Chapitre 230
Esclaves
Devon était visiblement ravi de cette transaction. Il avait hâte de voir les bénéfices que ses chiens de chasse aux esclaves pourraient en tirer.
Il leva sa coupe en direction de Richard avec un sourire. « Monsieur Richard… Oublions cet imbécile de Schitich et célébrons cela comme il se doit. J’espère que nous nouerons bien d’autres partenariats fructueux après aujourd’hui. Amon possède de nombreux matériaux magiques, tandis que Bivier peut se procurer une quantité impressionnante de minerais. Quant à moi, outre l’or, vous êtes le bienvenu dans mes camps d’esclaves si cela vous intéresse. Vous y trouverez peut-être quelque chose à votre goût. »
Un camp d’esclaves ? Le cœur de Richard fit un bond. Il sourit aussitôt et demanda : « Quelles sortes de marchandises avez-vous dans vos camps, monsieur Devon ?
— Tout ce que vous voulez ! Des barbares, des orcs, des bêtes démoniaques, des semi-orcs, des elfes… Même les cruels et sauvages habitants du désert : vous trouverez tout cela dans mes camps d’esclaves ! Devon débordait d’assurance et gesticulait avec énergie. Puis il baissa la voix et prit un air mystérieux. « Je viens d’acquérir un lot de marchandises particulièrement intéressantes. Si cela vous tente, je peux vous les montrer ce soir. »
Richard réfléchit un moment, puis demanda : « Je voudrais choisir dans vos camps un groupe de personnes pour former une escorte. Que me conseillez-vous ?
— Les esclaves sont la meilleure chair à canon ! Ils sont simplement assez dangereux et difficiles à maîtriser. Pour choisir le type d’esclaves, vous devez tenir compte de la taille de votre groupe et du terrain où vous combattez habituellement. Si vous avez besoin de moins de cinq cents hommes et que vous comptez vous battre dans les Terres ensanglantées, les habitants du désert sont votre meilleur choix. Ils peuvent affronter les conditions les plus rudes, combattre deux ou trois jours sans boire ni manger et rester au mieux de leur forme. Ce sont aussi des cavaliers-nés.
« Pour les petites batailles où la force individuelle compte davantage, je vous recommande les orcs chasseurs de têtes. Les guerriers adultes sont au moins de niveau 7, et le massacre est dans leur nature. Ils sont toutefois extrêmement dangereux. Les barbares de la tribu des Pics enneigés font les meilleurs gardes du corps. Même les adolescents sont de niveau 8, tandis que les adultes entraînés peuvent atteindre le niveau 10. Ils ont cependant un défaut : ils coûtent trop cher, haha !
La plaisanterie était plutôt mauvaise, mais tous les présents rirent de bon cœur. Cette réaction montrait le statut dont jouissait cet homme obèse.
Dans son explication enthousiaste, Devon avait semé quelques indices. Il cherchait à sonder les projets de Richard : comptait-il combattre dans les Terres ensanglantées ? Quel était son style de combat habituel ? Ses affrontements seraient-ils de petite ou de grande ampleur ? Sans surprise, le jeune homme conserva du début à la fin son sourire élégant. Son expression ne laissait rien deviner, et il ne répondit d’aucune manière aux questions de Devon.
Depuis la porte de leur salle privée, Richard aperçut au-dehors un guerrier remarquable, bien plus grand et robuste que les humains ordinaires. Il dépassait même Gangdor d’une demi-tête et dégageait une aura vaillante de la tête aux pieds. Malgré ses vêtements humains, on voyait bien qu’il s’agissait d’un guerrier barbare d’environ niveau 10, tout comme Gangdor.
Richard désigna le colosse. « C’est un guerrier de la tribu des Pics enneigés ?
— En effet. Zagu est mon meilleur garde et il me suit depuis sept ans. » Sur ces mots, Devon fit signe à l’homme d’approcher afin que Richard puisse l’examiner de près.
Richard se leva et fit plusieurs fois le tour de Zagu. Il lança même deux sorts de détection, tout en palpant à l’occasion le corps du barbare. Le visage de Zagu s’empourpra de colère, mais il se retint de réagir. Tous les présents remarquèrent son mécontentement, mais personne ne se soucia de la colère d’un esclave.
Richard ne s’en préoccupa pas davantage. Norland pratiquait lui aussi l’esclavage, et il avait en réalité une bonne raison d’agir ainsi. Il ne touchait pas le barbare par curiosité, mais profitait de l’occasion pour comprendre la structure de son corps, et surtout la disposition de ses os et de ses muscles.
Après cet examen minutieux, Richard comprit un peu mieux la race barbare. Il retourna à sa place et ferma les yeux, tandis que toutes sortes de données étaient analysées et classées dans son esprit. La silhouette d’un barbare adulte commença lentement à prendre forme dans sa conscience ; encore un peu floue, elle se préciserait à mesure qu’il rencontrerait d’autres membres de la race de Zagu.
Les barbares étaient naturellement doués d’une force immense, à l’instar des orcs. Combattants-nés, ils pouvaient aisément dépasser le niveau 10, mais leur progression devenait ensuite extrêmement difficile. Ils peinaient à entraîner leurs réserves d’énergie et, contrairement aux humains, étaient trop primitifs pour posséder des systèmes de compétences et des méthodes d’entraînement. Le garde du corps de Devon semblait très fort, mais sa marge de progression était réduite. Il plafonnerait au niveau 12 et avait également peu d’aptitudes pour les runes. Tout au plus pourrait-il en utiliser une élémentaire.
Bien qu’il n’eût qu’un niveau de plus que Zagu, Gangdor disposait d’une force immense grâce à sa rune d’éruption. Il avait aussi une puissante lignée et s’était soumis à un entraînement rigoureux au camp de la mort des Archeron. Son talent était tel qu’il pouvait vaincre sans peine six ou sept guerriers barbares de ce genre. La situation ne serait différente que si les barbares possédaient eux aussi des capacités de lignée et une grande aptitude aux runes.
Richard congédia l’homme d’un geste, puis demanda : « Zagu est effectivement un guerrier remarquable. Mais il reste un esclave. Comment vous assurez-vous de sa loyauté ?
— Zagu est un barbare de troisième génération. Les barbares de la tribu des Pics enneigés ont une qualité : leur foi en l’esprit de leurs ancêtres. S’ils jurent sur cet esprit ancestral, vous pouvez être certain qu’ils vous resteront loyaux. C’est pour cela que je vous les ai recommandés comme gardes, expliqua Devon avec un sourire. » Il haussa ensuite les épaules. « Cela dit, ils coûtent vraiment très cher. Un jeune guerrier prometteur peut dépasser les mille pièces d’or, et je ne vendrais pas un homme comme Zagu pour moins de mille cinq cents pièces.
Richard tambourina des doigts sur la table en réfléchissant, puis prit sa décision. Dans deux jours, il accompagnerait Devon pour visiter un camp d’esclaves.
À ce moment-là, Bivier, le marchand de minerais, intervint, les yeux écarquillés. « Monsieur Richard, j’ai entendu dire que vous étiez un mage respecté. Les mages ne cessent de nous surprendre. Avez-vous autre chose à proposer que des parchemins ? Si l’artefact est de qualité, l’or ne sera pas un problème.
Richard sourit et répondit : « Justement, j’ai ici un excellent artefact que je peux vous laisser examiner. C’est le fruit des recherches les plus récentes de mon maître, le sommet de ses réalisations en alchimie et en magie. »
Il fit signe à Olar. Le barde sortit un coffret magique et le posa délicatement sur la table. Tous ceux qui connaissaient le métier comprirent aussitôt que les seules pierres précieuses incrustées dans le coffret valaient plus de mille pièces. L’ouvrage était également d’une finesse remarquable, manifestement réalisé par des mains elfiques. Le coffret à lui seul pouvait se vendre mille deux cents pièces.
Le silence se fit dans la pièce, et chacun retint son souffle. Tous observaient avec attention l’artefact précieux qui allait sortir de ce coffret valant plus de mille pièces.