Chapitre 1 320
Bataille de chair
« Je vais à Faelor avec toi », déclara Macy dès qu’elle le vit. Puisqu’elle était arrivée avant lui, elle avait forcément utilisé la téléportation dès qu’elle lui avait envoyé sa réponse.
« Tu es folle ? Ce sont des faucheurs, tu vas mourir ! » s’emporta Richard. Macy était la fille unique du prince Tumen et celle qui possédait le sang le plus pur de sa famille. Si elle mourait au combat à Faelor, cela signifierait qu’il avait fini par offenser les trois grands empires humains.
« Veux-tu, oui ou non, des informations sur l’autre monde ? » Macy sourit. « Je te les donnerai quand je serai de meilleure humeur. »
Richard la fixa droit dans les yeux. « Ces informations comptent beaucoup pour moi, au point que je ne crains pas d’avoir maille à partir avec ton père. Je ne t’arrêterai pas si tu insistes. »
« Alors, qu’est-ce qu’on attend ? Allons-y ! » Elle se glissa derrière lui et le suivit à travers le portail.
……
À peine eut-il franchi le portail que Richard ordonna à l’équipe de secours envoyée auprès de Gangdor d’affronter les faucheurs en personne et d’évaluer leur force. Au même moment, le cerveau cloné lui transmit un message urgent : l’armée de Gangdor était encerclée et se battait avec acharnement depuis plus d’une heure.
Le visage de Richard s’assombrit tandis qu’il calculait le temps qu’il lui faudrait pour arriver. Même en se téléportant, il serait trop tard. Pourtant, alors qu’il se précipitait vers le centre de commandement, il fut soulagé d’apprendre que l’équipe chargée de récupérer Gangdor était presque arrivée sur le champ de bataille. Voyant la lumière s’approcher rapidement, il se détendit un peu et attendit des nouvelles.
……
Gangdor poussa un hurlement sauvage en lançant son dernier javelot. La pointe s’embrasa en transperçant le corps d’une machine d’un mètre de long, puis explosa de l’intérieur. Mais il eut beau haleter et scruter le ciel, il en vit plus d’une douzaine d’autres, de la même taille, et des centaines de plus petites tourner dans les airs, tandis que des faisceaux d’énergie s’abattaient sur ses guerriers comme une pluie.
Pourtant, cette fois, la menace aérienne n’était même pas le plus grand danger. Partout sur le champ de bataille, ses soldats affrontaient des créatures au mélange étrange de chair et de machine. Hautes d’à peine un mètre et demi, elles avaient les genoux inversés, comme des démons. Quatre bras s’étendaient de leur torse : deux tenaient des épées, tandis que les deux autres maniaient des fusils qui tiraient de dévastateurs rayons lumineux. Propulsées par des squelettes métalliques, elles étaient extrêmement rapides et puissantes ; même les élites de niveau 10 peinaient à parer leurs lames.
Plus de dix mille guerriers faucheurs se déployaient dans les plaines enneigées, et leur nombre ne cessait d’augmenter ! D’immenses vaisseaux volants arrivaient sans relâche de l’horizon et en déversaient des centaines au combat à chaque passage !
Les forces des faucheurs recevaient des renforts chaque minute, mais les troupes de Gangdor n’en avaient aucun. Tous ses soldats étaient des guerriers aguerris, dignes d’être considérés comme des élites, mais plus de la moitié étaient déjà morts et d’autres tombaient à chaque instant. La brute fit tournoyer sa hache gigantesque et trancha trois assaillants en deux. Pourtant, tandis qu’il grognait, son regard fut attiré par un coin du champ de bataille. Des centaines de cadavres étaient traînés par des machines semblables à des scarabées. Après les avoir dépouillés de leur armure, celles-ci découpaient leur chair et la compactaient en cubes. Elles disposaient même d’une sorte de pellicule pour envelopper les cubes et les empêcher de se déformer !
Chaque vaisseau de transport qui repartait emportait des cubes de chair, ne laissant derrière lui qu’une flaque sanglante à l’endroit où les guerriers étaient tombés. Pas même la moitié d’un os n’était gaspillée : les scarabées traitaient tout avant même la fin de la bataille !
Deux guerriers de chair traînèrent un cadavre massif jusqu’au centre de traitement. Gangdor reconnut le crâne chauve de l’homme : c’était son meilleur ami dans l’armée !
« ALLEZ TOUS VOUS FAIRE FOUTRE ! » Les yeux de la brute devinrent rouges et il chargea vers le général tombé au combat, taillant en pièces tout ce qui se trouvait sur son passage. Les guerriers de chair semblèrent abandonner leurs cibles initiales et se jetèrent sur lui par dizaines, mais il se transforma en tourbillon et les déchiqueta tous. Son aura commençait à faiblir, mais son armure légendaire parvenait encore à dévier la plupart des attaques.
Gangdor était comme un lion pris au milieu d’une meute de loups. Il infligeait bien plus de dégâts qu’il n’en subissait, mais chacun de ses pas devenait plus difficile que le précédent.
« Brise l’encerclement immédiatement, et file vers le sud ! » La voix de Richard résonna soudain dans son esprit. Pourtant, à la vue des milliers de cadavres en cours de traitement, les yeux de la brute ne reflétèrent que sa soif de sang ; ses mains tremblèrent, submergées par la rage que lui inspirait cet affront. Pour la première fois depuis une éternité peut-être, il désobéit aux ordres et poursuivit l’attaque. Il rugit comme le tonnerre en piétinant les guerriers de chair qu’il avait tués. This chapter was copied from NovelPing without permission.
À un moment, son armure légendaire commença à se désagréger. Un guerrier de chair bondit et lui arracha une partie du dos, offrant à plusieurs faisceaux d’énergie l’occasion de lui brûler la peau. Le guerrier lui enfonça alors une épée dans le corps de toutes ses forces, mais, malgré son cri de douleur, Gangdor le retourna et lui fracassa le crâne d’un coup de hache.
« GANGDOR ! BRISE L’ENCERCLEMENT, FILE IMMÉDIATEMENT VERS LE SUD ! » La voix de Richard retentit de nouveau, cette fois avec beaucoup plus de fermeté. Un ancien contrat, presque oublié, brûla dans l’esprit du colosse et le contraignit à obéir, lui infligeant une migraine atroce.
Pourtant, le chauve jeta un regard à l’abattoir tout proche et grogna plus fort encore : « CHEF, LAISSE-MOI DÉFONCER CES PUTAINS DE FILS DE PUTE ! »
Gangdor se rua vers le centre de traitement en rugissant, mais des centaines de guerriers de chair l’assaillirent et le plaquèrent au sol. La migraine fulgurante céda la place à une douleur physique aiguë, mais son aura éclata de toute sa puissance lorsqu’il se redressa et les projeta tous au loin. L’armure légendaire se désintégra enfin, ses morceaux volant dans toutes les directions sous la déflagration. L’explosion tua plusieurs ennemis, mais d’autres prirent aussitôt leur place.
La brute haletait et regarda autour de lui. Il découvrit qu’il était le dernier encore debout sur le champ de bataille. Ses vingt chevaliers runiques, ses six généraux, ses lances de l’ombre… tous avaient disparu. Il chancela un instant et inspira profondément l’air glacé.
Pourtant, il continua d’avancer vers l’abattoir, vers les dizaines de milliers de faucheurs qui l’attendaient. L’armée du nord avait été anéantie, et il comptait rejoindre les frères d’armes avec lesquels il avait combattu pendant plus de dix ans. Tuer autant d’ennemis que possible lui suffisait.
Deux traînées noires zébrèrent soudain le ciel, et un éclair éblouissant aveugla tous ceux qui étaient présents. Les plus petits avions de combat s’écrasèrent au sol ; plusieurs appareils plus grands crachèrent même une fumée verte avant de prendre la fuite. Une silhouette aussi imposante que Gangdor tomba du ciel, son lourd bouclier fracassant le sol et projetant des dizaines de guerriers de chair au loin.
« Son Excellence m’a envoyé vous récupérer. » L’homme se retourna, dévoilant un visage que Gangdor reconnut : celui d’un guerrier légendaire nommé Ironshield. Il voulut dire quelque chose, mais, dès qu’il se détendit, sa vue se brouilla et il s’effondra.
Ironshield le rattrapa avant qu’il ne touche le sol et le hissa avec précaution sur ses épaules. Puis il brandit de nouveau son bouclier et repoussa la vague suivante de guerriers de chair. Il bondit ensuite dans les airs ; un messager fila à leur rencontre et les emporta en un instant.
Un autre messager continua de tourner dans les parages. Le mage légendaire qui se tenait dessus lança plusieurs éclairs vers les zones les plus densément peuplées, puis battit en retraite. Quelques grands appareils et des dizaines de petits les prirent en chasse, mais plusieurs sorts d’Éclair en chaîne les firent tous exploser et permirent au mage de s’échapper.