Chapitre 304
La prochaine guerre
Lorsque Richard décrocha le tableau du mur, le noble inconnu ne put se retenir plus longtemps. « Jeune homme ! Vous n’avez peut-être pas peur d’affronter les Fontaine, mais qu’en est-il des autres ?
Richard eut un petit rire. « Nous y voilà, vos véritables intentions. Laissez-moi deviner… Qui pourrait bien vouloir me déclarer la guerre… Si je ne me trompe pas, votre maître doit être la Licorne des Hautes Terres ?
L’expression de l’homme d’âge mûr changea. Il émit un son indistinct, sans rien ajouter. C’était un homme malin : ce n’était pas le champ de bataille principal, et offenser Richard ne lui apporterait rien. Il s’efforçait aussi de comprendre comment Richard avait pu le démasquer aussi vite. Si le duc Direwolf en était informé avant qu’ils ne puissent éliminer Richard, la situation deviendrait difficile à régler. Arracher un vassal à Bevry et en attaquer un autre ne serait pas du meilleur effet.
Le vicomte Zim était un cas à part. Si Richard était tué, la situation prendrait une tout autre tournure. Après tout, l’histoire est écrite par les vainqueurs.
« Ça suffit. Finissons-en avec ces jeux. Je n’ai pas de temps à perdre. Faites sortir mon homme, ou mon humeur va encore se dégrader », déclara Richard calmement en tendant la main pour la faire glisser sur le tableau. Une vive déchirure retentit ; l’œuvre d’art hors de prix venait d’être tranchée en son milieu.
L’oncle fusilla Richard du regard et ordonna à ses serviteurs de faire sortir Pierce sur-le-champ. Quelques minutes à peine s’écoulèrent avant que le chevalier ne fût traîné dehors, le corps couvert de blessures. En connaisseur des méthodes du monde souterrain, Richard comprit que Pierce avait été enfermé et torturé pendant plusieurs jours. Ses deux hommes de compagnie étaient dans un état encore pire ; sans Flowsand, ils auraient peut-être gardé des séquelles à vie.
Les serviteurs avaient fait sortir Pierce aussi vite que possible, mais, en ces quelques minutes, Richard avait fait disparaître sous ses mains des antiquités pour une valeur de près de dix mille pièces d’or. À la vue de son subordonné, il ne broncha pas et se contenta d’ordonner à Olar de les porter hors du château. Puis il se leva et prit congé du jeune baron et de son oncle. Il ne sembla ni choqué ni furieux de l’état de ses hommes, et ne posa même aucune question sur les blessures manifestes de Pierce.
Cette démonstration ne fit pourtant qu’accabler davantage l’oncle du baron. Son plan, qui consistait à se servir de Pierce pour faire plier Richard, s’était évanoui en fumée. Voyant le mage sur le point de partir, il ne put s’empêcher de se lever, prêt à donner l’alarme. Mais, apercevant les gardes d’élite dans le hall extérieur, il dut se résoudre à accepter sa situation et à ne pas commettre d’imprudence.
Richard ne s’arrêta qu’une fois avant de quitter la pièce. Il se retourna et déclara calmement : « On ne peut pas s’éloigner du duc sans en payer le prix.
Une fois sortis du Château du Crépuscule, Olar s’approcha de Richard et lui demanda : « Les Fontaine vous ont si mal traité, mon seigneur. Comment pouvez-vous ne pas être en colère ?
— En colère ? Pourquoi le serais-je ? » Richard conserva un léger sourire. « Ça ne servirait à rien. Nous n’avons qu’à les anéantir.
……
De retour à la base, Richard ordonna aussitôt à son armée de se préparer au combat. Puisque Zim voulait se battre, il n’allait évidemment pas attendre que le château soit construit. Le vicomte agissait bien plus vite que Richard ne l’avait prévu ; il semblait que ce gros homme eût réellement quelques talents pour justifier son arrogance.
Pierce était l’un des deux chevaliers qu’il restait à Richard. Grâce aux soins de Flowsand, toutes ses blessures internes avaient été guéries. Marvin et Kars s’occuperaient de lui au cours des jours suivants ; même si les clercs déchus n’étaient pas vraiment doués pour soigner, leur niveau était assez élevé pour leur permettre de lancer les sorts de base. Alors que les officiers de rang intermédiaire et inférieur manquaient cruellement, des hommes comme Pierce constituaient le véritable pilier de son armée.
Il fit apporter l’équipement acheté au duc et en équipa une centaine de guerriers du désert. Ils troquèrent leurs armures de cuir contre des cottes de mailles, et leurs machettes ordinaires contre des fauchons d’acier. La puissance de sa cavalerie s’en trouva aussitôt accrue.
Fontaine lui barrerait sans aucun doute la route du retour vers le Royaume de Sequoia ; Richard savait donc qu’il ne pourrait y chercher ni ravitaillement ni les troupes dont il avait tant besoin. Évidemment, cela signifiait aussi qu’il ne pouvait pas envoyer de message à la Ville de Deepcliff. De toute façon, il n’avait pas l’intention de demander de l’aide au duc Direwolf. Le seigneur Moonbear semblait avoir quitté le Château du Crépuscule, alors même que le recrutement des nouvelles troupes n’était pas terminé. Que cet homme eût été trompé par le baron ou qu’il y eût d’autres raisons liées à Bevry, Richard ne pouvait se permettre de perdre du temps à demander de l’aide. Le plus important, à présent, était de remporter la bataille imminente.
La puissance de l’armée de Richard ne cessait de croître. Tous les trois jours, neuf lanceurs venaient grossir ses rangs. Il avait pratiquement épuisé tous ses cristaux magiques, ce qui permettait à la mère de couvée de créer chaque jour trois lanceurs, six loups du vent ordinaires ou quatre loups du vent venimeux. Les lanceurs se révélaient plus utiles au combat direct ; il lui avait donc demandé d’en produire immédiatement par lots.
Sa capacité accrue à consommer de la nourriture avait permis à la mère de couvée de disposer constamment de réserves d’énergie, au point qu’elle tombait rarement sous la moitié de ses capacités. Richard se demandait bien ce qu’elle pouvait manger dans la Terre du Tumulte. Quoi qu’il en fût, sa présence garantissait que le temps jouait en sa faveur. Ce chapitre a été repris sur novelping.com sans autorisation.
Pourtant, Zim ne tarda pas à arriver. Avant que Richard ne puisse obtenir un nouveau lot de neuf lanceurs, une armée de plus de mille hommes débarqua des Terres ensanglantées. Elle se trouvait à moins de cinquante kilomètres de son territoire.
Ses loups du vent patrouillant dans les Terres ensanglantées, Richard comprit rapidement la composition de cette immense armée. Elle comptait cinquante cavaliers lourds d’élite, cent cinquante cavaliers légers et cent archers. Les sept cents soldats restants étaient des fantassins. C’était une armée équilibrée, bien constituée, la plus complète et la plus efficace que Richard eût affrontée jusque-là. Avec une telle composition, elle serait très difficile à contrer entre les mains d’un commandant expérimenté.
Zim ne manquait pas d’équipement de qualité pour ses troupes et était cinq fois plus nombreux que Richard. Le seul avantage de ce dernier était d’avoir dans ses rangs plusieurs combattants puissants capables de tenir ses adversaires en respect.
Une armée de cette ampleur aurait même pu assiéger le territoire d’un baron. Cela suffisait à mesurer le traumatisme que Richard avait infligé à Zim dans les Terres ensanglantées. Plus le vicomte déployait de soldats, plus les conséquences seraient difficiles à gérer. Malgré tout, il avait amené la majorité de ses troupes.
Après cette journée-là, Richard s’était renseigné sur le vicomte Zim et avait obtenu des informations détaillées à son sujet auprès du duc Direwolf. La Licorne des Hautes Terres avait bel et bien de quoi se montrer arrogante et grossière, et Richard avait vu juste ce jour-là. L’essentiel de la valeur du vicomte tenait à ce qu’il avait entre les jambes.
Le père de Zim était le comte Yatu, tandis que sa mère était la cousine du roi actuel. Son oncle était également l’un des trois ducs du royaume : le duc Grasberg. Mais ses origines ne suffisaient pas à expliquer son impudence et son arrogance.
Tout sentiment de supériorité se transmettait par le sang. On disait que la lignée royale du Royaume de Sequoia descendait d’anciennes bêtes sacrées. Les premiers humains de la famille n’étaient apparus qu’après plusieurs générations. Zim possédait la lignée la plus pure des deux dernières décennies, et c’était en outre une puissante lignée de licorne.
Voilà pourquoi il était devenu si arrogant. De nombreux nobles — y compris des branches de la famille royale — lui envoyaient leurs filles dans l’espoir qu’elles aient un enfant doté d’une puissante lignée, bien que l’histoire eût clairement montré que les chances d’y parvenir étaient infimes. Les faveurs particulières et la liberté totale dont il avait joui avaient façonné le comportement actuel du vicomte. Il n’avait jamais manqué de pouvoir, de statut ni de femmes ; Richard était le premier obstacle de taille qu’il rencontrait dans sa vie.