Chapitre 203
Faveur
Richard leva de nouveau la peau pour l’examiner de près, puis la reposa avec précaution à terre. « J’ai une idée, mais il me faut encore un peu d’inspiration pour concevoir une rune que je puisse appeler mienne. Cette rune est chargée de souvenirs qui la rendent précieuse, mais je vais la donner à Gangdor. »
« D’accord. Et maintenant, que fait-on, puisque Mark a été éliminé ? demanda Flowsand. On prend le contrôle de ses terres ou on discute avec les autres puissances locales ? »
« Rien ne presse, attendons. Stormhammer nous cherchera », répondit Richard en rangeant soigneusement la rune et en disposant ses outils pour façonner un logement.
« Pourquoi Stormhammer ? Pourquoi pas quelqu’un d’autre ? » insista Flowsand.
« Parce que c’est lui le chef. » Richard ne se laissa pas distraire par la conversation. Ses deux mains continuaient à façonner le logement avec précision et fluidité.
« Tu comptes parler d’une alliance ? »
« Pas nécessairement. On pourrait simplement trouver un compromis, ou tâter le terrain. Nous sommes des étrangers ; si nous voulons nous tailler une place ici, nous devons voir à quoi ressemble le chef des orcs de Bloodstone. »
« Pourquoi ne pas simplement exterminer les orcs de Bloodstone et prendre le camp pour nous ? » suggéra Flowsand, avec une soif de meurtre.
Richard éclata d’un rire incontrôlable et lui donna une tape sur la tête. « Pourquoi voudrions-nous nous emparer d’un endroit aussi minable ? Pour ces quelques sources ? Stormhammer est un guerrier de niveau 14, à la tête de plus d’une centaine de soldats demi-orcs de niveau 7 ou 8. S’il avait le bon équipement ou une capacité de lignée, même en l’attaquant par surprise, nous perdrions plus de la moitié de nos troupes. Qui veux-tu voir mourir en premier ? » Ce chapitre a été repris sur nоvelping.com sans autorisation.
« Moi. » Les paroles de Flowsand lui inspiraient toujours à la fois de l’amour et de l’agacement.
Richard serra les dents et l’attrapa par le col. Mais elle, au lieu de résister, bomba la poitrine et profita de l’occasion pour onduler des hanches, laissant sa robe s’entrouvrir. Elle semblait avoir dit vrai : tant qu’ils n’étaient pas certains de pouvoir rentrer, elle coopérerait pleinement. Pourtant, ses gestes étaient plus qu’il ne pouvait en supporter. Était-ce une forme de rébellion ?
Cette pensée le troubla au point qu’il eut du mal à se maîtriser. Il lui fallut un moment pour retrouver son calme. Il chassa la prêtresse, puis se remit à son ouvrage. Gangdor était grand et robuste ; les logements n’exigeaient donc pas beaucoup de travail. Environ deux heures plus tard, il avait enfin terminé.
À cet instant, Olar entra dans la chambre de Richard. La nouvelle qu’il apportait n’avait rien de surprenant, mais elle était arrivée plus vite qu’il ne l’avait prévu. Des orcs de Bloodstone étaient venus à leur auberge inviter Richard à déjeuner le lendemain à midi, en présence de Stormhammer.
« Quelle étiquette, pour une bande de demi-orcs ! » Le poète elfe ne manqua pas d’ajouter sa propre raillerie après son compte rendu, méprisant ces créatures qui essayaient de se donner des airs de noblesse sans même jamais se laver.
……
La rencontre avec le chef le plus puissant de Camp Bloodstone se tint au château central. Contrairement aux autres orcs de Bloodstone, Stormhammer avait davantage l’air humain qu’orc. Il faisait près d’une demi-tête de moins que les guerriers moyens de sa tribu, mais ses muscles, denses et durs comme le fer, ne passaient pas inaperçus. Son crâne était presque chauve, à l’exception de trois tresses noires et blanches, et son apparence lui donnait plus de cinquante ans.
Pourtant, les conditions éprouvantes des Terres ensanglantées faisaient seulement paraître leurs habitants plus âgés qu’ils ne l’étaient. Stormhammer pouvait très bien n’avoir que le début de la quarantaine.
Les deux hommes auraient pu passer pour de véritables nobles déjeunant ensemble, chacun assis à un bout d’une longue table. Mais là s’arrêtait la ressemblance. Sur la table, il n’y avait que de la viande grillée et des alcools forts. Dans les Terres ensanglantées, on considérait cela comme un festin ; pourtant, même un chevalier titré des royaumes humains aurait pu offrir un banquet infiniment plus fastueux.
Richard conserva néanmoins des manières irréprochables, dignes des réceptions des plus grands nobles. Plus incroyable encore, il semblait calme et joyeux, nullement gêné par l’assiette ébréchée, la table trouée ou le verre à vin mal lavé. Il se prit entièrement au jeu, comme s’il s’agissait d’un véritable banquet somptueux. Recevez plus rapidement les nouveautés sur novelping(.)com.
Pourtant, toute cette attitude n’était qu’une façade. Du coin de l’œil, il surveillait déjà le demi-orc assis à l’autre bout de la table, prêt à parer à toute éventualité. Depuis le début, Stormhammer dégageait un puissant sentiment de danger. S’il négligeait sa propre sécurité pour attaquer Richard, ses chevaliers n’auraient pas le temps de le sauver.
Ils avaient atteint la moitié du repas lorsque l’homme demanda enfin : « Monsieur Richard… Vous êtes vous-même mage, mais vous avez aussi un autre mage dans votre groupe ? »
« C’est exact », confirma Richard d’un signe de tête.
Le visage du demi-orc se troubla, mais il réprima vite son émotion et poursuivit : « J’ai entendu dire que les grands mages étaient doués pour fabriquer des objets magiques. »
« Je ne suis pas un grand mage, répondit Richard avec un sourire, mais j’en approche. Pour répondre à votre question, le domaine de la magie est très vaste, et aucun mage n’est assez compétent pour maîtriser toutes ses formes. Si vous voulez des accessoires magiques, c’est le travail des alchimistes. Si vous voulez améliorer un objet que vous possédez déjà, c’est du ressort d’un enchanteur. Même en se limitant aux grandes lignes, la magie compte plus de dix branches principales. »
Stormhammer fut surpris : il ne s’était pas attendu à ce que la magie recouvre autant de domaines différents et complexes. Les demi-orcs n’avaient aucun héritage traditionnel dans ce domaine, et leurs maigres connaissances leur venaient de voyageurs de passage. Il avait toujours cru que n’importe quel mage pouvait fabriquer de l’équipement magique.
Il s’interrompit un instant pour observer le sourire gracieux du jeune mage assis en face de lui, puis décida d’aller droit au but. « J’ai quarante et un ans cette année, et il m’est devenu difficile d’accroître ma puissance par l’entraînement. Il me faut un objet magique, quel qu’il soit, qui me mette au niveau d’un guerrier de niveau 15. Pouvez-vous m’aider ? »
Richard réfléchit un moment avant de répondre : « Ce n’est pas impossible, mais il faudrait beaucoup de matériaux. En outre, cela pourrait prendre beaucoup de temps… » Il s’interrompit en voyant Stormhammer balayer d’un geste la question des matériaux. Cela ne poserait pas problème. « J’aimerais aussi savoir quel aspect de vos capacités vous souhaitez renforcer. C’est essentiel : cela me permettra d’adapter l’objet à vos besoins. »
Dès que Richard avait évoqué les ressources nécessaires, les yeux de Stormhammer s’étaient illuminés d’une joie impossible à dissimuler. Dans les Terres ensanglantées, une proposition aux enjeux élevés était le signe qu’un partenariat fructueux était possible. Il ne craignait pas du tout de se faire duper : les mages de ce monde jouissaient d’une excellente réputation. Tout mage puissant prenait les promesses et la confiance plus au sérieux que sa propre vie. De plus, il disposait lui-même d’un net avantage en matière de force, ce qui constituerait le socle d’un partenariat réussi.