Chapitre 282
La mère des couvées entre dans la bataille (3)
Des dizaines de loups du vent s’accrochaient encore au manticore, brûlés par l’acide en même temps que lui. Le liquide était assez puissant pour corroder même l’acier. À mesure que leur fourrure et leur peau fondaient, les loups tombèrent les uns après les autres du manticore. Ils roulèrent plusieurs fois sur le sol avant de s’immobiliser, réduits en un instant à une masse noire.
Le manticore devint encore plus fou après avoir été aspergé d’acide. Il tua rapidement les quelques loups qui s’accrochaient toujours à lui, puis tenta de s’enfuir une nouvelle fois. Mais avant qu’il ait pu se retourner, la mère des couvées l’attaqua de nouveau avec une déchirure mentale et le paralysa. Des dizaines de loups du vent bondirent alors sur lui et l’immobilisèrent sous leur poids. Quelques secondes plus tard, l’acide épais recouvrit une nouvelle fois le manticore.
La mère des couvées s’apaisa et ne bougea plus. Elle avait épuisé tout son acide, et ses deux attaques mentales lui avaient coûté toute son énergie. La peau du manticore était entièrement rongée ; son enveloppe extérieure avait fondu. La créature gisait sans vie sur le sol, tandis que la moitié restante de son aiguillon tressautait involontairement.
La bataille au château n’était pas encore terminée, mais elle touchait à sa fin. Une dizaine de chevaliers féroces de la garde-ours combattaient toujours avec acharnement au sommet des remparts, tandis que les soldats d’élite menaient les loups du vent encore en vie dans la mêlée, en contrebas.
À voir le combat approcher de son terme, Richard sentit sa détermination se tendre comme la corde d’un instrument sur le point de rompre. Il était à bout ; sa vue se brouillait et ses poumons lui brûlaient.
Le champ de bataille tout entier empestait le sang, tandis que la brume acide et les vapeurs toxiques des créatures continuaient de flotter dans les airs. Une partie avait même atteint les remparts, noircissant la pierre blanche comme la cendre. Les guerriers humains qui s’y trouvaient haletaient faiblement depuis un long moment, quand l’un d’eux se saisit la gorge et s’effondra en hurlant.
Richard se mordit violemment la langue pour rester éveillé, tout en enchaînant les ordres. Ses braves guerriers obéissaient déjà à chacun de ses commandements par instinct. Dès que sa voix retentit, ses propres soldats amorcèrent une retraite silencieuse, tandis que les subordonnés d’élite de Fontaine continuaient de se ruer avec un abandon insensé sur les chevaliers de la garde-ours.
À ce stade, les chevaliers Schumpeter savaient que leur mission s’achèverait dans la mort. Cette certitude ne fit qu’aiguiser leur férocité : ils abattaient leurs adversaires sans retenue. Chaque fois que les hommes du baron tombaient, d’autres accouraient pour prendre leur place. Cette tactique poussait leurs ennemis démoniaques vers la mort.
Cette guerre d’usure ressemblait à un hachoir à viande. La bataille touchant à son terme, ils vivaient leur heure la plus désespérée. Richard soupira intérieurement, mais n’eut d’autre choix que de se forcer à retrouver son calme glacial. Sa stratégie était alors fort simple : il voulait seulement que ses propres soldats quittent la zone des combats.
Nombre des guerriers du baron étaient auréolés d’une lueur éclatante, signe d’une bénédiction magique. Cependant, Flowsand avait légèrement modifié son sort : l’amplification de leurs capacités restait inchangée, mais elle y avait ajouté une force qui les poussait au combat. Tous ceux qu’elle bénissait trouvaient soudain le courage d’affronter n’importe quel ennemi placé devant eux. Même face à dix mille soldats, ils auraient encore le courage de charger !
C’était sans aucun doute le résultat des recherches de la clerc sur les pouvoirs du Dieu de la Vaillance. Mais le sort avait désormais un usage quelque peu différent : les guerriers bénis par Flowsand ne voyaient que les chevaliers de la garde-ours et n’hésitaient pas à aller mourir en première ligne. Ils sacrifiaient leur vie pour blesser ces adversaires démoniaques.
Quand le dernier chevalier de la garde-ours s’effondra dans un bruit sourd, cette âpre bataille prit enfin fin. Richard balaya lentement le champ de bataille du regard. Partout, il vit du sang, des cadavres et des membres tranchés. Peu de gens parvenaient encore à tenir debout. Quant au nombre de morts, il craignait, même sans les avoir comptés, qu’il approchât du millier. Et cela sans compter les chevaliers et les guerriers du baron ! Richard avait tenté d’épargner une partie de son armée vers la fin des combats, mais il ne restait qu’une centaine d’hommes environ.
Son esprit se détendit enfin, mais il en eut le vertige. Il peinait à rester debout, mais un sort de vitalité l’empêcha heureusement de s’évanouir.
« Comment va Waterflower ? » demanda Richard avec empressement en voyant Flowsand s’avancer vers lui.
« Ses blessures sont stabilisées, elle va bien. » Flowsand semblait sur le point de perdre connaissance. Elle se couvrait la bouche d’un mouchoir, ce qui rendait sa voix plus sourde que d’habitude. Richard percevait sa faiblesse ; ses blessures n’étaient certainement pas bénignes. Au début de la bataille, elle avait usé d’une méthode inconnue pour puiser dans son mana, ce qui avait accru sa puissance d’environ trois niveaux. C’était la seule raison pour laquelle la Lentille du Temps avait pu agir contre Sinclair, infligeant de graves blessures à cette dangereuse ennemie et renversant complètement le cours de la bataille.
« Et toi ? » poursuivit Richard. Vous lisez sur novelping dot com, la source officielle.
Toujours la bouche couverte, Flowsand répondit : « J’ai trop puisé dans mon mana. Quelques jours de repos et tout ira bien. »
« Quelques jours de repos ? » Le regard brillant de Richard se posa sur Flowsand. Un saut de niveau forcé — et de trois niveaux, qui plus est — aurait forcément de lourdes conséquences. Même s’il ne connaissait pas très bien le clergé, cela relevait du savoir commun.
Flowsand esquissa un faible sourire, l’air impuissant. « D’accord, j’ai effectivement payé un lourd tribut. Mais ne t’inquiète pas, je peux parfaitement l’assumer. Je peux même recommencer encore quelques fois. »
Richard hocha la tête et choisit de la croire. À cet instant, Olar s’approcha de lui et murmura : « Maître, Sinclair est toujours en vie. Qu’ordonnez-vous ? »
Une lueur glaciale passa dans les yeux de Richard. Accompagné des quelques membres de son groupe encore capables de marcher, il descendit du château et gagna l’espace dégagé à l’extérieur. Ils avancèrent jusqu’à Sinclair et s’arrêtèrent enfin à ses côtés.
Gangdor fronça les sourcils et fit un demi-pas en avant pour servir de bouclier de son corps. Une assassine aussi expérimentée que Sinclair tenterait sans doute une dernière attaque, au seuil de la mort. Richard secoua pourtant la tête et tendit la main pour retenir le colosse. « Ça va, elle ne peut plus riposter. »
Plus il s’approchait de Sinclair, plus le sang elfique en lui s’animait. Même sa lignée Archeron commençait à s’agiter. Ce lien jouait dans les deux sens, mais il garantissait que l’assassine ne pouvait lui dissimuler l’état de son corps.
Sinclair n’était plus la jolie jeune femme qu’elle avait été ; son corps entier était couvert de blessures. Le sang noir qui s’écoulait d’elle ressemblait à de la lave brûlante et lui creusait la peau de profondes brûlures. Richard percevait les effets persistants de la force lunaire verte mêlée au sang noir ; ils annonçaient une mort imminente et expliquaient la hausse de sa température corporelle.
Richard s’agenouilla près de Sinclair et contempla cette adversaire si digne d’estime. Même si sa peau était brûlée et que l’un de ses yeux était aveugle, on distinguait encore les traces de sa beauté d’autrefois sur son visage. Elle ressemblait à une poupée humaine qu’on aurait brisée.