Chapitre 325
Un dilemme
Les comtes comptaient parmi les plus grands nobles du Royaume de Sequoia. Si Layton entrait en guerre ouverte contre Richard, il attirerait sans aucun doute l’attention des nobles du royaume. Surtout, cette guerre ne semblait avoir aucune raison d’être. Richard était un noble démuni, sans fortune, dont le territoire était désert. Et pour s’emparer de ses terres, il fallait d’abord passer par le duc Direwolf.
Les frictions internes étaient inévitables dans tout pays ; jusqu’à un certain point, elles constituaient un processus d’autorégulation régi par la loi du plus fort. Toutefois, aucun dirigeant lucide ne tolérerait une guerre civile sans raison.
De plus, Richard était le vassal d’un puissant seigneur. Layton devait encore tenir compte de la réaction du duc Direwolf et conclure quelques accords dans l’ombre. Tout cela faisait partie de la politique.
Cependant, Bevry était en guerre contre le Duché de Whiterock, et ce conflit durerait au moins plusieurs mois. Comme il ne pouvait pas rentrer dans ses terres pour le moment, le duc Grasberg et les autres auraient du mal à discuter de Richard avec lui. C’était leur seule chance.
Apaiser le duc Direwolf, rassembler une armée, tracer un itinéraire, s’assurer que les troupes étaient reposées, voire emprunter des clercs à une Église… Autant de tâches pénibles, mais indispensables. Et vu leurs contraintes, ils devaient les accomplir rapidement.
Le temps était ce qui manquait le plus à Richard. Tant qu’il en aurait, sa puissance ne ferait que croître. La mère de la couvée continuerait de créer des drones de combat, et les lanceurs de niveau 4 rivalisaient déjà avec les chevaliers d’élite. Richard, lui, continuerait à transformer des matériaux en runes ; une partie renforcerait sa personne et son armée, tandis que le reste lui rapporterait dix fois leur coût en or. Cet or lui permettrait ensuite d’acheter davantage de matériaux magiques, et le cycle se poursuivrait.
Moins d’un demi-mois s’était écoulé, et il ne restait que quelques milliers de pièces d’or de la rançon de Zim. Les nouvelles troupes de Richard avaient achevé leur entraînement élémentaire ; elles n’avaient plus qu’à faire l’expérience du véritable champ de bataille. Ce jour-là, lorsqu’un autre lanceur d’élite amena au camp une douzaine de ses congénères, Richard estima que le moment était venu.
À la nuit tombée, il réunit tous ses fidèles les plus proches et leur fit préparer le départ pour les Terres ensanglantées, deux jours plus tard. This chapter was taken from novelping.com without permission.
« Chef, combien d’hommes emmenez-vous ? Qui va veiller sur le territoire ? demanda Gangdor. Depuis que Richard lui avait confié l’entraînement des troupes, cette grosse brute s’était mise avec application à étudier l’art de la guerre. Bien sûr, il avait encore de grandes lacunes. En dehors des deux chevaliers novices qui lui fourraient dans le crâne tout ce qu’ils savaient, il devait aussi apprendre à lire. Les sorts élémentaires de langue permettaient seulement de comprendre et de parler une langue, pas de la lire ni de l’écrire.
— Tout le monde. Pas un seul soldat ne restera ici.
La décision de Richard stupéfia tout le monde. Le château était encore en construction, les routes étaient toujours en cours d’aplanissement et l’on recrutait des habitants pour défricher les terres incultes du domaine. Tout ne faisait que commencer, et le jeune baron Fontaine convoitait toujours ces terres. Si personne ne restait pour les défendre, d’autres ne pourraient-ils pas s’emparer de leur nid ?
À la vue de leurs expressions, Richard comprit ce qui les inquiétait. Il sourit, désigna la carte et les observa tour à tour avant de demander : « Dites-moi, y a-t-il quoi que ce soit qui mérite d’être défendu sur ces terres ?
— Les fondations du château sont achevées, et puis il y a les routes et le bois… » Gangdor leva les yeux au milieu de sa phrase ; il avait enfin compris.
« Exactement, répondit Richard avec un sourire. C’est tout ce qu’ils trouveront en arrivant. Ces choses n’ont aucune valeur, ou ne peuvent pas être emportées. Surtout, ce territoire m’appartient toujours de droit. Même s’ils y entrent avec une armée, ils devront me le rendre ensuite. À moins que je meure, cet endroit ne leur sera d’aucune utilité. C’est un principe fondamental de la noblesse, qu’on ne peut bafouer à la légère. Ma richesse la plus précieuse sur ces terres, c’est donc mon armée : vous ! Si j’emmène tous mes hommes, Zim, son père, son oncle… tout le monde sera pris au dépourvu. Occuperont-ils mon territoire ? S’ils repartent après n’y avoir rien trouvé, tant mieux. Sinon, plus je laisserai de troupes derrière moi, plus ce sera dangereux. Si je ne laisse personne, nous pourrons revenir à tout moment et les écraser !
— Voilà pourquoi, souligna Richard en frappant la carte, nous partirons avec toutes nos forces ! »
Tôt le matin, deux jours plus tard, Richard quitta son territoire à la tête de son armée et s’enfonça dans le monde rouge des Terres ensanglantées.
Quelques jours plus tard, une armée d’environ mille hommes pénétra sur les terres du baron Fontaine. Elle se composait d’infanterie lourde, d’archers à l’arc long et même d’arbalétriers, spécialement chargés de contrer la cavalerie. Elle était constituée de vétérans d’élite, envoyés directement par le comte Yatu.
À la tête de l’armée se trouvait sir Hogan, que l’on surnommait communément le vieux Hogan. Ce chevalier titré avait déjà cinquante ans et derrière lui une brillante carrière militaire de plus de trois décennies. Prudent et fiable dans le commandement des troupes, il avait essuyé peu de pertes au cours de sa vie. Le vieux Hogan était né roturier et avait commencé comme simple fantassin ; il s’était peu à peu fait un nom jusqu’à obtenir son titre. Bien que ce chevalier vieillissant ne fût pas digne de rejoindre les rangs de la haute noblesse, le comte Yatu pensait à lui dans les moments cruciaux.
Richard était un adversaire redoutable. Aucun noble vraiment intelligent ne s’en prendrait à lui pour la seule gloire. Seuls les égotistes extrêmes ou les masochistes le choisiraient plutôt qu’une bande de coupe-jarrets ou de brigands.
Parmi les troupes qui venaient d’arriver sur les terres du baron Fontaine se trouvaient deux grands mages et deux clercs de niveau 10, ainsi que six autres, moins puissants. Les renforts continuaient d’affluer. Cette seconde armée comptait 200 fantassins lourds d’élite, 600 fantassins légers et 200 paladins de Cerces. L’Église du Dieu de la Guerre des Hautes Terres avait également envoyé sa propre légion, menée par un clerc de niveau 12. Cette armée comptait elle aussi des grands mages.
Celui qui commandait les renforts était sir Odom, un guerrier saint et le frère cadet du comte Yatu. Violent et impitoyable, Odom ne savait pas quand renoncer. Quelques années plus tôt, il avait violé une noble de sang royal et avait été rétrogradé du rang de baron à celui de simple chevalier titré. Cependant, sa puissance de saint avait rendu la punition bien légère. Quant à la noble, sa famille l’avait jugée honteuse et l’avait envoyée à la campagne pour devenir l’épouse d’un chevalier éloigné. Odom l’avait poursuivie jusque-là, et ce chevalier titré avait bientôt connu un « accident », après quoi elle était devenue la maîtresse d’Odom.
Malgré ces « menus » défauts, Odom possédait une grande force individuelle et était un commandant doué. Les puissants nobles avaient encore besoin de lui.
Une fois ces renforts arrivés, le baron Fontaine disposerait d’une armée équilibrée de plus de 3 000 soldats, tous dotés d’un équipement de grande qualité. Elle compterait quatre grands mages, une légion du Dieu de la Guerre des Hautes Terres et un saint dans ses rangs, sans oublier le vieux Hogan, un commandant fiable. Même en attaquant de front, ils pourraient écraser l’armée de Richard. Le duc Direwolf lui-même ne pourrait les anéantir sans peine.