Chapitre 321
Réparations
Le pouvoir du sort Déchaînement ne s’estompa qu’un moment après qu’il eut terminé ses incantations. Le flux accru de mana s’était combiné à sa rune de vitalité, et ses réserves se reconstituaient rapidement. Ce ne fut qu’une fois son mana remonté au tiers que les effets du sort disparurent.
En temps normal, un mage moyen ne pouvait utiliser qu’un tiers de son mana au cours d’une bataille. Dès que ses réserves passaient sous la barre des cinquante pour cent, les risques d’échec augmentaient de façon exponentielle. Lorsqu’elles tombaient sous le tiers, même lancer les sorts les plus faibles devenait difficile. Ainsi, la plupart des mages estimaient avoir épuisé leur mana alors qu’il leur en restait encore un tiers. Le sort Déchaînement permettait toutefois de surmonter ce problème et augmentait pratiquement de moitié la puissance de combat de chaque mage.
« Flowsand, demanda Richard d’un ton grave, combien de fois peux-tu lancer Déchaînement en une journée ?
— En une journée ? Tu es bien optimiste ! Ce sort me coûte beaucoup, alors pour l’instant… je ne peux l’utiliser qu’une fois par semaine.
— Une fois par semaine… » Richard fut quelque peu déçu, mais après réflexion, cela lui parut logique. Un sort aussi puissant avait forcément ses limites. Plus une chose était puissante, plus elle touchait à la force des lois. Par conséquent, elle nécessitait davantage de mana. Flowsand n’était qu’une clerc de niveau 10 ; elle sautait déjà plusieurs rangs pour lancer ce qui semblait être un sort de grade 6.
« D’autres peuvent-ils utiliser Déchaînement ? » C’était une autre question cruciale.
Flowsand secoua la tête. « Non. Pour lancer ce sort, je dois coordonner le pouvoir du Livre du Temps avec celui de la Lentille du Temps. Quand je serai plus forte et que je disposerai du pouvoir divin, je pourrai me passer du Livre du Temps, mais la Lentille du Temps restera indispensable. »
Richard comprit alors qu’il s’agissait d’un sort réservé à Flowsand. À moins, bien sûr, qu’il ne parvienne à créer cette rune de grade 4. Toutefois, même lorsqu’il deviendrait un maître des runes saint, il ne pourrait pas fabriquer toutes les runes de grade 4 qui existaient. Outre les recherches considérables qu’exigeait chacune d’elles, beaucoup de runes spéciales étaient soumises à des restrictions. Les ensembles de runes divines de Saint Peter, par exemple, exigeaient que leur créateur soit animé d’une foi profonde.
Ainsi, Flowsand était passée d’un membre essentiel du groupe à quelqu’un d’irremplaçable.
Lorsque ses hommes commencèrent à déblayer le champ de bataille, Richard fit le compte : deux cent six cavaliers les avaient attaqués, et ils étaient tous morts. Sous leurs capes dissimulatrices, ils portaient d’excellentes armures de plaques, centrées sur une solide cuirasse dont les autres éléments étaient reliés par des chaînes. La conception était unique et la facture raffinée : ces armures laissaient une grande liberté de mouvement sans sacrifier la protection. Elles ne portaient ni insigne ni motif distinctif, mais Richard connaissait déjà bien la famille de Zim. Il reconnut au premier coup d’œil les hommes des Aigles dorés du duc Grasberg.
Richard n’était pas depuis longtemps à Faelor, mais il avait déjà vécu des dizaines de batailles, grandes et petites. Tous ses compagnons avaient une grande expérience du pillage des champs de bataille. Ils dépouillèrent les cavaliers de tout ce qui avait de la valeur, sans même leur laisser leurs armures intérieures. Dans une bataille entre nobles, cela passait pour un manque de respect ; mais puisqu’ils s’étaient fait passer pour des bandits, ils mourraient comme tels. Voilà pourquoi Richard ne leur avait pas demandé leur identité au départ.
On entassa les corps dans quelques chariots, tandis que les armures et les armes récupérées suffirent à en remplir quatre autres. On ramassa également les hachettes des lanceurs : chaque lot était entièrement en acier inoxydable, et leur prix était élevé. Une seule hachette valait trente flèches acérées. Cinquante chevaux indemnes constituèrent une autre prise importante. De son côté, Richard avait perdu moins de dix guerriers du désert.
Le champ de bataille fut bientôt entièrement pillé. Les chariots firent alors demi-tour et regagnèrent le territoire de Richard. De nombreuses carcasses de chevaux restèrent sur place, et les lanceurs ne rentrèrent pas immédiatement non plus.
Olar se retourna et demanda prudemment à Richard : « Maître, pourquoi les lanceurs ne viennent-ils pas ?
— Ils doivent se nourrir, répondit Richard calmement.
Olar sentit tout son corps trembler. Le mot « nourrir » semblait anodin, mais il cachait bien d’autres choses.
Les lanceurs avaient l’air plus malveillants que des troggs. Sans leur discipline inimaginable, même les compagnons de Richard les auraient pris pour des monstres. D’ordinaire, ils ne vivaient pas dans le même secteur que les soldats normaux, et personne ne se souciait de leur nourriture. On avait simplement l’impression qu’ils consommaient très peu de rations.
Qu’ils se nourrissent uniquement de carcasses de chevaux n’avait rien de très effrayant. Mais si Richard empêchait volontairement tout le monde d’assister à la scène, c’était en soi matière à réflexion. Et la prochaine fois ? Si la situation devenait désespérée, de quoi ces créatures se nourriraient-elles ? Lisez les derniers chapitres sur novelping dot com.
Les lanceurs d’élite avaient déjà évalué le nombre de carcasses et envoyé un rapport mental à Richard. Ce repas leur assurerait de quoi survivre normalement pendant toute une semaine.
À cette nouvelle, Richard se mit à réfléchir. Même au niveau 4, les lanceurs n’étaient que légèrement inférieurs aux loups du vent au corps à corps. Leurs attaques à longue portée rivalisaient avec celles de créatures de niveau 8, et les lanceurs d’élite pouvaient même se mesurer à celles de niveau 10. Autre particularité : un bon repas leur permettait de tenir une semaine, tandis que les loups du vent ne pouvaient tenir que deux ou trois jours. Les lanceurs nécessitaient donc moins de ravitaillement, ce qui augmentait encore leur valeur. S’il parvenait à surmonter sa propre répugnance et à les laisser, eux ou les loups du vent, se nourrir des ennemis morts, leurs réserves de forces pourraient croître sans limite.
Se pourrait-il que ce soit un avantage des troupes de la mère de la couvée ? se demanda Richard.
……
Dès le lendemain, l’armée victorieuse regagna le territoire de Richard. Gangdor s’approcha et désigna les corps des cavaliers morts. « Que fait-on de ces corps, patron ? Il fait chaud ici ; sans sortilège pour les protéger, ils commenceront à empester dès cet après-midi.
— Comme à Bluewater, répondit Richard. Nettoyez-les avec de l’antiseptique, puis dressez des pieux à la frontière de notre territoire et de celui de Fontaine. Remettez les corps là-bas… Ah, et veillez à faire les choses consciencieusement et à les manipuler avec soin. Que personne ne voie leurs armoiries ni leurs insignes.
— Pas de problème, patron ! » Gangdor acquiesça bruyamment, puis se souvint soudain de quelque chose et demanda à Richard : « Au fait, patron, leur chef n’est pas faible. Il devait être de niveau 13, ou quelque chose comme ça. Je le laisse à Zendrall ? Ce tas de côtes tout renfrogné pourrait en tirer un autre guerrier des ténèbres.
— Ce n’est pas une mauvaise idée ! » Richard hocha la tête. Au cours d’une campagne planaire, il fallait exploiter toutes les ressources à sa disposition. Heureusement, Richard avait Flowsand, la mère de la couvée et Zendrall. Ainsi, il pouvait tirer le meilleur parti de chaque élément de l’ennemi : son corps, sa foi et son âme.
La chance faisait elle aussi partie de la puissance d’un combattant. Elle était généralement le facteur le plus important lors d’une longue bataille planaire. Ceux qui gravissaient les échelons devaient leur ascension à une chance extraordinaire. Richard, lui, n’avait rien de particulier ; quiconque parvenait à s’élever au milieu des flammes de la bataille, parmi des millions d’autres, était exceptionnel.
Gangdor ordonna à ses soldats d’isoler le corps du capitaine des chevaliers. Deux autres chevaliers de niveau 11, assez puissants pour prétendre au titre, avaient participé à l’attaque, mais chez les Aigles dorés, ils n’étaient que des officiers subalternes. Cette légion était manifestement très puissante.