Chapitre 195
Ribaud (2)
Ces gens n’étaient qu’une meute de chiens enragés. Même avec un dragon devant eux, ils se seraient jetés en avant pour essayer de le mordre une ou deux fois.
Un homme âgé fit deux pas en avant, tapotant la massue hérissée de pointes et maculée de sang qu’il tenait à la main. D’un ton menaçant, il lança : « Hé, gamin, il n’y a rien d’intéressant à voir ici ! »
Richard plissa légèrement les yeux, désigna deux hommes et dit d’un ton léger : « Je déteste ces regards. Et ce vieux bougre a clairement vécu trop longtemps. »
À peine avait-il fini de parler que Waterflower apparut en un éclair devant le premier. Elle lui enfonça deux doigts dans les yeux et les lui arracha sans pitié. Au même instant, le sol trembla : Moyenne Saignante s’élança à grandes enjambées, son marteau tournoyant autour de lui. Un sourd fracas retentit : il venait d’écraser contre le mur le vieil homme qui brandissait sa massue, le réduisant à une masse de chair et de sang à peine reconnaissable.
À la vue du carnage, la peur se dessina enfin sur le visage des trois autres hommes. Ils se retournèrent pour fuir, mais une corde d’arc vibra trois fois de suite. Olar avait obéi au signe de Richard et leur avait décoché une flèche dans le dos. Les trois hommes furent fauchés et s’effondrèrent aussitôt.
Quelques pauvres gens des environs se redressèrent lentement. À en juger par leur apparence, ils vivaient dans les masures voisines. Ils n’avaient pas prêté attention à la violence qui venait de se dérouler, mais la férocité de ces étrangers semblait enfin avoir éveillé quelque chose en eux.
Un vieil homme aux cheveux grisonnants fixa Richard et déclara lentement : « Vous êtes redoutablement puissant, messire, mais vous ne devriez pas abuser de votre force. »
Un autre, robuste et d’âge mûr, prit la parole d’un ton sombre : « Ce territoire appartient à Bowen, et nous sommes ses subordonnés. On ne se moque pas de lui ! » Il croisa les bras sur sa poitrine et serra les poings, faisant craquer ses doigts.
Richard ne répondit pas. Il se contenta de désigner l’homme. Gangdor bondit vers lui et lui asséna un coup brutal au visage. Son poing, pareil à un marteau, déforma les traits de l’homme ; du sang et des dents jaillirent de sa bouche tandis que le colosse était projeté contre le mur. Il s’effondra dans une masure sombre et humide, et plus aucun son ne s’éleva de l’intérieur.
Gangdor conserva sa posture de combat et adressa à tous ceux qui se trouvaient là un sourire dévoilant ses dents d’un blanc éclatant. Puis il ramena peu à peu ses poings et rejoignit les troupes de Richard.
Le regard perçant de Richard se posa sur le vieil homme. Son intensité lui causa une douleur fulgurante qui le força à reculer de deux pas. Alors seulement, Richard prit la parole d’un ton détaché : « La force sert à arracher les yeux des chiens enragés qui vous fixent. Si un autre bâtard veut encore mordre, je les tuerai tous. »
Richard regarda une nouvelle fois l’homme et poursuivit : « À mes yeux, vous n’êtes tous que des chiens enragés. Les seuls humains, ce sont ceux qui se cachent dans leurs masures. » Visitez novelрing.com pour lire le chapitre complet.
« Quant à Bowen le Boiteux… » Richard jeta un regard à l’homme d’âge mûr qui avait atterri dans la masure. « Il ne faut certes pas le provoquer, mais moi, il faut encore moins me chercher.
« Quelqu’un a encore quelque chose à dire ? » Le regard de Richard balaya tout le bidonville. Cette fois, tout le monde détourna instinctivement les yeux, sans avoir le courage de faire le moindre commentaire.
Une fois dans l’enceinte du Camp Bloodstone, Richard choisit une auberge convenable pour s’y installer. Elle se trouvait sous la juridiction de Stormhammer. La région était nettement plus sûre que les autres. Le camp avait été bâti par des demi-orcs, qui pouvaient donc y maintenir fermement l’ordre dans la plupart des circonstances. Les prix étaient, en conséquence, particulièrement élevés. Vingt pièces d’or de l’Église ne suffirent à loger Richard et ses compagnons que pour vingt jours.
Le Camp Bloodstone comptait des auberges, des casernes, des casinos, des tavernes et d’autres établissements. On y trouvait également plus de dix camps d’esclaves et une arène pouvant accueillir plusieurs centaines de spectateurs. C’était le principal divertissement du camp, ainsi que la plus grande source de richesse de Stormhammer.
L’arène était ouverte à leur arrivée. Après le dîner, Richard emmena donc tout le monde assister à un combat. Des esclaves et des combattants d’origines diverses s’y affrontaient, et les puissants en profitaient pour régler leurs différends en secret. Richard voulait s’y rendre afin d’évaluer la puissance des combattants de Bloodstone.
Pour deux pièces d’or, il réserva une loge au deuxième étage, parmi d’autres tribunes du même genre. Lorsqu’il prit place, l’arène était presque pleine. Tous les spectateurs étaient debout, serrés les uns contre les autres. Le vacarme menaçait presque d’arracher le toit, tandis que l’atmosphère lourde atteignait son paroxysme. Étrangement, ce mélange d’hormones, d’adrénaline et de sang dans l’air attisait peu à peu, sans relâche, la soif de sang de la foule.
Clang ! Clang ! Deux grands chocs retentirent dans la loge à la gauche de Richard et attirèrent son attention. Un homme petit mais robuste jeta ses béquilles contre la rambarde. S’aidant des mains pour déplacer son corps, il se hissa dans un large fauteuil confortable, puis poussa un soupir de satisfaction. Ses béquilles étaient solides, entièrement faites de métal, semblait-il. Une rangée de gardes baraqués se tenait derrière lui ; ils n’avaient manifestement rien de faibles.
L’homme tourna la tête et adressa un sourire éclatant à Richard avant de se présenter : « Je suis Bowen, mais ici, tout le monde m’appelle Bowen le Boiteux. »
« Richard. Richard Archeron. »
Bowen continua de sourire et demanda : « Ah, monsieur Richard. D’où venez-vous, si je puis me permettre ? Si je ne me trompe, vous êtes un noble de haut rang. »
Richard répondit avec indifférence : « Ma famille appartient bien à la noblesse, mais je sais que mon titre ne me sert à rien dans cette contrée. Je n’ai pas non plus l’intention de m’en prévaloir pour obtenir quoi que ce soit. Mon épée m’apportera ce que je veux. »
« Bien dit ! » approuva Bowen. « Dans cette maudite terre rouge, il faut se battre à coups de poing et d’épée pour faire entendre sa voix. Les nobles qui arrivent ici en pensant le contraire finissent pour la plupart par devenir la cible de brigands ou de créatures étrangères. Mais vos gardes ont l’air très puissants. »
« Ils n’en ont pas seulement l’air. Cet après-midi, ils ont même mis leurs capacités à l’épreuve et éliminé quelques chiens enragés », rectifia Richard avec un sourire.
« Vraiment ? Quelle coïncidence ! J’ai moi aussi perdu quelques chiens ! » répondit Bowen en riant. Une lueur féroce passa alors dans ses yeux, et il ajouta d’un ton lourd de sous-entendus : « Monsieur Richard pourrait-il m’expliquer cette coïncidence ? »
« Une explication ? » Richard tourna enfin la tête et plongea sans ciller son regard dans celui de Bowen. « Vous avez envoyé quelques chiens enragés pour mettre ma force et mes capacités à l’épreuve, et je les ai taillés en pièces. Cela devrait vous suffire pour comprendre que je suis plus puissant que vous. Qu’y a-t-il donc à expliquer ? Ne me dites pas que vous êtes assez stupide pour vouloir m’attaquer. Essayez donc, et vous ne vous en tirerez pas avec quelques dents cassées. Les hyènes n’auront peut-être même pas l’occasion de grignoter vos os. »
Bowen se rembrunit légèrement, puis éclata d’un grand rire. « Monsieur Richard manque singulièrement de tact ! Ce n’est pas vraiment la conduite d’un noble respectable. »
Richard répliqua : « Vous prétendez donc savoir ce que signifie le mot tact, après avoir vécu si longtemps dans les Terres ensanglantées ? »
Bowen le fixa, interdit, et réfléchit un instant avant de hocher la tête. « On dirait que monsieur Richard passera un séjour agréable ici, contrairement à moi. Ces pauvres gens des bidonvilles dépendent de moi pour vivre. Mais je n’ai perdu que quelques chiens. J’ai entendu dire que Faux sanglante Mark avait perdu plusieurs de ses animaux familiers. L’un d’eux a même été emmené, je crois. Il doit déjà être furieux. Vous êtes un étranger, alors prenez garde. »
Richard hocha la tête et répondit avec indifférence : « S’il est assez intelligent, il saura ce qu’il doit faire et ce qu’il doit éviter. »
« Mark ne m’a jamais paru très sage », poursuivit Bowen, cherchant à le sonder.
Richard s’étira légèrement et s’adossa davantage à son fauteuil. Une fois confortablement installé, il dit lentement, en détachant ses mots : « On dit que les imbéciles meurent jeunes. »