Chapitre 315
Négociation
Il n’était pas si facile pour le baron Fontaine de rompre ses liens de vassalité avec le duc Direwolf et de rejoindre les rangs du duc Grasberg. Heureusement, le duc Bevry s’apprêtait à partir en guerre. De toute évidence, il ne s’occuperait pas de sitôt du problème du baron, d’autant plus qu’il concernait un personnage aussi particulier que le vicomte Zim. Toutefois, même si le duc pouvait se permettre de l’ignorer pour l’instant, Richard devait intervenir.
Sa baronnie occupant une position aussi stratégique, le jeune baron représenterait une menace considérable. Une fois la rançon obtenue et Zim libéré, Richard n’aurait plus aucun moyen de tenir le jeune homme à distance, sinon sa propre puissance militaire. Le camp de Zim resterait peut-être pacifique quelque temps, en vertu de l’accord imposé aux perdants de la guerre, mais la baronnie ne tarderait pas à recevoir des renforts.
Richard ne laissa rien paraître devant sir Chanton et prit aussitôt congé de la résidence du chevalier titré. De retour chez lui, il se rendit au laboratoire rudimentaire pour trouver comment achever la dernière partie de sa rune de pénétration des sorts. Mais, malgré tous ses efforts pour se concentrer, il échoua sans cesse. À deux doigts de tout laisser tomber, il finit par se lever et gagner la fenêtre pour contempler la forêt luxuriante au-dehors.
Tous les détails de la brève période qu’il avait passée auprès du défunt baron lui revinrent en mémoire. Le Château du Crépuscule était élégant et raffiné, resplendissant sous l’autorité du vieux Fontaine. Les moindres détails du château étaient encore impeccables, témoignant du goût du baron et du soin méticuleux qu’il y avait apporté…
Le vent charriait une fraîche odeur de végétation, teintée d’un soupçon de fumée. Elle provenait des maçons qui brûlaient les broussailles alentour, souillant de son parfum de guerre ce paysage primitif.
Ton fils me cause bien des ennuis, Fontaine ! songea Richard avec un sourire amer. Quand tu m’as confié Caesar, avais-tu déjà prévu que les choses tourneraient ainsi ? Mais… je préfère croire que tu agissais à l’instinct…
Son imagination vagabonda longuement, puis il finit par se vider l’esprit et se dit en silence : Très bien, tu as gagné. Je protégerai le château que tu as laissé derrière toi et j’aiderai ton fils à débusquer les brebis galeuses de ta famille. Bah, après tout, c’est toi qui m’as sauvé la vie.
À cet instant, il cessa soudain de se sentir à peine plus âgé que le fils de son ami.
Animé d’une détermination nouvelle, Richard retrouva son calme et acheva d’un seul trait la rune de pénétration des sorts de rang 2. Il fixa également l’emplacement de rune sur sa poitrine. Absorbé par son travail, il était passé sans bruit du statut de maître runique novice à celui de véritable maître runique.
À présent, il ne lui restait plus qu’à attendre que la famille de Zim rachète les siens.
L’attente dura un peu plus longtemps que prévu, mais lorsque le comte Augen, l’oncle de Zim, se présenta devant Richard avec un convoi de vingt lourds chariots, il comprit pourquoi le comte avait trois jours entiers de retard.
Le vicomte connaissait manifestement bien les siens. Il ne s’inquiéta nullement lorsqu’on lui apprit que l’émissaire de sa famille était en retard. D’un ton fier et arrogant, il déclara qu’ils apportaient une rançon digne de son noble rang de Licorne des Hautes Terres. Il prétendit qu’elle ouvrirait les yeux d’un simple chevalier titré, se souvenant enfin d’appeler Richard par son titre exact. Richard ne savait cependant s’il devait rire ou pleurer ; il ne pouvait s’empêcher de se demander si la famille du vicomte avait l’habitude de payer des rançons.
Les chariots étaient particulièrement lourds, ce qui éveillait vivement la curiosité de Richard quant à leur contenu. Ces marchandises semblaient faire partie de la rançon.
Le comte Augen avait le teint pâle, très semblable à celui de Zim ; c’était un signe visible du sang royal du Royaume de Sequoia. Il venait de dépasser la quarantaine et ses somptueux vêtements de noble étaient ornés de pierres précieuses.
Le comte avait amené avec lui trois cents hommes, tous des cavaliers légers de l’armée royale. Cette cavalerie aurait représenté une force de dissuasion redoutable, même face à l’armée d’un duc.
À la réception du rapport, Richard partit accueillir le convoi avec un groupe de guerriers barbares et de lanceurs. Le comte, juché sur son cheval, avait derrière lui une cavalerie déjà rangée sur trois lignes. Leurs armures scintillaient au soleil tandis qu’ils prenaient position, prêts à charger.
Derrière la cavalerie légère se trouvait l’armée personnelle du comte. Bien que leurs armures rouges et or fussent tout aussi éclatantes, on voyait au premier coup d’œil qu’ils ne portaient que des cottes de mailles et que la plupart des soldats n’étaient même pas de niveau 5. Leurs troupes étaient moins aguerries encore que l’élite de Forza et ne pouvaient rivaliser avec la cavalerie légère, dont le niveau moyen était de 9.
Si cette armée privée n’avait pas été là, Richard aurait peut-être eu plus d’estime pour Augen. Mais, à présent, il n’avait aucune intention de se laisser intimider. Il arrêta son destrier à cent mètres du comte et agita la main derrière lui. Quinze guerriers barbares en armure lourde se déployèrent alors en une ligne défensive d’acier. Derrière eux se tenaient environ soixante-dix lanceurs. Ces créatures, qui ressemblaient à des troggs, ne payaient pas de mine à côté de l’armée privée d’Augen, mais seul le vicomte Zim, qui avait éprouvé leur terreur en personne, pouvait prétendre juger de leur puissance.
En voyant Richard adopter une attitude aussi agressive, le comte Augen renâcla bruyamment et éperonna son cheval pour gagner le point central entre les deux armées. « Sir Richard ! » lança-t-il.
« Comte Augen. » Contrairement à la voix grave et majestueuse d’Augen, Richard paraissait calme et décontracté. Pourtant, son arrogance glaciale n’avait rien à envier à celle du comte.
La colère d’Augen se lisait clairement sur son visage. « Sir Richard, demanda-t-il froidement, je ne sais toujours pas de quelle famille vous êtes issu.
— Archeron.
Augen releva légèrement le menton et déclara avec fierté : « Je n’ai jamais entendu parler du nom des Archeron sur le continent.
— Les Archeron n’ont jamais été célèbres et leur famille n’a pas une longue histoire. » En effet, les Archeron n’avaient même pas mille ans. On ne pouvait pas les considérer comme une famille ancienne. Mais, dans un Norland constamment dévoré par les flammes de la guerre, la puissance militaire était le critère le plus important pour évaluer une famille. L’histoire ne comptait que lorsque les deux camps étaient de force égale.
Augen ne connaissait manifestement pas les différences entre Norland et Faelor. À la réponse de Richard, il eut un rire glacial. « Alors, vous n’êtes qu’un parvenu de province !
Richard conserva un sourire charmeur du début à la fin. Il n’avait toutefois aucune intention de se laisser intimider. Aux provocations et aux humiliations, il répondit simplement, avec indifférence : « En effet. Je ne suis qu’un parvenu de province qui a capturé un vicomte. »