu, la plupart empruntés à la Bannière de Guerre dorée.
La plupart des prisonniers étaient des nains, auxquels s’ajoutaient quelques chefs de caravane de seconde zone du Cosaque rouge. Quelques tortionnaires sinistres, à demi nus, étaient en train de décrocher du chevalet un nain qui n’en avait plus pour longtemps.
Debout sur le côté, Caesar feuilletait rapidement le saint livre qu’il tenait entre les mains. Sa voix douce tremblait tandis qu’il récitait l’incantation d’un sort de guérison ; un rayon de lumière sacrée ramena le nain, presque mort, du seuil de la mort. Le jeune homme avait l’air pâle, visiblement éprouvé par cette scène sanglante. Pourtant, son malaise n’affectait en rien ses sorts.
L’ombre du défunt baron semblait désormais planer sur son visage. Son don pour le divin était manifeste : il ne lui avait pas fallu longtemps pour atteindre le niveau 3 et pouvoir lancer des sorts de guérison. À présent, il aurait été admis comme clerc à part entière dans n’importe quelle Église de Faelor.
Olar supervisait toute l’opération. Son beau visage aux traits féminins était déformé par la colère, et ses yeux lançaient un éclat froid et cruel.
« Suspendez-le et réveillez-le avec quelques seaux d’eau glacée ! Voyons s’il se souvient du chemin du retour vers l’Enclume de la Foudre ! » cria l’elfe, exaspéré.
Deux tortionnaires suspendirent le nain et lui versèrent l’eau en plein visage. L’homme inconscient hurla en reprenant connaissance, chaque blessure de son corps palpitant de douleur. Il ne put s’empêcher de gémir, mais chacun de ses grognements s’accompagnait d’une malédiction. Les multiples séances de torture ne l’avaient pas brisé.
Il ne restait presque plus un seul endroit intact sur le corps du nain. Caesar lançait sans cesse des sorts de soins mineurs pour le maintenir en vie, mais le clerc n’avait pas encore le pouvoir de réparer ses blessures. Seule une personne du niveau de Flowsand en était capable.
Dès qu’il entra, Richard balaya la pièce du regard et fronça aussitôt les sourcils. « Alors ? demanda-t-il à Olar. Ils refusent toujours de parler ? »
« Ces types sont comme… Non, ils sont pareils aux nains de chez nous », répondit Olar avec un sourire amer.
Déjà cruel et impitoyable, le barde avait appris de Richard quantité de méthodes de torture. En plus, il avait l’aide d’un clerc. Et pourtant, après une journée et une nuit entières, il n’avait toujours pas réussi à arracher à ces nains l’information la plus importante : l’emplacement de leur tribu.
Il fallait savoir que la présence d’un clerc rendait la torture bien plus cruelle. Cela dépendait bien sûr de son niveau : même si l’on allait trop loin, un grand prêtre pouvait ramener quelqu’un du seuil de la mort.
Richard fronça encore davantage les sourcils. « Ils s’en tiennent toujours à ce qu’ils ont dit ? »
« Oui, maître. » Olar esquissa un sourire amer et essuya la sueur de son front. « Ils ont signé un contrat avec le Cosaque rouge, sous le témoignage de leur dieu. Ils le soutiendront pendant trente ans et refusent de rompre leur serment. Ces nains sont très obstinés ; il nous faut du temps pour les faire céder. »
Richard observa les prisonniers. « Leur as-tu clairement expliqué ce que cela impliquait ? »
Son ton était si froid qu’Olar lui-même ne put s’empêcher de trembler. « Je leur ai déjà dit que s’allier au Cosaque rouge ferait d’eux nos ennemis et que nous n’épargnions jamais nos adversaires. Ils savent que coopérer est leur seule chance de survie, mais… » Lisez ce roman sur novelping.com pour profiter de la meilleure expérience.
« Les nains de l’Enclume ne trahiront jamais un serment prêté à notre dieu ! » gronda une voix rauque, interrompant l’elfe. C’était un tireur trapu, dont la moustache était si épaisse qu’elle ressemblait à une crinière de cheval.
Richard s’approcha de la cage du nain et s’accroupit. D’un ton calme, il déclara : « Je ne te demande pas de trahir ton dieu. Donne-moi simplement la formule de ta poudre à canon, et je te laisserai partir. Si tu veux toujours soutenir le Cosaque rouge après cela, fais comme bon te semble. Mais je te le rappelle : le Cosaque rouge est une cible que je dois anéantir. Si je vois les tiens à ses côtés, je ne retiendrai pas mes coups. »
« Tu veux la formule du Feu du Dieu du Tonnerre ? Tu peux toujours rêver ! » Le tireur éclata d’un rire gras et cracha sur Richard.
Le visage de Richard se durcit. L’air s’agita lorsque sa barrière magique entra en action, renvoyant le crachat sur le visage du nain. Il n’avait pas la patience de perdre son temps avec lui et se dirigea vers les chefs de caravane. « Et vous ? L’un de vous va-t-il me dire ce que je veux savoir ? »
La plupart gardèrent le silence. Seul un homme d’âge mûr cracha avec mépris avant de lancer d’un ton féroce : « Tu oses voler les marchandises du Cosaque rouge et tuer nos hommes… Attends un peu, tu vas mourir ! Quand notre armée arrivera, prie pour tomber au combat. Sinon, des gaillards de toutes les races t’attendront pour te faire la peau ! Tes femmes ne s’en tireront pas mieux… Elles se feront prendre par au moins cinquante hommes par jour… »
Richard se redressa et lança un sort de silence, coupant court aux paroles de l’homme. « Pourquoi est-ce que tous ceux qu’on rencontre sont puants et têtus ? » fit-il en fronçant les sourcils. « Il n’y a donc personne au Cosaque rouge qui ait peur de mourir ? »
Sa voix était calme, mais Olar trembla de nouveau. Il ne savait pas quoi répondre, mais ne pouvait pas non plus rester silencieux. Le silence rendait l’atmosphère étouffante.
« Maître… Nous n’avons peut-être pas eu de chance, cette fois-ci », dit-il prudemment.