Chapitre 196
Pari
À cet instant précis, une cloche retentit dans l’arène. Un présentateur à la voix tonitruante fit son apparition : un nain plein d’énergie, à la barbe rouge flamboyante. Deux femmes nues le suivaient, le corps enduit d’huile scintillante de la tête aux pieds, comme des joyaux baignés de rosée. Elles défilèrent en prenant toutes sortes de poses, tandis que le nain poussait des cris emphatiques.
Au même moment, plus de dix personnes se mirent à faire le tour de l’arène pour recueillir les paris. De jeunes femmes de diverses origines gagnèrent leurs postes dans les différents compartiments du deuxième niveau. Outre les services de base, comme la nourriture et les boissons, elles en proposaient d’autres, plus particuliers. Quand les combats atteignaient leur paroxysme sanglant, par exemple, certains invités perdaient à ce point la tête qu’ils plaquaient ces femmes au sol pour les prendre sur place.
L’arène, à ciel ouvert, mesurait une vingtaine de mètres de diamètre. Elle était creusée à moins d’un mètre de profondeur et entourée de murets d’environ un demi-mètre de haut. Cette protection sommaire faisait pourtant partie de ses attraits : lors des combats les plus acharnés, il arrivait que le public installé tout près de l’arène soit éclaboussé par accident.
Les compartiments du deuxième niveau étaient déjà tous occupés. Bowen, Chiron, Mark et Howie se trouvaient chacun dans le leur ; Stormhammer était le seul à manquer à l’appel. Richard en profita pour observer un peu plus longtemps la Faux sanglante.
L’homme était colossal, doté de muscles aussi solides que l’acier et d’une épaisse toison noire qui lui couvrait la poitrine. Sa chemise laissait celle-ci à découvert, comme s’il voulait exhiber une médaille. Il semblait d’ascendance barbare, voire orque. Un seul compartiment séparait Mark de Richard, et le premier fusillait le second du regard depuis le début. Richard ne s’était tourné vers lui qu’après avoir échangé avec Bowen.
À l’inverse de Mark, qui avait l’air si menaçant qu’il semblait prêt à bondir à tout moment pour tuer quelqu’un, Richard restait calme et maître de lui. Du coin de l’œil, il surveillait ce futur adversaire sans laisser échapper le moindre détail. Que Mark le foudroie du regard, rugisse ou fasse des gestes obscènes, Richard continuait simplement de l’observer, sans rien faire d’autre. Plus les gestes de l’homme se faisaient élaborés, plus sa vision numérique lui fournissait de détails.
La Faux sanglante finit par ne plus supporter le regard impassible de Richard. Il jura entre ses dents, puis reporta les yeux sur l’arène. Aussi débridé et fou fût-il, il n’allait pas troubler ouvertement l’ordre en s’en prenant à l’étranger dans les gradins. Ce serait défier Stormhammer, l’homme le plus puissant du camp. Bien sûr, il en aurait été autrement si l’étranger l’avait provoqué le premier, mais, malheureusement pour lui, ce n’était pas le cas.
Les combats avaient déjà commencé : quatre esclaves humains affrontaient un ours terrible affamé. La bataille tourna rapidement au carnage lorsque l’ours enfonça ses griffes dans la poitrine d’un guerrier et lui lacéra le corps de haut en bas. Un instant plus tard, la bête sauvage avait plaqué les autres au sol et les dévorait à belles dents sous les yeux de la foule. Recevez plus vite les nouvelles mises à jour sur novelping . com.
Le sang coulait, les organes éclataient. Ce spectacle sanglant ne fit qu’échauffer davantage la foule, dont les acclamations redoublèrent. Les spectateurs étaient si survoltés qu’ils ne savaient comment évacuer leur adrénaline ; à force de se bousculer, ils poussèrent par accident un malheureux par-dessus le muret, jusque dans l’arène. L’ours le repéra aussitôt, bondit sur lui au milieu de ses cris désespérés et lui arracha la moitié du crâne d’un seul coup de patte. Le public ne broncha même pas et continua de se bousculer, emporté par une nouvelle clameur.
Les combats se succédèrent. Après quelques manches, des guerriers appartenant à différentes factions commencèrent à participer, et deux des chefs allèrent jusqu’à opposer directement leurs hommes. À en juger par les affrontements, Bowen et Chiron semblaient être en désaccord, tandis que Howie avait un sérieux différend avec Stormhammer. Les orques de Bloodstone perdirent, mais leur force marqua les esprits.
Mark, lui, ne semblait en bons termes avec personne.
Lorsqu’un homme à la peau sombre travaillant pour la Faux sanglante entra dans l’arène, Richard fit signe à la serveuse et posa une pièce d’or sur le plateau qu’elle tenait. Il désigna le combattant à la peau sombre. « Je parie qu’il perdra cette manche. »
L’étranger qui avait directement accédé au deuxième niveau attirait déjà l’attention, mais l’éclat de la pièce d’or ne fit que l’accentuer. L’adversaire n’était même pas encore dans l’arène que Richard pariait déjà sur la défaite du combattant. Il était évident qu’il visait quelqu’un en particulier ; aussitôt, l’arène s’agita et les discussions s’enflammèrent.
Mark lança un regard meurtrier à Richard. Il se montra toutefois moins bavard qu’auparavant et ne dit rien.
Le combat fut vite terminé : le guerrier à la peau sombre l’emporta sans difficulté. Richard avait déjà compris qu’il était guerrier de niveau 10, doué d’une force innée, tandis que son adversaire n’était que de niveau 8 et n’avait rien de particulier. Sa victoire ne faisait aucun doute.
Mark foudroya Richard du regard, puis poussa un rugissement triomphant. Il saisit une serveuse et la tira vers lui, la plaquant contre la balustrade. Il lui arracha brutalement sa jupe, la pénétra de force et se mit à la besogner avec vigueur.
Richard sourit un instant, puis fit signe à la serveuse de revenir. Il désigna une nouvelle fois l’homme à la peau sombre. « Je parie qu’il perdra la prochaine manche. » Ce chapitre a été repris sur novelping(.)com sans autorisation.
Dix pièces d’or sautèrent dans le plateau. Cette fois, elles ne captèrent pas seulement l’attention de la foule : Mark s’arrêta net en plein élan et oublia un instant ce qu’il était en train de faire.
Il revint pourtant aussitôt à lui et comprit ce qui se passait. L’humiliation, immense et immédiate, balaya toute raison. Il repoussa la jeune femme et désigna Richard du doigt. « Je veux parier contre toi ! Tu oses faire combattre quelqu’un contre mon Faucheur noir ? Je mise autant que toi ! »
Richard esquissa un sourire réservé. À cet instant, son expression reflétait celle d’un authentique aristocrate : une grâce parfaite, relevée d’une légère arrogance de chef qui n’avait rien de déplaisant. « Voilà une belle preuve de courage ! Je croyais que tu miserais plusieurs fois plus que moi, mais il s’avère que tu proposes seulement du un contre un. »
Mark rougit aussitôt, puis vira au violet l’instant d’après. Il avait déjà resserré les doigts autour des faucilles courtes qui avaient fait sa renommée, et le silence tomba dans l’arène.
Richard resta assis sans bouger, comme si la réaction de Mark ne l’atteignait pas. De ses mains délicates, d’une blancheur éclatante, il sortit une bourse et en vida le contenu sur le plateau, où se forma un petit tas.
« Ça devrait suffire pour l’instant. Je ne voudrais pas que ce brave homme perde son pantalon contre moi. On dirait qu’il ne l’a pas lavé depuis une éternité », dit-il d’un ton léger. Sa voix claire et lumineuse porta jusqu’aux moindres recoins de l’arène, et d’innombrables regards se tournèrent vers le bas du corps de Mark. Les revers à répétition avaient réduit son membre à sa plus petite taille, au point qu’il en devenait pitoyable à voir.
L’instant suivant, un rire tonitruant couvrit tout le reste.