Chapitre 159
Bêtes de combat
Marvin partit seul dans la nuit du troisième jour et quitta la base. Profitant de l’obscurité, il se hâta vers le territoire de sir Kocat.
Kocat était le père de Marvin, ainsi que le beau-frère du baron Forza. Bien qu’il n’eût jamais dépassé le niveau 9, même au sommet de sa jeunesse, ses origines et son mariage lui avaient assuré son titre de chevalier. En vérité, Kocat comptait davantage pour le baron que Hubert et Kojo, et seul Menta le surpassait de peu.
Ce plan était en proie à des luttes de pouvoir chaotiques. Même si les guerres y étaient moins fréquentes et moins vastes que sur Norland, elles n’en demeuraient pas moins monnaie courante. Les puissants trouvaient quantité de prétextes pour se faire la guerre ; bon sang, il leur arrivait même de se battre parce que les chevaux de quelqu’un avaient piétiné des récoltes ! Ici, nul besoin de logique : une broutille suffisait pour déclencher une guerre.
Bien sûr, ces guerres avaient de véritables causes, la principale étant qu’un camp convoitait les possessions d’un autre. Il pouvait s’agir de terres, de mines, de spécialités locales, voire de routes commerciales. Quant aux imbéciles qui se battaient pour s’emparer des filles ou des épouses de leurs ennemis, ils avaient depuis longtemps disparu.
Menta était un combattant et un commandant redoutable, qu’on ne pouvait ignorer, et Kocat le savait bien. Pragmatique de nature, il avait toujours su analyser la situation et comprenait que son seul mariage ne suffirait pas à lui assurer le contrôle total de ses terres.
C’était précisément pour cette raison que Marvin avait décidé d’aller trouver Kocat. S’il voulait le convaincre de se ranger du côté des envahisseurs et de les aider, au moins dans l’ombre, Richard était persuadé qu’il y parviendrait. Après tout, son fils unique était devenu un prêtre déchu, l’ennemi juré du Dieu de la Vaillance.
Marvin avait une raison de croire qu’il pourrait convaincre son père : Flowsand était en mesure de lui ouvrir la voie de la foi. Le dieu des envahisseurs était si puissant que ses fidèles pouvaient pénétrer dans leur plan. Si les habitants d’un plan mettaient tout en œuvre pour éliminer les envahisseurs, c’était avant tout parce que leurs dieux avaient pris clairement position contre eux. Aussi puissants que fussent ces intrus, les dieux pouvaient au moins les repousser, pour peu qu’ils acceptent d’en payer le prix.
Mais ces envahisseurs-là étaient différents. Bien qu’ils fussent bien plus faibles que leurs prédécesseurs, ils pouvaient apporter la foi ! Les divinités locales perdaient ainsi l’avantage qu’elles détenaient sur ce plan, et la situation pouvait même s’inverser. Marvin l’avait bien compris à la lumière de son expérience.
Après le départ de Marvin, Richard continua d’étudier la carte du duché, cherchant un point d’attaque. À la suite des récents interrogatoires, de nombreuses annotations y avaient été ajoutées, lui apportant quantité d’informations.
Tandis qu’il poursuivait ses réflexions, une idée soudaine traversa l’esprit de Richard. Il leva la tête et regarda la forêt sombre et lugubre, au-dehors. Il venait d’apprendre que la mère de couvain avait atteint sa maturité et était passée au niveau 1. Il devait se rendre auprès d’elle sans tarder pour décider de son évolution. Suivez les derniers chapitres sur novelping(.)com.
Il interrompit aussitôt son travail, enfila un manteau et quitta sa maison. La mère de couvain se trouvait à quelques kilomètres de là ; il ne lui faudrait qu’une trentaine de minutes pour la rejoindre.
Pourtant, à peine eut-il quitté la base que deux drones ouvriers géants, longs de plus d’un mètre, fondirent sur lui, le faisant sursauter. Même en plein jour, ces créatures énormes auraient effrayé quiconque ne s’attendait pas à les voir. Heureusement, Richard savait qu’il s’agissait de drones de la mère de couvain, chargés de chercher de la nourriture, et qu’ils étaient venus le guider jusqu’à elle.
Il fit d’abord le tour de la mère de couvain pour examiner cette étrange bête sous contrat. La créature était toujours couverte d’une brillante carapace noire, et son abdomen occupait les deux tiers de son corps, mais elle n’était plus aussi difforme qu’à sa naissance. Des plis parcouraient tout son corps et frémissaient doucement au rythme de sa respiration. Sa tête avait presque gardé l’apparence qu’elle avait à sa naissance ; sur son corps actuel, on la distinguait à peine. Ses pinces n’avaient pas grandi non plus : ce qui aurait dû être une arme ressemblait désormais à de simples couverts.
Pour ce qui était de sa puissance, les principaux atouts de la mère de couvain résidaient à présent dans ses attaques mentales et l’acide qu’elle crachait, bien plus utiles qu’une grande paire de pinces ne l’aurait été. En outre, ses six pattes s’étaient encore renforcées, tout en devenant plus trapues. Elles pouvaient supporter son poids, mais sa vitesse posait problème.
« Ta maturité t’a-t-elle apporté d’autres changements ? As-tu gagné de nouveaux moyens d’attaque ou de défense ? » demanda Richard avec enthousiasme.
La voix de la mère de couvain résonna dans son esprit. « Non, Maître. Je ne suis pas faite pour combattre moi-même, et mes attaques mentales ainsi que mon acide sont mes seuls moyens d’infliger des dégâts. Mais ce ne sont que des mécanismes de défense. Je ne peux les utiliser que si des ennemis se trouvent dans un rayon de trente mètres ; s’ils décident de fuir, il m’est impossible de les rattraper. En revanche, maintenant que j’ai atteint ma maturité, je peux créer des drones d’attaque. Vous pourrez les utiliser comme des soldats. »
« Des drones d’attaque ? » Richard peinait à concevoir l’idée. « Tu veux dire, comme ces ouvriers ? »
La mère de couvain s’expliqua : « C’est un peu pareil, mais pas tout à fait. Durant mon enfance, je ne pouvais créer que des drones ouvriers, qui disposent d’une énergie limitée. Au mieux, ils sont comparables à des loups robustes ; même un guerrier de bas niveau bien équipé pourrait en venir à bout. Leur rôle principal est de récolter de la nourriture, pas de me protéger. »
Richard acquiesça. Les ouvriers faisaient beaucoup de bruit pour peu de dégâts, et il existait quantité de monstres bien plus terribles. À part leur capacité limitée à produire un venin paralysant, ils ne disposaient d’aucun moyen d’attaque particulier. Un guerrier bouclier de niveau 5 pouvait facilement en vaincre plusieurs à la fois.
La mère de couvain poursuivit : « Les drones d’attaque, eux, sont différents. Leur seule raison d’être est le combat, et cela ne changera pas jusqu’à leur mort. Maintenant que j’ai atteint ma maturité, je peux en créer trois par jour au niveau 1, et j’ai assez d’énergie pour en contrôler dix au total. À l’origine, je ne pouvais engendrer que des drones d’attaque ordinaires, mais certaines substances nutritives particulières que j’ai absorbées au stade larvaire m’ont permis d’améliorer leurs caractéristiques dans une certaine mesure. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
« Voici leurs informations. Leurs plans ont été conçus en fonction de l’environnement de ce plan, mais à mesure que je gagnerai des niveaux, vous pourrez les modifier à votre guise. » Plusieurs plans en trois dimensions apparurent soudain dans l’esprit de Richard, accompagnés d’une foule de renseignements.
Ces créatures terrestres ressemblaient à des rapaces préhistoriques. Leurs puissantes pattes arrière leur permettaient de sprinter à toute allure. Leurs membres antérieurs, semblables à des lames, rappelaient les pinces de la mère de couvain, tandis que leurs canines acérées et bien développées pouvaient transpercer une armure de plates. Chacune avait à peu près la taille d’un grand loup et pouvait déployer une grande puissance sur de courtes périodes. Leur vitesse dépassait les 60 kilomètres à l’heure, ce qui les rendait plus rapides que la plupart des chevaux de guerre.
En combat singulier, ces créatures équivalaient à des guerriers humains de niveau 5. Pourtant, il fallait des années à un guerrier pour atteindre ce niveau, ainsi qu’un équipement de base pour exploiter pleinement ses capacités ; la mère de couvain, elle, pouvait engendrer trois de ces bêtes en une journée ! Et elle n’en était qu’au niveau qu’elle avait atteint à présent : sa production augmenterait avec sa puissance. Ce drone d’attaque particulier s’appelait le rapace.
La mère de couvain avait même pu améliorer les rapaces, accroissant leur force de 20 %. Plus robustes que leurs congénères ordinaires, ces rapaces renforcés atteignaient une puissance comprise entre les niveaux 6 et 7 et pouvaient aisément vaincre des guerriers de niveau 5. Toutefois, leur création exigeait davantage d’énergie : à pleine capacité, la mère de couvain ne pouvait en contrôler que huit au total. En revanche, elle pouvait toujours en créer trois par jour.
Bien sûr, cette amélioration avait un prix : les rapaces ne vivaient qu’un an.
Richard avait déjà placé de grands espoirs dans la mère de couvain, mais il n’avait tout de même pas imaginé qu’elle pourrait lui être si utile. En un mois, après avoir atteint sa maturité, elle pouvait former une troupe d’une centaine de rapaces capables de rivaliser avec des soldats d’élite ! La conquête d’autres plans ne poserait plus aucun problème à Richard. Il lui suffirait de pénétrer dans un plan inconnu pour vaincre les forces armées locales ; la mère de couvain réglerait une bonne partie de ses difficultés. Il n’avait qu’à veiller à bien la nourrir, ce qui n’était pas bien compliqué.
La création de drones d’attaque supplémentaires n’était pas le seul effet de la progression de la mère de couvain. Chaque niveau lui ferait débloquer de nouvelles fonctions, tandis que son corps continuerait de se renforcer. On pouvait aussi accélérer le processus en lui donnant des objets particuliers, comme des cristaux chargés de mana. Elle pouvait également absorber de puissantes créatures telles que des vouivres, des draconiens ou même des serpents à plusieurs têtes. Elle avait alors une chance de percer leurs secrets et d’exploiter leurs caractéristiques pour améliorer ses drones. Ainsi, le renforcement des drones d’attaque était apparu après qu’elle eut consommé une créature dotée d’une grande force.
Bien sûr, Richard ignorait que sir Menta avait joué un rôle déterminant dans cette évolution de la mère de couvain.
Comme Flowsand soutiendrait ses troupes, Richard décida de privilégier la puissance individuelle plutôt que le nombre. « Pourrais-tu engendrer un groupe de rapaces renforcés d’ici demain ? J’ai décidé de lancer l’offensive au matin. »
« Veuillez patienter. Vous aurez le premier groupe dans dix minutes », répondit la mère de couvain.