Chapitre 26
Une expérience traumatisante
L’arrivée de Steven ne fit qu’agiter légèrement Deepblue, avant de disparaître dans les vagues tumultueuses. Le retour de Sharon, dix jours plus tard, provoqua davantage de remous, mais rien de bien remarquable. Les entrées de la mage légendaire étaient toujours bruyantes et grandioses, même lorsqu’elle n’était partie qu’en excursion dans la forêt du Cerf Blanc, à une centaine de kilomètres. Personne ne savait cependant comment s’était achevée la bataille entre les deux êtres légendaires ; même Steven n’avait reçu aucune nouvelle de sa famille.
À Deepblue, les choses suivirent leur cours habituel, le torrent de lumière entraînant tout dans une atmosphère tendue, mais réglée comme une horloge. Richard se rendit compte que la Délectation de Sharon avait considérablement augmenté, atteignant le montant record de 800 000 pièces. Puis il découvrit qu’il devait désormais suivre un autre cours.
On l’avait inscrit à « Principes des formations magiques complexes », un cours particulier dispensé par une grande mage. Celui-ci nécessitait naturellement une grande quantité de matières premières de qualité supérieure et, compte tenu des prix exorbitants de Deepblue, l’énorme prime de Richard fondit comme neige au soleil. Ses revenus supplémentaires disparaîtraient à l’arrivée de l’été, et il devrait de nouveau s’inquiéter de son argent.
Erin continua de lui apporter à manger. La quantité que Richard devait avaler ne cessait d’augmenter, et la manière de s’y prendre devenait toujours plus étrange. La fréquence et l’horaire de ses repas se firent de plus en plus stricts, au point d’en devenir presque insupportables. Pourtant, la présence d’Erin et ses explications rendaient miraculeusement la chose plus facile à digérer.
Chaque fois qu’il terminait un repas, la jeune fille se montrait intime avec lui d’une façon différente. Parfois, elle l’embrassait ; parfois, elle le caressait, ou se contentait de le prendre dans ses bras. Sous sa conduite, Richard avait déjà appris les grandes lignes de l’anatomie féminine. Le sang lui bouillait parfois dans les veines, et il devait recourir à la méditation pour le calmer.
Pourtant, malgré son ignorance, Richard avait fini par deviner ce qui allait se produire. Bien qu’il fût jeune et inexpérimenté, son instinct le poussait à explorer les profondeurs du corps de la jeune fille. Celle-ci ne restait toutefois jamais longtemps après le repas : elle s’attardait cinq minutes tout au plus, puis s’en allait. Elle était si ponctuelle que Richard aurait juré qu’une horloge enchantée chronométrait ses visites.
Un jour, à la fin du mois, à l’heure habituelle du dessert, après le repas.
Erin saisit la main de Richard et la guida vers le haut, afin qu’il puisse sentir du bout des doigts le devant de son corsage, orné de larges volants et d’un bouton de perle. Le tissu paraissait rêche, et ses motifs formaient des reliefs sous ses doigts. Après avoir mangé, les sens de Richard s’étaient aiguisés ; le contraste entre le tissu et la masse rebondie, douce comme du satin, dans laquelle ses doigts se glissèrent n’en était que plus marqué. Il sentit soudain la chaleur de son corps s’intensifier et, dans sa précipitation, s’aperçut qu’il avait déjà défait les boutons de la jeune fille.
Rien ne le gênait à l’intérieur. Le corps de la jeune fille exerçait sur lui une attraction fatale, et il mit toute sa force à lui ôter le dernier vêtement. D’abord un peu troublée, elle lui prit ensuite la main et le tira vers elle, pressant son corps contre le sien tandis qu’elle se penchait et glissait vers le bas. C’était un arrosage frénétique, l’instant où le fruit allait enfin mûrir !
Alors que Richard attendait avec impatience la suite, Erin se redressa soudain et s’exclama à la hâte : « Oh là là ! C’est l’heure ! » Elle rajusta précipitamment ses vêtements, saisit les assiettes et fila.
*Est-ce qu’il se passera quelque chose demain…* se demanda Richard, hébété, tandis que son cœur battait encore à la limite de ses forces. Il se sentait un peu étouffé… Retrouvez les derniers chapitres sur novelping point com.
Le lendemain, il ne se passa absolument rien. Erin semblait préoccupée ; elle ne parvenait pas à dissimuler son abattement. Quand Richard l’interrogea, elle refusa d’en dire davantage. Après le repas, elle se contenta de lui saisir le bras, de le presser légèrement contre sa poitrine, puis de s’enfuir.
Une telle intimité avait un prix. Quel que fût le degré de contact, Erin recevait une pièce d’or. Richard connaissait désormais bien les prix de Deepblue et savait qu’une pièce d’or ne représentait pas grand-chose. Elle ne suffirait peut-être même pas à offrir un bon repas à la jeune fille ; c’était pourquoi il lui posait tant de questions et payait pour obtenir des réponses. Mais Erin se montrait tout aussi stricte sur ce point : elle ne demandait que le prix correspondant à la valeur de l’information, pas une pièce de plus.
À vrai dire, les renseignements qu’elle vendait n’étaient pas fiables. Le plus cher concernait Papin et ses partisans : ils avaient disparu après le duel, et certains n’étaient pas rentrés dans leurs familles. On disait aussi que l’affaire avait un lien avec Randolph, un autre élève de Sharon. Tout cela lui avait pourtant coûté 120 pièces, et aucune autre information ne valait plus de cinquante pièces. Richard savait que le travail d’un mois entier d’Erin ne pourrait pas financer une seule journée d’entraînement. Bien sûr, il se fondait sur ses propres critères.
À partir de ce jour, l’attitude d’Erin changea. Elle se montra plus réservée avec Richard et, quel que fût leur degré d’intimité, ne laissa jamais les choses aller plus loin. Même si le fruit était déjà mûr.
Richard avait lui aussi remarqué le changement, mais il eut beau l’interroger franchement ou par sous-entendus, il n’obtint aucun résultat. En revanche, dès qu’il cessait de se concentrer sur son repas, il entendait des sanglots au lieu du sourire radieux auquel il était habitué. Son monde s’assombrit, et il perdit tout enthousiasme.
Le mois suivant, il ne se passa pas grand-chose, même si un certain Steven vint se présenter comme un autre apprenti de Sharon lors d’une conférence publique devant plusieurs centaines de personnes. Le temps suivit son cours, et l’été arriva discrètement.
Erin semblait encore plus pressée. Elle commença à garder ses distances de manière évidente, au point de ne plus accepter la pièce qu’elle recevait chaque jour. La nourriture devenait de plus en plus difficile à avaler, tandis que les portions ne cessaient de grossir.
Richard avait désormais visiblement grandi et s’était étoffé. Ses cours comprenaient des exercices physiques de base, comme ceux d’un guerrier. Ses progrès en magie s’étaient accélérés au point que lui-même les trouvait inimaginables, et les cours fastidieux occupaient la majeure partie de son temps.
L’arrivée de l’été annonça la plus belle saison de la baie de Floe. La mer était lisse comme de la soie, et les glaciers d’un bleu délicat. L’air du ciel azur était pur et frais ; la végétation, baignée d’une lueur verte, était plus dense que le reste de l’année, offrant une diversité splendide. Le passage à Deepblue s’intensifia, et les beaux couples venus prendre le soleil sur la plage devinrent un élément du paysage. Richard, pourtant, n’avait pas le cœur à admirer tout cela : il était toujours inquiet.
Un soir, comme d’habitude, Erin quitta la résidence de Richard. Au moment où les lourdes grilles métalliques se refermèrent, une rune enchantée clignota dans un coin de ses vêtements et transmit un signal au loin. Dans les ombres lointaines, un mage vêtu de robes sombres fixait la jeune fille du regard. Son regard était si perçant qu’elle ne put s’empêcher d’accélérer le pas. Lorsque le signal lui confirma qu’elle était partie dans le délai prévu, il hocha la tête, rabattit sa robe sur lui et disparut dans les ténèbres. Vous aimez cette histoire ? Retrouvez la suite sur novelping point com.
Erin se hâta vers le chemin qui menait aux niveaux supérieurs. Les formations de téléportation étaient pratiques, mais coûteuses. Seuls les mages officiellement nommés par Deepblue pouvaient les utiliser régulièrement. Même si le chemin prenait plus de temps, toute personne un tant soit peu en forme pouvait aller du bas jusqu’en haut d’une seule traite.
Au détour d’un couloir, Erin se retrouva face à quelqu’un. La personne avait surgi si brusquement qu’elle faillit lui tomber dans les bras. La jeune fille poussa un cri, mais eut heureusement le réflexe de s’écarter. Elle s’excusa et tenta de passer son chemin, mais une main puissante la saisit fermement. Incapable de se dégager, elle eut l’impression que les os de son poignet allaient se briser.
« C’est bien toi, Erin ? » demanda un grand jeune mage. Sa voix était douce, mais sa poigne de fer révéla à la jeune fille, qui avait les sens aiguisés, qu’il n’avait pas bon caractère.
« Je suis Erin. Puis-je savoir à qui j’ai l’honneur ? » demanda-t-elle poliment, sans changer d’expression, tout en essayant de retirer sa main. En vain.
« Je m’appelle Steven. Puisque tu gagnes des pourboires en vendant des renseignements, tu dois savoir qui je suis », dit le jeune mage avec un sourire.
Ce regard froid et acéré donna à Erin l’impression d’être une grenouille traquée par un serpent. Une sueur froide perla sur son corps, et ses vêtements se collèrent inconfortablement à sa peau. Lorsqu’il annonça son nom, la jeune fille sentit un frisson lui parcourir le cœur. Deepblue appartenait à Sharon, et chacun des apprentis de la mage légendaire faisait la une des journaux. Erin percevait clairement les intentions malveillantes de Steven, mais son identité l’empêchait de se défendre. La terreur la submergea, et un filet de désespoir s’éleva en elle malgré elle.
« Monsieur Steven, je suis toujours partie à l’heure et je n’ai jamais rien fait de déplacé. Que me voulez-vous ? » s’écria-t-elle, terrifiée.
Steven se pencha vers Erin, approchant son visage du sien tandis que sa main droite lui caressait la taille. Elle remonta, tâtonnant sa poitrine. Celle-ci n’était pas vraiment souple ; elle était plutôt douce et élastique. Il lui releva ensuite le menton, rapprochant leurs visages au point que leurs nez se touchaient presque.
« J’ai entendu dire que Richard te donnait une pièce d’or chaque jour. Dis-moi maintenant comment tu obtiens ces pièces. » La voix de Steven s’abaissa, sifflante comme celle d’un serpent. Une longue langue rouge, semblable à celle d’un serpent, sortit de sa bouche tandis qu’il parlait et effleura les lèvres de la jeune fille.
Erin sentit son corps se glacer. Steven dégageait une aura qui la terrifiait et son corps commençait à se raidir. On aurait dit qu’elle était frappée par une faible aptitude fondée sur la peur, probablement un pouvoir héréditaire. Cela ne fit qu’accroître son désespoir : même à Deepblue, il était rare qu’un jeune homme maîtrise un pouvoir héréditaire à un si jeune âge.
Pourtant, les paroles de Steven firent briller les yeux de la jeune fille. Elle sentit ses forces revenir d’un coup, le repoussa et s’écria : « Tu n’es pas un mage inquisiteur ! »