Chapitre 308
Une bataille de fureur
Richard ne pouvait pas savoir comment la guerre finirait. Son contrôle se limitait au champ de bataille, alors que les influences extérieures et les affrontements constituaient les variables les plus importantes. La guerre comptait bien trop de paramètres, et une bénédiction de sagesse de rang 2 ne lui permettait pas d’en maîtriser autant.
Chaque fois que cette question se posait, Richard repensait à ce que Sharon lui avait dit quand il vivait encore à Deepblue : « Le plus souvent, savoir s’adapter est plus important que tout planifier. »
Les troupes regagnèrent leurs postes en bon ordre, tandis que les blessés cherchaient les deux clercs tombés au combat pour recevoir des soins. Caesar n’avait suivi Flowsand que moins d’un demi-mois, mais il était déjà clerc de niveau 2 et pouvait lancer de faibles sorts de guérison. Même s’il n’était pas d’une grande utilité pour élaborer des plans, son aide ne pouvait être négligée.
Richard gagna le centre du camp et ordonna d’une voix basse : « Reposez-vous tous cette nuit. Nous partirons tôt demain matin ! »
Établir son camp à seulement dix kilomètres du vicomte témoignait de l’audace et de l’arrogance de Richard. Pourtant, comme il l’avait prévu, Zim n’avait vraiment pas envie de le poursuivre.
L’armée de Richard avait réussi à surprendre l’ennemi malgré sa vigilance et ses précautions ; il aurait été insensé de se lancer à sa poursuite en pleine nuit. Après une journée de marche, Zim connaissait assez bien les environs pour se faire une idée des lieux. Sans guide connaissant parfaitement le terrain, ses hommes risquaient de se perdre avant même d’avoir retrouvé Richard.
Cette nuit avait déjà laissé à Zim un traumatisme, et il n’était certainement pas près de rassembler ses troupes pour partir à sa poursuite. Il craignait qu’en envoyant ses hommes au loin, il ne laisse son camp sans défense, offrant à Richard l’occasion de revenir et de le menacer pour de bon. Le vicomte ne croyait pas que Richard oserait vraiment le tuer ou même le mutiler. Mais si ce chevalier des marches, assez audacieux pour tout, trouvait le moyen de faire coucher une fille avec lui afin qu’elle porte sa descendance, ce serait une perte immense. Ce n’était pas comme si une telle chose ne s’était jamais produite.
Pourtant, il commença à hésiter. Si Richard lui envoyait cette fille aux yeux ambrés, il ne verrait aucun inconvénient à se laisser séduire. Mais il se rappela ce qui s’ensuivrait. Voir sa lignée se mêler à celle de ce maudit chevalier des marches serait une humiliation indicible pour le grand licorne. Zim était tiraillé entre la panique et la fureur, l’esprit rempli de pensées étranges. Il ne parvint pas à fermer l’œil.
Il arpentait sa tente, se remémorant tout ce qu’il avait vu et entendu. Le sang lui montait parfois à la tête ; il brûlait alors d’engager une guerre en bonne et due forme devant le château de Richard, pour montrer à cet imbécile les techniques de siège d’un véritable membre de la famille royale. Il avait oublié que son influence sur le baron Fontaine avait empêché jusqu’aux fondations du château de Richard d’être posées. Même sans son intervention, il aurait fallu quinze jours pour bâtir une simple base, et cela en comptant le travail d’un grand mage comme Richard lui-même.
Les subordonnés qui avaient accompagné le vicomte dans cette campagne le connaissaient depuis de nombreuses années et comprenaient bien son tempérament. Le général s’adaptait aux sautes d’humeur de Zim, sans toutefois prendre ses paroles au sérieux. Il savait qu’à l’aube, le vicomte retrouverait son calme et lui rendrait le commandement de l’armée. Bien sûr, Zim continuerait de décider de la stratégie générale.
Après l’embuscade nocturne, les troupes redoublèrent de prudence pendant la marche du jour. Heureusement, même si Richard avait fait preuve d’une grande bravoure, le baron Fontaine avait confirmé que le chevalier des marches ne disposait pas de beaucoup d’hommes.
L’armée avança rapidement et pénétra sur les terres de Richard à deux heures de l’après-midi. Le vicomte Zim contempla le chantier désordonné et la caserne entièrement vide, le visage livide.
La base était rudimentaire : de petites tentes en bois recouvertes de toiles imperméables. Seul le bâtiment à deux étages semblait avoir quelque valeur. Le chantier du château était cependant dans un état chaotique : les pierres étaient mal taillées et la fosse peu profonde. Même le bois n’avait pas encore été cloué.
Le vicomte finit par exploser après un long silence : « Où est Richard ?! Où est-il passé ?! N’est-ce pas son territoire ? Son château ? L’endroit qu’il doit défendre au péril de son honneur et de sa VIE ? »
Ce n’était qu’une fosse, sans même un château. Beaucoup le pensaient, mais personne n’osa le dire à voix haute.
« Richard est-il vraiment un noble ?! » En entendant cette question, beaucoup se rappelèrent d’abord que Zim lui-même avait affirmé avec mépris que les chevaliers des marches et les chevaliers titrés dont la famille ne comptait pas au moins deux générations n’étaient pas de vrais nobles. Mais Zim n’était pas du genre à se souvenir de ses propres paroles ; du moins, il les oublia momentanément. Il désigna le camp vide et rugit : « Brûlez tout ici, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien ! »
Tous les soldats s’élancèrent. Un instant plus tard, un brasier dévorait la base. Pourtant, l’endroit n’était guère plus qu’une caserne bien équipée ; la brûler ne changeait rien. Le château de Richard se résumait à une fosse ; même si Zim avait voulu démolir quelque chose, il n’y avait rien à détruire. Les petites flammes et les étincelles ne suffirent pas à apaiser la fureur du vicomte.
« Les paysans ! Capturez tous les paysans ! » rugit Zim en donnant un nouvel ordre. Cette fois, même le capitaine de la garde ne bougea pas.
Le général se détourna pour diriger les soldats qui tentaient de brûler le tas de pierres, et le capitaine s’approcha de Zim avant de lui murmurer : « Monseigneur, les terres de Richard sont désolées et très peu peuplées. Pour capturer ces vauriens sans valeur, il faudrait diviser nos forces. Et si ce rusé Richard… »
Inutile d’en dire davantage. Zim avait assez de bon sens pour ne pas diviser ses forces à la légère, surtout après cette terrible embuscade qui l’avait rendu soucieux de sa sécurité. Il ne se sentait confiant et courageux qu’entouré de son armée.
« Alors, que faisons-nous ? » fredonna le vicomte. « Nous ne trouvons aucune trace de Richard. »
Le général et le capitaine échangèrent un regard. Le premier resta silencieux, tandis que le second ricana et dit à Zim : « Monseigneur, j’ai quelques hommes qui savent suivre des pistes. Richard a beaucoup de soldats ; mes hommes finiront forcément par les trouver ! »
« Alors, cherchez-les immédiatement ! Dès que vous les aurez trouvés, toute l’armée passera à l’attaque ! » déclara froidement Zim.