Chapitre 233
Expédition (2)
La bataille qui s’ensuivit fut brève, mais intense. Dix minutes à peine plus tard, toute l’équipe d’esclavagistes avait été réduite à un tas de cadavres.
Le chevalier le plus faible de l’équipe était de niveau dix, et le plus puissant de niveau treize. Leur défense acharnée avait tué trente hommes du désert, et les barbares comme les demi-orques avaient également subi quelques pertes.
Une fois la bataille terminée, trente guerriers blessés jurèrent toutefois fidélité à Richard sur les ancêtres. En échange, il laissa les autres barbares partir librement, leur permettant de tenter de regagner les plaines de leurs ancêtres.
Les choses se déroulèrent avec une facilité inhabituelle, en partie parce que les barbares des pics enneigés avaient expliqué en détail à ces nouveaux compagnons la bonté de Richard, qui les avait libérés après vingt mises à mort. Dans un endroit comme les Terres ensanglantées, constamment ravagé par la guerre, tuer vingt personnes n’avait rien de bien difficile.
Quant aux esclavagistes morts, on tira d’eux tout ce qui pouvait encore servir. Zendrall parvint à transformer la moitié d’entre eux en guerriers des ténèbres, troquant son armée de plusieurs milliers d’hommes contre un petit groupe d’élite, composé de guerriers éternels. Richard le lui avait demandé afin de se conformer aux normes de Norland. À la guerre, on ne pouvait pas compter sur une multitude de faibles ; dans certaines conditions, quelques combattants d’élite pouvaient venir à bout de n’importe quelle quantité de chair à canon.
Après avoir nettoyé le champ de bataille, l’armée de Richard continua d’errer sans but dans les Terres ensanglantées. Au cours des quinze jours suivants, elle livra pas moins de dix combats, d’ampleur variable. Richard détruisit deux autres équipes d’esclavagistes et affronta une troupe d’une centaine de voleurs de chevaux. Il captura aussi une petite caravane, mais finit par acheter ses marchandises au lieu de les piller. Il les paya toutefois au prix coûtant.
Richard avait désormais sous ses ordres plus de trois cents hommes du désert et une centaine de barbares. Six hommes du désert et onze guerriers barbares avaient atteint le nombre de mises à mort requis, gagnant ainsi leur liberté et de l’or. Les barbares étaient profondément attachés à leur terre natale, et tous ceux qui avaient obtenu leur liberté choisirent de partir.
Sa générosité avait porté ses fruits. Ceux qui n’avaient pas encore atteint le quota restèrent et se battirent avec bravoure, convainquant tous les autres barbares qu’ils croisaient de lui prêter serment et de se donner à fond pour gagner leur liberté. Le nombre de guerriers barbares sous ses ordres augmentait rapidement.
Il n’en allait pas de même pour les hommes du désert. Cinq tentatives de fuite avaient déjà eu lieu, dont une où toute une petite troupe s’était échappée. Mais, même s’ils étaient de féroces bêtes du désert, Waterflower était une enfant de la nature sauvage. À elle seule, elle suffisait à traquer ces traîtres et à les exécuter jusqu’au dernier.
Richard tint également sa promesse envers eux, faisant preuve d’un équilibre entre cruauté et clémence. Cinq chefs avaient été exécutés parce que leurs subordonnés avaient tenté de s’enfuir.
Ce qui surprit, cependant, c’est que les guerriers du désert qui avaient gagné leur liberté choisirent de rester. Leurs terres, dans le désert du nord-ouest, avaient été rasées lors de leur capture ; même s’ils avaient décidé de partir, ils n’auraient eu aucun endroit qu’ils puissent appeler leur foyer. C’était un peuple féroce, et l’or que Richard leur proposait les intéressait beaucoup.
Chaque combat se soldait par des morts et des récompenses.
Au milieu de tous ces affrontements, Richard finit par atteindre le niveau dix. Le sang elfique qui coulait dans ses veines continua d’évoluer et lui conféra une affinité avec la nature. Celle-ci renforçait passivement tous les sorts naturels qu’il lançait, tout en affinant sa perception et sa capacité à se dissimuler.
Les trolls atteignirent le niveau onze et mutèrent, devenant tous deux plus robustes. Leur force, leur endurance, leur vitalité et leur capacité de récupération furent décuplées, plaçant Tiramisu sur la voie du mage de bataille.
Ce qui stupéfia Richard, ce fut Gangdor. Il venait tout juste de passer au niveau onze avant leur départ, et il avait rapidement atteint le niveau douze, même s’il ne s’y était pas encore tout à fait stabilisé. Ce colosse avait enfin dépassé Waterflower de deux niveaux ; celle-ci était encore loin du niveau onze. Mais, même avec deux niveaux de plus, la jeune femme et le Souffle des Ténèbres seraient des adversaires redoutables.
Au milieu de tout cela, aucun des chevaliers expérimentés qui l’avaient accompagné ne gagna de niveau. Un seul des chevaliers novices capturés plus tard progressa, atteignant le niveau onze. L’écart de talent inné entre son équipe et les autres devenait de plus en plus évident.
Celui dont les pouvoirs avaient le plus progressé était toutefois le nécromancien, Zendrall. Il pouvait désormais invoquer près de vingt guerriers des ténèbres à volonté, même si ses réserves de mana ne lui permettaient d’en maintenir que dix à la fois. Quoi qu’il en soit, ces guerriers étaient tous de niveau douze ou plus et, malgré leurs réactions lentes, leur capacité au combat dépassait sans conteste le niveau onze. Ils joueraient un rôle décisif dans toute bataille de faible envergure.
Richard s’était fait un nom au cours du dernier mois, et sa réputation s’était répandue parmi de nombreux bandits à cheval, groupes de mercenaires, caravanes et esclavagistes. Mais c’était tout : dans les Terres ensanglantées, les puissances montaient et chutaient chaque jour ; seuls le pouvoir et l’or y faisaient loi. Vous lisez sur novelping . com, la source officielle.
Cette nouvelle routine était devenue monotone. Richard eut l’impression que le mois s’écoulait comme une année, se fondant dans un monde rouge, fait de souvenirs rouges. Il se réveillait au matin rouge, voyait la terre et les rochers rouges défiler tandis qu’il avançait. À chaque bataille, le sang écarlate jaillissait, et le crépuscule baignait tout le pays de pourpre. Dans cette contrée chaotique où régnait le meurtre, le rouge était devenu synonyme de sang. Impossible de les distinguer l’un de l’autre.
Au milieu de ce monde rouge sang, deux autres chevaliers Archeron quittèrent Richard pour toujours. Ceux qui survivaient n’avaient pas le temps de se souvenir ni de pleurer.
……
Un jour, à l’approche de la nuit, Richard grimpa sur un haut rocher. Accroupi au bord d’une falaise, il scruta le camp orque installé dans la vallée.
C’était une tribu orque ordinaire, qui comptait environ deux cent cinquante membres. Des tentes de tailles diverses s’étendaient partout, et un autel avait été érigé au fond du camp. Un chaman vêtu de couleurs éclatantes dansait devant l’autel une danse ésotérique, tandis qu’au loin résonnait sans relâche le battement solennel d’un tambour, qui donnait à Richard envie de danser.
Un feu de joie brûlait au centre du camp. Les femmes et les anciens préparaient le repas du soir, tandis que plusieurs jeunes s’entraînaient à se battre sur le côté.
Flowsand et Waterflower se tenaient à la droite et à la gauche de Richard et observaient, elles aussi, le camp. Derrière eux, un chasseur orque et son loup du désert domestiqué gisaient dans une mare de sang ; ils n’étaient déjà plus que des cadavres.
Ce sommet était idéalement situé : il permettait de voir tout ce qui se passait à plusieurs kilomètres à la ronde. C’était pour cette raison que la tribu avait posté un chasseur en faction ici. Hélas, c’était précisément sa position qui avait révélé l’emplacement de leur camp. La vue de Richard était désormais bien supérieure à celle d’un orque.