Chapitre 1 346
À suivre
« Attends, quoi ? Tu veux devenir un partisan de Richard Archeron, maintenant ? » Le grand mage en sursauta presque. « Tu es fou ? Il va falloir combattre les faucheurs ! Nous ne sommes même pas des légendes, et tuer ces démons est déjà assez difficile comme ça ! Tu espères que ta famille touchera une indemnité ou quoi ? »
Malgré les efforts de son ami pour l’en dissuader, les yeux de Romney brillaient de détermination. « Non, j’ai pris ma décision. Peu importe si je meurs au combat ; si je m’en sors, mon nom sera inscrit dans l’histoire de Norland ! »
« Tu es… vraiment devenu fou, pas vrai ? »
« Non, pas du tout. Rejoins-moi ! » Romney voulut entraîner son ami avec lui.
« Pas question. Je ne viens pas avec toi, quoi que tu dises. »
Romney serra les dents. Il aurait vraiment voulu parler de la tête de gorgone, mais il avait juré de garder le secret à ce sujet. À la place, il prit sincèrement la main de son ami. « Tu sais bien que je ne te ferais pas de mal. J’ai l’impression que c’est notre seule chance ; si nous ratons l’occasion de signer un contrat avec lord Richard, elle ne se représentera jamais. Viens avec moi ! »
« Certainement pas ! » Le grand mage campa sur ses positions.
Romney regarda le grand mage avec regret, puis finit par se retourner pour partir. En le voyant s’éloigner, l’homme paniqua un instant et se demanda s’il n’avait pas fait le mauvais choix. Cependant, cette crainte fut vite étouffée par la terreur bien plus grande que lui inspiraient les faucheurs. Les rapports des pertes sur les champs de bataille de Faelor le clouèrent sur place.
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Dans le laboratoire céleste du demi-plan de Sharon, Richard travaillait sur un modèle analytique des vaisseaux de guerre des faucheurs. Il venait d’achever celui des bâtiments de taille moyenne et y apportait les dernières retouches lorsqu’une cloche retentit dans le hall, signalant une demande de priorité moyenne exigeant sa présence. Il interrompit son analyse et quitta le demi-plan pour retourner à Bluewater.
Dans les appartements réservés aux invités de sa résidence, Romney faisait les cent pas, nerveux, en attendant de connaître son sort. Il essaya de regarder dehors pour apaiser son angoisse, mais aperçut deux portails gigantesques qui semblaient mener à d’autres plans. À sa grande surprise, ce n’étaient pas des troupes, mais des gens du peuple qui les franchissaient ; des centaines de personnes passaient chaque minute et, à en juger par une estimation rapide, Richard dépensait des centaines de milliers de pièces d’or par heure pour les téléporter ailleurs.
« On appelle cela le Pont de l’Espoir. Il permet à mes sujets de se réfugier dans des plans plus sûrs », fit soudain la voix de Richard derrière lui.
« V-Votre Grâce ! » Romney sursauta et se retourna aussitôt pour s’incliner.
Richard désigna le canapé et sourit. « Assieds-toi. J’ai entendu dire que tu souhaitais devenir l’un de mes partisans. Tu sais ce que cela implique, n’est-ce pas ? »
« Oui, répondit l’assassin, rassemblant son courage. Je devrai signer un contrat qui me liera jusqu’à la mort et combattre les faucheurs. »
« Tu vas probablement mourir », dit Richard en gardant son sourire.
« Je… je le sais. »
« Hum. Très bien, je n’ai pas de temps à perdre. Donne-moi une bonne raison de t’accepter. »
« Je sais que vous êtes quelqu’un d’extraordinaire. Je veux vous suivre pour laisser ma propre trace dans l’histoire ! » Romney serra les poings, mais, voyant que Richard continuait de le fixer, il s’expliqua : « Je sais que vous êtes capable de créer une rune de saint en vingt jours, une rune entièrement nouvelle… C’est pour ça que… »
L’assassin s’affaissa sur son siège, vidé de ses forces. Richard hocha la tête. « Je m’en doutais. Mais c’est bien que tu aies réussi à le dire à voix haute. Ici, j’apprécie l’honnêteté, et je vais te donner ta chance. Mais sache que tu n’auras aucun traitement de faveur. »
« Je comprends ! J’ai déjà de la chance d’avoir cette occasion ; la guerre contre les faucheurs sera mon épreuve ! »
« Très bien, voici le contrat. Cette guerre est effectivement une épreuve, mais j’espère sincèrement que chacun pourra aller jusqu’au bout et survivre. »
Romney s’inclina, ouvrit le contrat d’esclave et y inscrivit son nom en serrant les dents. À cet instant, il abandonna sa vie passée pour s’engager sur une nouvelle voie, semée de soleil et d’épines.
……
Après le départ de Romney, Richard retourna dans le demi-plan pour poursuivre son analyse des faucheurs. À peu près au même moment, une unité sphérique arriva sur chacun des principaux champs de bataille contre les faucheurs et se mit à couvert. Elle se transforma en une sorte de grand château de chair. Il s’agissait de fours à chair perfectionnés, bien plus petits que le modèle d’origine, conçus uniquement pour traiter les débris des faucheurs et réduire le travail de Richard lorsqu’il raffinait l’essence de braise. Ils lui permirent de récolter l’essence plus de deux fois plus vite : en quelques jours à peine, il en obtint vingt bouteilles.
Dans le même temps, des centaines de milliers de personnes se réfugiaient dans le Plan forestier et la Vallée du Fleuve d’Or. Toutefois, pour préserver la stabilité, les portails ne pouvaient accueillir qu’un nombre limité de voyageurs à la fois. Heureusement, ceux qui attendaient ne provoquèrent pas trop de troubles. Une fois les fauteurs de désordre exécutés sans la moindre hésitation, personne ne tenta de recourir à des moyens détournés pour passer avant les autres.
Avec le temps, Richard finit par décider que les faucheurs étaient restés inactifs trop longtemps. Il contacta la reine-mère pour envoyer les éclaireurs plus loin ; malgré de lourdes pertes, ils découvrirent rapidement que presque tout le territoire des faucheurs avait été abandonné, ceux-ci s’étant retirés vers leur base.
Les terres laissées derrière eux par les faucheurs étaient entièrement dépourvues de vie, et des tranchées s’entrecroisaient partout, creusées au fil de leur recherche de ressources. La première fois qu’il vit ce spectacle, Richard en fut stupéfait : les dégâts étaient bien plus considérables que ceux causés par la forêt larvaire, qui ravageait la Terre du Tumulte.