Chapitre 204
Faveur (2)
À l’idée de voir enfin se réaliser un souhait vieux de plusieurs années, même le puissant Stormhammer eut du mal à se contenir. En entendant les conditions de Richard, il s’empressa d’expliquer : « Dans la forêt de pierre à l’ouest du Camp Bloodstone vit une bête redoutable appelée l’Ombre fugace. C’est un loup démoniaque mutant, si puissant que mes deux fils les plus forts ont péri l’un après l’autre sous ses coups. Même moi, je ne peux que rivaliser avec lui, sans parvenir à le tuer. Il me faut davantage de puissance pour l’exterminer ! Je suis encore dans la force de l’âge, mais dans quelques années, mes forces commenceront à décliner. Si je ne le tue pas maintenant, je n’en aurai jamais l’occasion !
Richard désigna les guerriers demi-orques de part et d’autre de l’homme. « Vous avez tant de guerriers ici. Pourquoi ne pas emmener une armée avec vous ?
Stormhammer poussa un soupir. « L’Ombre fugace est extrêmement rusée, aussi intelligente qu’un être humain. Elle acceptera de m’affronter seul, mais si j’emmène nos guerriers, elle se cache. Même les aventuriers les plus expérimentés, pourtant experts en pistage, ne parviennent pas à la retrouver.
« De plus, le terrain de la forêt de pierre lui est particulièrement favorable au combat. Elle apparaît quand on s’y attend le moins et lance une attaque surprise. Aucun de mes guerriers d’élite ne peut résister à un seul de ses coups portés à pleine puissance. Que nous agissions seuls ou que nous recevions l’aide d’étrangers, personne ne peut s’en débarrasser. Elle considère simplement l’endroit comme son territoire et vient chasser au camp en hiver ou pendant les périodes de sécheresse. »
Richard en resta interdit. Les guerriers d’élite du Camp Bloodstone étaient du même niveau que ses propres troupes : dixième niveau. Bien sûr, en combat réel, la situation était tout autre : l’entraînement et la stratégie hérités de Norland leur donnaient deux niveaux d’avance sur ceux des plans secondaires. Les membres de l’équipe de Richard savaient se compléter ; tous étaient des professionnels, vaillants et d’une force extraordinaire. Ils pouvaient affronter deux orques de Bloodstone de même niveau et l’emporter. Cependant, les deux camps ne différaient guère en force physique. Si l’Ombre fugace pouvait terrasser d’un seul coup un guerrier d’élite du Camp Bloodstone, il en irait de même pour ses hommes.
Il réfléchit un instant, puis prit la parole : « S’il s’agit seulement d’accroître votre puissance pour vous hisser au niveau d’un guerrier de niveau 15, et que l’effet ne doit s’activer qu’au combat, je pourrais peut-être vous aider.
Les yeux de Stormhammer s’illuminèrent. « Même si c’est temporaire, ça me va ! Du moment que ça dure dix… non, cinq minutes suffiront ! De quoi avez-vous besoin, monsieur Richard ? Pas seulement des matériaux qu’il vous faut, je peux vous donner n’importe quoi ! Pour cet accord… qu’attendez-vous de moi ?!
Richard s’adossa à sa chaise, l’air parfaitement détendu. « J’ai besoin de beaucoup de choses. D’un grand nombre de guerriers, d’esclaves, de chevaux et d’équipement de base. Il me faut aussi des matériaux magiques, des minerais rares et d’autres matériaux exclusifs des plaines ancestrales des esprits barbares. J’ai également besoin d’une carte des Terres ensanglantées indiquant la répartition des forces ; plus elle sera détaillée, mieux ce sera. C’est pour tout cela que je suis venu dans les Terres ensanglantées. Que pouvez-vous me fournir en échange ?
Stormhammer y réfléchit un instant, puis déclara : « Nous avons quelques matériaux magiques, ainsi que du minerai. Nous les avons laissés de côté, car aucun de nous ne savait comment les utiliser ; vous pourrez donc choisir ce qui vous intéresse. Pour les guerriers, je peux vous en prêter vingt, tous puissants. Je ne possède qu’une carte détaillée des environs de Bloodstone ; celle des régions plus éloignées est moins précise. Mais avant tout, pourrais-je savoir comment vous comptez accroître ma puissance ? S’agit-il d’une armure magique ou d’un puissant parchemin ?
« Je n’ai pas d’armure sur moi, et je n’ai pas d’enchanteur non plus. Quant aux parchemins, celui qui peut vous faire gagner un niveau entier doit être au moins de sixième rang, et je n’en ai pas davantage. Même si j’en avais un, vous ne pourriez pas vous en servir. Ce n’est rien de tout cela.
« En réalité, j’ai une option encore meilleure pour vous. Gangdor ! » Richard fit signe au colosse.
Gangdor s’avança de quelques pas et s’arrêta près de la table. « Que puis-je faire, patron ?
« Mesurez votre force à celle du respectable Stormhammer, là-bas. Profitez-en pour essayer votre nouvelle rune », lui ordonna Richard en lui adressant discrètement un regard lourd de sens.
Gangdor acquiesça et déchira sa chemise, révélant les motifs magiques qui couvraient sa poitrine droite et son épaule. Il marcha à grands pas vers Stormhammer et lui tendit la main droite. Celui-ci examina avec gravité l’homme qui lui faisait face, évaluant secrètement son niveau, puis se leva à son tour et se mit en position. Il saisit la main de Gangdor sans le moindre effort.
Gangdor poussa un rugissement et commença à déployer sa force. Pourtant, le corps de Stormhammer ne trembla qu’un peu avant de se stabiliser. Les orques étaient naturellement doués pour la force, et Stormhammer était déjà de niveau 14. Gangdor, lui, équivalait à un guerrier humain de niveau 13, mais il ne parvint pas à faire bouger le demi-orque d’un pouce au bras de fer. Après tout, ce dernier était assez fort pour surpasser même un guerrier humain de niveau 15.
Stormhammer n’en fut pas moins stupéfait par la force de Gangdor. Il avait déjà compris que celui-ci n’était que de niveau 10.
Après plusieurs tentatives qui échouèrent complètement, Gangdor rugit soudain. La rune sur son corps s’illumina, et des rayons éclatants jaillirent de la formation magique. Une immense vague d’énergie déferla, dépassant rapidement la résistance de Stormhammer. Le demi-orque chancela en arrière et rugit à son tour. Son corps rougit tandis qu’il mobilisait toute sa puissance ; ce ne fut qu’alors qu’il parvint à résister, non sans peine, à la force du colosse.
« Ça suffit ! » appela Richard pour interrompre les deux hommes, puis désigna la rune sur le corps de Gangdor. « Cela s’appelle une rune. C’est une technique que seule ma famille connaît. Maintenant, parlons de son prix.
Stormhammer acquiesça, stupéfait par la formation. Il avait senti très clairement la force formidable qu’elle avait libérée : combinée à celle de Gangdor, elle avait engendré une puissance déchaînée à laquelle il était presque impossible de résister. S’il pouvait disposer d’une telle puissance… Le regard du chef demi-orque s’embrasa d’impatience, et il se vit presque déjà affronter de nouveau ce loup.
Il conduisit Richard à son entrepôt et y entassa toutes les précieuses ressources qu’il avait amassées au fil des ans, afin que le mage puisse faire son choix.
À la vue d’une boîte contenant vingt cristaux magiques, les paupières de Richard tressaillirent plusieurs fois malgré lui. Mais lorsqu’il aperçut ensuite un minerai jaune-vert incrusté de minuscules cristaux, il s’immobilisa. C’était du jauneacier cristallin, et il y en avait au moins un kilogramme !
Au moment où il se penchait pour ramasser le jauneacier cristallin au sol, un autre matériau dégringola du tas. Il ressemblait à un morceau d’ambre ordinaire, mais son intérieur était parcouru de motifs veinés. Richard prit dans sa main le morceau d’ambre gros comme le poing et sentit une légère odeur végétale. Ses doigts tremblèrent un peu quand il reconnut la matière : de l’ambre d’érable !