Chapitre 276
Une bataille sanglante (2)
Les lames de Sinclair s’entremêlèrent à l’épée de Fontaine et la dévièrent sur le côté, avant qu’elle ne tente de lui planter dans la gorge la dague qu’elle tenait de la main gauche. Soudain, l’aura de Fontaine se renforça. Elle n’avait rien de féroce, mais dégageait une grande ténacité. Quelques mouvements du poignet suffirent à l’homme pour se dégager de l’entrelacs et diriger son arme vers la poitrine presque nue de son adversaire.
Sinclair fronça légèrement les sourcils. La pression qu’elle ressentait dans les mains lui indiquait clairement la force de son adversaire. Elle commença à se décaler sans en avoir l’air. Il lui suffisait de prendre un peu de distance pour disparaître aussitôt et frapper à mort depuis un angle inimaginable.
Pourtant, le style de combat et la puissance du baron la surprirent. Il lui collait aux basques comme une ombre et ne lui laissait pas la moindre occasion d’utiliser sa capacité. Ils s’affrontèrent ainsi, l’épée et les dagues s’entrechoquant à d’innombrables reprises. Fontaine avait beau être désavantagé, il parvenait encore à garder assez de forces pour riposter, dévoilant toute sa maîtrise de l’épée. Pendant un bref moment, Sinclair se retrouva même acculée par lui.
Non loin de là, Richard observait le combat en silence. Il avait déjà pris la défense en main et lançait sans cesse des sorts qui permettaient au baron de conserver son agilité. Il avait aussi ordonné aux deux mages de niveau huit du baron de maudire Sinclair de leur mieux. Même s’ils étaient faibles, les sorts de dissipation n’étaient pas affectés par la résistance de leur cible. À eux trois, les mages étaient parvenus à ébranler les défenses de Sinclair.
En une seule minute, Richard avait déjà donné sept ordres. Les gardes postés sur les remparts étaient entrés en action, et les rangs jusque-là bien ordonnés commençaient à se disloquer. Mais ces ordres n’avaient pas été lancés au hasard : son groupe sous contrat et les loups du vent chargeaient dans tous les sens, regroupant les soldats autour de leurs positions.
À présent, les chevaliers de la garde-ours se trouvaient déjà à moins de dix mètres du château, tandis que la manticore rôdait dans les environs, à l’affût du moment idéal pour frapper. Les murs du Château du Crépuscule n’étaient pas très hauts ; elle pouvait sans aucun doute les franchir d’un seul bond. Même les chevaliers de la garde-ours, lourds et maladroits, en seraient capables s’ils trouvaient un point d’appui à mi-hauteur.
À l’exception de quelques imprévus qu’il avait anticipés, la situation évoluait comme prévu. Richard eut soudain l’impression que tout était sous contrôle dans le monde. Il dominait le champ de bataille tout entier et contemplait les combattants d’en haut.
Le choc de l’assaut mené par l’armée de Sinclair, les chevaliers de la garde-ours et le grand mage qui venait tout juste d’échapper à la portée des balistes commençait peu à peu à s’estomper. Le chaos sur les remparts n’était qu’une façade : en une seule minute, tous ses guerriers auraient rejoint leurs postes. Les chevaliers qui parviendraient à escalader les murs se heurteraient à une pression écrasante et seraient bientôt blessés de toutes parts, tandis que la résistance ne ferait que s’intensifier. Ce chapitre a été repris sur novelping.com sans autorisation.
La plupart des gens ne remarqueraient pas la différence sur le champ de bataille. Richard, lui, savait que la clé de la victoire était d’épuiser peu à peu l’ennemi.
Sinclair avait elle aussi senti le cours du combat changer. Les attaques impitoyables de Fontaine l’empêchaient d’évaluer clairement le champ de bataille comme Richard, mais son intuition aiguisée par des années de combat lui faisait pressentir le danger. Un rapide coup d’œil aux alentours lui révéla que plusieurs personnes accouraient, manifestement pour tenter de l’encercler.
Elle ne put s’empêcher de rire froidement à cette idée. Comment de simples mortels pourraient-ils intervenir dans ce combat ? Même le baron de niveau quatorze n’était qu’un déchet à ses yeux, sans parler de ces ratés de niveau onze ou douze. Restait à savoir s’il valait la peine de risquer quelques blessures pour se débarrasser de ces insectes agaçants, ou s’il valait mieux attendre que l’adversaire montre des signes de faiblesse ou commette une erreur.
Richard… C’était lui, sa véritable cible au cours de cette expédition.
L’occasion se présenta bientôt. Un brusque mouvement de ses dagues força le baron à reculer, et elle en profita pour attaquer. Les guerriers alentour, qui n’avaient pas trouvé l’occasion de frapper, sentirent leur poitrine et leur gorge se couvrir de sang. Ils vacillèrent, mais ne tombèrent pas.
À cet instant, l’assassine s’élança, les yeux rivés sur Richard. Elle tenait à revers la longue dague de sa main droite et leva le bras pour frapper. Il n’y avait rien à proximité, mais c’était là le plus grand avantage de Sinclair au combat : des déplacements imprévisibles et des attaques mystérieuses.
Sa vision périphérique commença à se brouiller. Dans son esprit, une ligne s’était déjà tracée entre elle et Richard. Quiconque tenterait de lui barrer la route serait esquivé sur-le-champ ou tué. Quoi qu’il arrive, lorsque la lame de sa main droite s’abattrait, elle atteindrait à coup sûr la gorge de Richard.
Aux yeux de Sinclair, tout mage était une cible facile. Si elle parvenait à s’approcher, même un grand mage ne pourrait échapper à son sort. Tout au plus survivrait-il à quelques coups de plus. Les dagues qu’elle tenait avaient le pouvoir de repousser la magie ; même sur Norland, c’étaient des armes quasi divines.
Son pied droit effleura le sol et tout son corps trembla de rage. Mais au moment où elle allait exploser, Richard hurla soudain d’une voix frénétique : « FLOWSAND ! »
Son cri avait jailli avec une précipitation extrême. Le visage déformé de Richard se trouvait déjà dans le champ de vision de Sinclair, mais elle en fut tout de même légèrement déconcertée. Flowsand ? Ce nom lui disait quelque chose, mais elle ne parvenait pas à se rappeler où elle l’avait entendu. Elle marqua une brève hésitation, puis continua de courir vers lui.
Tout à coup, elle se rendit compte que son environnement avait changé. Elle avait l’impression d’être sous l’eau, le visage déformé de Richard s’étirant tout autour d’elle. Des vagues semblaient la repousser, tandis que tous les autres s’étaient brusquement mis à aller plus vite. Les sons devinrent aigus et hachés, comme deux morceaux de fer rouillé qu’on frottait l’un contre l’autre. Elle ne parvenait pas à en distinguer le contenu, mais elle était presque certaine que ses ennemis acclamaient quelqu’un !
L’instant suivant, elle comprit enfin. Elle avait bien entendu des voix humaines ; elles étaient simplement devenues si rapides qu’elles lui vrillaient les oreilles.
Elle poursuivit son attaque, ses pieds poussant le sol à l’unisson tandis qu’elle chargeait. Sa capacité déformait la lumière autour d’elle et son accélération explosive donnait aux autres l’illusion qu’elle se téléportait. Mais maintenant que tout le monde se déplaçait bien plus vite, c’était elle la plus lente de tous.
Quelque chose s’était passé ! Une peur sans précédent monta dans le cœur de Sinclair, mais ses gestes et ses pensées restaient engourdis. Même à cet instant, elle ne parvenait pas à comprendre la situation. Seul le regard déconcerté de nombreux soldats, qui balayaient les environs à sa recherche, la réconfortait. Au moins se trouvait-elle désormais dans son état de semi-invisibilité.
À cet instant, elle commença à ressentir une douleur dans tout le corps. Elle baissa les yeux et découvrit avec horreur que des flammes dorées la recouvraient entièrement. C’était un feu divin pur, que seuls les prêtres et les grands mages pouvaient dissiper. Qu’il lui infligeât des dégâts continus était secondaire : ce qui terrifiait le plus Sinclair, c’était que les flammes qui l’enveloppaient ne fassent disparaître son invisibilité. Et un autre problème majeur se posait : ces flammes tiraient leur puissance de la force divine du Dragon Éternel !