Chapitre 211
Inspiration
En repensant aux événements des deux derniers jours, ainsi qu’à tout ce qui s’était passé depuis son arrivée à Faelor, Richard sentit son sang bouillonner. L’inspiration née de sa conversation avec Flowsand refit surface, et se précisa à chaque instant. C’était comme une flammèche joueuse qui le tentait sans cesse sans jamais se laisser saisir.
Il ne chercha pas à la précipiter et s’arrêta plutôt pour réfléchir en silence. À cet instant, toutes les leçons de philosophie qu’il avait suivies à Deepblue lui revinrent en mémoire. « Votre façon de penser détermine tout ! » Les mots que presque chacun de ses professeurs avait criés avant de congédier la classe résonnèrent dans son esprit. Il se rendit compte qu’il réagissait passivement aux changements de son environnement et réfléchissait rarement à la voie qu’il voulait emprunter.
La quête de puissance n’était qu’un slogan creux. La vraie question était de savoir quels moyens il pouvait employer pour acquérir cette force, et jusqu’où il pouvait aller.
À première vue, les lois de Faelor et de Norland étaient assez semblables. Même si le plafond de puissance de Faelor était plus bas que celui de Norland, ce plan pouvait tout de même engendrer des êtres d’une puissance légendaire. Du moins, lui-même était loin d’être limité par ses lois.
Cependant, les nombreuses batailles avaient révélé plusieurs autres différences majeures entre les plans. Un ennemi qui semblait comparable à eux en apparence était facile à vaincre, et la plupart du temps, cela ne posait aucun problème. Outre Flowsand, lui-même, la génitrice, Waterflower, Gangdor et d’autres facteurs uniques, une autre différence flagrante entre les deux plans s’était déjà manifestée.
Les runes !
L’art de la gravure runique que Norland avait développé au fil des millénaires représentait l’aboutissement de l’emploi de la magie à des fins guerrières. Grâce à une seule rune, Gangdor pouvait tenir tête pendant un court moment à des adversaires de deux ou trois niveaux supérieurs au sien ; avec un ensemble complet de runes adapté à ses besoins, il pourrait même vaincre sans peine un Stormhammer de niveau 14.
N’importe quel chevalier runique ordinaire qu’il formerait grâce à ses connaissances pourrait rivaliser avec un membre de la classe des saints de Faelor. Les chevaliers de niveau 13 ou 14 pourraient atteindre le niveau 17, voire le niveau 18 pour certains. C’était comme si l’on pouvait faire surgir de nulle part une foule de puissants combattants. À nombre égal, Faelor pourrait peut-être résister à la puissance de Norland ; mais avec l’apparition des runes et d’armées comptant des milliers de chevaliers runiques, tous comparables à des membres de la classe des saints, la résistance de ce plan serait aisément brisée.
Quant à lui, son talent, son statut, ses ressources… Tout ce qui le rendait unique venait en grande partie des runes.
Ce n’est qu’alors que Richard comprit l’importance de ses cours de philosophie. Ils ne devaient pas lui indiquer une voie infaillible vers la réussite, mais lui enseigner une structure de pensée qui lui permettrait de s’élever.
Une fois la réponse trouvée, l’inspiration vint naturellement. L’étincelle qui flottait devant lui était désormais à sa portée ; il lui suffisait d’étendre la main pour la saisir. Il tendit donc le bras et l’attrapa, parvenant ainsi à comprendre.
Pourtant, même après avoir saisi l’inspiration, Richard refusa de la lâcher. Au contraire, il resserra sa prise et la caressa, tandis que la sensation de cette flamme s’effaçait de son esprit. Sous ses doigts, elle prenait une souplesse moelleuse.
À cet instant, la voix rauque de Flowsand résonna à ses oreilles : « Tu me pinces les fesses. »
« C’est impossible », dit Richard en ouvrant les yeux. Flowsand se tenait près de son lit. « Je suis en train de saisir l’inspiration. » Il ne la lâcha pas et la pinça même un peu plus fort à plusieurs reprises.
« Et maintenant ? demanda-t-elle. C’est toujours une erreur ? »
Il lui répondit avec un sourire en coin : « Maintenant ? Je te touche les fesses, évidemment ! »
Flowsand s’approcha du lit, lui permettant de la toucher plus facilement. Elle demanda aussi : « Tu veux que j’enlève mes vêtements ? Mais vu ton état, ça ne me semble pas très indiqué. »
Richard renifla, tendit le bras et lui donna une tape sur les fesses. Mais l’effort raviva la blessure à sa poitrine, et son visage pâlit sous la douleur. La supportant avec peine, Richard expira un souffle chargé : « Soigne-moi vite, je sais que tu as un moyen ! » De nouveaux chapitres paraissent d’abord sur NovelPing.
Flowsand retira le bandage qui entourait son corps tout en répondant : « Je viens de trouver un moyen, mais il ne réglera pas le problème à la source. La force d’ombre n’a rien de simple. Son origine est plus profonde que celle de n’importe quelle divinité de ce plan. »
La blessure de sa poitrine fut exposée à l’air, mais les trois entailles ne s’étaient pas refermées. Seul un onguent épais avait arrêté le saignement, et la force d’ombre y persistait également. Richard aperçut une vague obscurité au bord de son champ de vision.
Flowsand sortit une fiole remplie d’un liquide incolore. Pourtant, le mana qui s’en dégageait à profusion indiquait qu’il n’avait rien d’ordinaire. « Ça va faire un peu mal. Tiens bon. »
Richard acquiesça, sans trop s’inquiéter. Sa volonté était solide et il avait confiance en sa résistance à la douleur.
Flowsand inclina la fiole et versa le liquide sur la blessure de Richard. Au contact de la force d’ombre qui s’y attardait, il réagit comme s’il tombait dans une poêle brûlante. Il se mit aussitôt à bouillir et éclaboussa partout, libérant d’épais nuages de vapeur.
La douleur atroce fit perdre connaissance à Richard. Son corps bondit brusquement hors du lit avant de retomber. Ce n’était qu’un réflexe face à l’intensité de la souffrance. Il ouvrit aussi grand la bouche, tandis que son visage se déformait. Réussir à ne pas hurler était déjà le maximum qu’il pouvait faire, mais quelques grondements rauques lui échappèrent tout de même.
En quoi est-ce que ça pouvait bien être « un peu » ? C’était de la torture, tout simplement !
Et pourtant, l’eau bénite avait éliminé toute trace de force d’ombre dans la blessure. Des filaments noirs s’entremêlaient à la lumière sacrée et s’effaçaient à contrecœur dans la vapeur.
Flowsand se mit à incanter, et deux sorts de soins supérieurs s’abattirent sur Richard. Sous l’effet de la magie, sa blessure se referma à vue d’œil et serait complètement guérie d’ici deux ou trois jours.
Flowsand poursuivit ses incantations. Cette fois, le sort prit trois à quatre fois plus de temps qu’un soin supérieur, et consomma tout autant de mana. Un rayon de lumière divine se posa sur Richard, et la douleur cuisante s’évanouit aussitôt. C’était Restauration, un sort de grade 5. Les soins supérieurs n’agissaient que sur les blessures superficielles ; ils ne pouvaient réparer ni les os ni les lésions internes. C’était là qu’intervenait Restauration. La panthère cauchemardesque avait transpercé la poitrine de Richard et lui avait laissé une rangée d’entailles sur les côtes. Sans Restauration, il lui aurait fallu jusqu’à trois mois pour se rétablir.