Chapitre 332
Flammes déchaînées (2)
Gangdor et Moyenne Saignante échangèrent un regard, puis se jetèrent dans la mêlée sans un mot, se livrant à un massacre effréné. Les quatre dieux de la mort déployèrent leur puissance : la plupart des nains étaient déjà morts avant même que les barbares aient pu s’approcher.
Richard en resta stupéfait ; il ne s’était jamais attendu à une telle situation. Ces tireurs nains n’étaient que de niveau 5 en moyenne et, sans munitions dans leurs armes, ils n’avaient aucune chance face à ses quatre compagnons, bien trop puissants pour eux. À l’exception de Phaser, qui poignardait les ennemis un à un, les autres fauchaient des vies par dizaines.
« Laissez-en quelques-uns en vie ! » ordonna aussitôt Richard, à la fois par la pensée et à voix haute. Alors seulement, ils se retinrent.
Malgré l’incident avec les nains, Richard avait tué le grand mage et presque toute la cavalerie avait été exterminée. Le convoi du Cosaque rouge se trouvait en queue de file ; il ne restait plus qu’à procéder à un massacre à sens unique. Leur chef était de niveau 14, mais Gangdor, les trolls, Zendrall et Waterflower s’étaient tous ligués contre lui au cœur de la bataille. Après avoir combattu côte à côte si longtemps, les membres du groupe avaient acquis une excellente coordination. Depuis l’affrontement contre Sinclair, ils savaient aussi qu’il fallait éliminer d’abord les combattants les plus redoutables de l’ennemi.
La bataille s’acheva très vite. La plupart des gardes et des marchands encore en vie choisirent de se rendre ; les plus obstinés, eux, finirent morts. L’armée de Richard prenait généralement grand plaisir à ce genre de massacre. Elle avait subi peu de pertes, mais les ennemis étaient nombreux à avoir péri. Même si Richard leur avait presque aussitôt ordonné de s’arrêter, moins de dix tireurs nains avaient survécu.
Richard fit le tour du champ de bataille à cheval, examinant la situation avant de donner une série d’ordres : « Fouillez les chariots, cherchez les prisonniers et soignez les blessés ! Amenez-moi aussi tous les nains ! »
Les dix tireurs nains furent traînés devant Richard, le visage couvert d’énormes ecchymoses. Les nains avaient le caractère emporté et étaient très têtus ; même après leur capture, ils continuaient à marmonner entre leurs dents. Naturellement, les guerriers du désert qui les escortaient n’étaient pas des tendres. Quelques coups de pied et de poing suffirent à les calmer.
« Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Pourquoi un convoi du Cosaque rouge se trouvait-il ici ? » demanda Richard en langue commune de Faelor. Vous aimez cette histoire ? Lisez la suite sur novelping . com.
Tous les nains se mirent à parler en même temps, mais aucun ne parlait la langue commune ; Richard ne comprit donc pas un mot. Il lança aussitôt un sort de compréhension des langues et tendit l’oreille un long moment, jusqu’à parvenir à saisir quelques bribes.
Ces nains venaient tous du Plateau cendré, l’une des plus vastes étendues du monde des ténèbres, dans Faelor. Au cœur du Plateau s’étendaient les royaumes de nombreuses races non humaines. Ces nains appartenaient à la plus grande tribu naine, l’Enclume de la Foudre.
Une équipe d’esclavagistes du Cosaque rouge avait rencontré l’Enclume de la Foudre et l’avait persuadée, à coups d’alcool, d’or et d’autres produits de luxe, de vendre tout son minerai. Une compagnie de tireurs avait également été envoyée comme mercenaire.
Richard fronça les sourcils et réfléchit à ce qu’il venait d’apprendre. Les nains formaient aussi une race considérable sur Norland. Là-bas, ils savaient eux aussi fabriquer et utiliser des armes à feu, mais celles-ci étaient bien moins puissantes que celles qu’il venait de voir. Les salves de l’Enclume surpassaient celles de ses lanceurs ! Ces derniers rivalisaient avec des guerriers de niveau 8, tandis que des archers ordinaires ne pouvaient pas leur tenir tête à nombre égal.
Les yeux de Richard s’illuminèrent soudain. Il ordonna à un garde tout proche de lui apporter quelques armes.
Le barbare lui tendit rapidement un fusil long et un autre, plus court. Richard les examina attentivement, puis les démonta avec célérité. Quelques instants plus tard, les deux armes n’étaient plus qu’un tas de pièces. Ses études à Deepblue avaient été vastes et approfondies, couvrant de nombreux domaines. La mécanique en faisait partie.
Une fois les armes démontées, Richard constata qu’elles différaient considérablement de celles de Norland. Elles étaient bien plus complexes et exigeaient un travail précis ainsi que des matériaux raffinés. Leurs canons nécessitaient des opérations de découpe, de meulage et d’autres techniques absentes de Norland, où les armes n’étaient qu’un assemblage grossier de pièces à peine travaillées. L’âme était faite d’un alliage qu’il n’avait jamais vu, extrêmement résistant aux températures et aux pressions élevées, ce qui permettait d’y loger davantage de poudre.
Richard fut surpris en manipulant les armes. Elles semblaient avoir près d’un millénaire d’avance sur celles de Norland, en partie parce que les armes à feu y avaient connu une progression très lente. Chez lui, leur état actuel ne différait guère de celui d’il y a trois siècles.
Les grands mages de Deepblue considéraient les armes à feu des nains comme une plaisanterie. Ce n’étaient que des tuyaux de métal grossiers, maladroitement fixés à des poignées de bois. Elles n’étaient efficaces qu’à moins de vingt mètres, et encore, seulement contre le cuir et la cotte de mailles. Un chevalier en armure complète pouvait ignorer totalement leur puissance.
À plus de dix mètres, une arme à feu ne pouvait pas briser les barrières défensives à distance d’un mage. Mais, vu la lenteur des tireurs, comment auraient-ils pu s’approcher suffisamment d’un mage ? Celui-ci les aurait bombardés de boules de feu avant qu’ils ne puissent l’atteindre, les réduisant en cendres. Et même s’ils parvenaient à s’approcher, mieux aurait valu leur sauter dessus et les rouer de coups. Quant aux combattants au corps à corps, ceux qui pouvaient se protéger grâce à leur énergie n’avaient rien à craindre de leur puissance dérisoire.
Tout ce que Richard avait appris à Deepblue sur les armes à feu, c’était que les nains s’en servaient pour chasser les animaux sauvages, mais qu’elles étaient inutiles contre les bêtes magiques les plus puissantes. C’était une bonne invention, mais leur principal usage était l’exploitation minière.
Cependant, les armes de l’Enclume de la Foudre étaient tout à fait différentes. Richard avait vu de ses propres yeux leur puissance phénoménale à cinquante mètres, à travers les yeux des chauves-souris d’élite. Elles pouvaient déjà menacer les mages les plus faibles et étaient dix fois, voire davantage, plus puissantes que celles de Norland.
D’après les estimations de Richard, à moins de vingt mètres, ces armes avaient une puissance offensive comparable à celle de l’infanterie lourde, même contre une cavalerie lourde en armure intégrale. Elles étaient extrêmement puissantes : même si elles ne pouvaient pas percer les armures, les montures, elles, n’y survivraient pas. Plus inquiétants encore étaient les détonations et la fumée. Les chevaux ordinaires en seraient effrayés et deviendraient difficiles à maîtriser. Charger une formation compacte de tireurs avec de la cavalerie revenait tout simplement à se suicider.
Les lanceurs de Richard pouvaient menacer toute cavalerie lourde de niveau 10 ou moins à moins de cinquante mètres. Toutefois, malgré leur puissance bien supérieure à celle des armes naines, ils ne pouvaient tirer qu’une dizaine de fois tout au plus. Les tireurs, eux, pouvaient faire feu sans interruption tant qu’ils disposaient d’assez d’armes chargées.