Chapitre 1 304
Voyage dans le Néant (2)
Plus on s’éloignait de Norland, plus l’exploration du Néant devenait dangereuse. L’espace entourant tout plan matériel primaire était relativement stable, mais cette stabilité s’estompait à mesure qu’on s’aventurait au loin. Les tempêtes d’énergie du Néant gagnaient en violence, et d’autres périls encore commençaient à se manifester.
Richard et Apeiron se trouvaient à des milliards de kilomètres de Norland et parvenaient déjà à sentir les plans plus faibles qui se profilaient à la frontière. C’étaient ceux que la plupart des légendes exploraient, assez dangereux pour leur coûter peut-être la vie.
Dans cette zone, la supériorité de Richard devenait encore plus flagrante. L’Armement de mana et son corps robuste lui conféraient la défense physique d’un guerrier légendaire de rang supérieur, à laquelle s’ajoutaient ses barrières, qui lui assuraient plusieurs couches de protection. Grâce aux pouvoirs de l’ordre, du chaos et de la neutralité, il pouvait foncer à travers tout ce qu’il rencontrait dans le Néant, même ce qu’une personne comme Apeiron aurait dû éviter.
Tous deux filaient comme l’éclair, croisant parfois des bêtes et d’autres puissants en chemin. À l’exception d’une légende Daxdian que Richard abattit sur-le-champ, ils ne s’en prenaient à personne qui ne les provoquait pas. Certains passants eurent beau adopter une attitude menaçante, ils reculèrent dès qu’ils sentirent l’aura du duo. Richard n’était que de niveau 23, mais Apeiron déployait toute la puissance d’un niveau 28 ; personne ne s’attaquait à des êtres épiques sans raison.
Leurs silhouettes scintillaient sans cesse à travers le Néant, chaque portail les transportant sur des milliers de kilomètres. Quand la fatigue les gagnait, ils retournaient dans le demi-plan de Richard pour se reposer. Richard n’ouvrit pas le demi-plan de Sharon à Apeiron ; de toute façon, ses propres ressources suffisaient amplement à leur permettre de récupérer leur énergie. Même si les êtres épiques en consommaient des quantités terrifiantes, Apeiron n’avait besoin d’avaler que quelques cristaux pour retrouver ses forces. L’énergie d’une douzaine d’arbres leur aurait suffi indéfiniment.
Richard récupérait lui aussi plus vite qu’Apeiron. Après les premières fois, il quitta son demi-plan pour étudier dans la bibliothèque astrale pendant qu’elle se reposait, poursuivant la lecture des livres déjà déverrouillés et essayant parfois même d’en ouvrir d’un niveau supérieur. Sharon était manifestement restée bloquée à ce niveau, mais il estimait qu’elle était près de déchiffrer le quatrième, qui comptait douze livres. Les lois qui s’y trouvaient feraient exploser sa puissance. Vous aimez l’histoire ? Poursuivez votre lecture sur novelping dot com.
Les jours passèrent ainsi, monotones. Dans le Néant, perdre le sens de l’orientation ou celui du temps était ce qu’il y avait de plus terrifiant, mais la boussole intérieure de Richard restait fiable, et son analyse sommaire de la force temporelle l’aidait à garder le cap. Tant qu’il se trouvait en un lieu que le Dragon Éternel pouvait maîtriser, il n’avait jamais à craindre de se perdre.
Au cours du voyage, il découvrit que ses tentatives d’accéder au troisième niveau de la bibliothèque avançaient plus lentement que prévu. Après plusieurs essais, il finit par comprendre que le problème venait de son niveau. Il fallait du mana et de l’énergie pour empêcher les runes de se déformer, et chaque fois qu’il était sur le point de déchiffrer un livre, la bibliothèque modifiait les lois qui le protégeaient, réduisant à néant ses efforts précédents. Après quelques tests, il conclut qu’il ne pourrait empêcher ces modifications qu’une fois son mana au niveau 25 ou supérieur.
En poursuivant ce raisonnement, il conclut que le quatrième niveau ne s’ouvrirait probablement qu’à quelqu’un atteignant le niveau 30. En théorie, il pouvait forcer le passage — après tout, ces barrières ne pouvaient incarner qu’un nombre limité de lois —, mais cela lui prendrait sans doute des décennies. Il aurait pu tenter cette folie s’il était resté bloqué au niveau 23, mais avec son corps et ses lois actuels, aucun obstacle ne l’empêcherait d’atteindre le niveau 29. Il n’avait besoin que de rassembler assez de mana.
La plupart des puissants étaient limités à la fois par leur corps et par leurs lois. Toutefois, seul le second facteur constituait un véritable problème : si le corps devait être assez résistant pour porter leur puissance, il existait bien des moyens de le renforcer. Quelqu’un d’assez déterminé pouvait transformer son corps en celui d’un insecte aquila et acquérir ainsi la même force physique que Richard. Mais les lois étaient intérieures et ne pouvaient pas simplement s’absorber de cette façon. Il fallait maîtriser soi-même cette puissance ; c’était pour cette raison que les célestes primordiaux avaient bâti leurs barrières. Quiconque surestimait ses capacités et cherchait à poursuivre des lois dépassant ses forces périssait sous l’effet des changements qu’elles provoquaient en lui.
La plupart des livres de la bibliothèque céleste portaient sur les lois de neutralité, mais certains abordaient aussi celles de l’ordre et du chaos. Richard ne sentait aucun obstacle se dresser devant lui ; sa capacité d’analyse avait explosé avec la croissance de ses bénédictions. En fait, il découvrit que sa Sagesse était limitée par son propre corps : chaque fois que celui-ci se renforçait, ses bénédictions s’amélioraient peu après. La mère de la couvée lui avait également montré un moyen viable d’accroître ses capacités d’analyse : il pouvait simplement augmenter le volume de son cerveau ou en ajouter d’autres.
Une seule unité du cerveau de la mère de la couvée équivalait à peu près à l’un des siens avec une Sagesse de grade 4. Mais elle s’appuyait sur son volume colossal pour en produire des dizaines de milliers, et leur nombre ne cessait de croître. Cent mille centres de pensée formaient un réseau qui lui conférait peut-être l’équivalent du grade 10 ; ses capacités d’analyse étaient actuellement quatre fois supérieures aux siennes.
Bien souvent, il avait envisagé de faire agrandir artificiellement son corps ; les nombreux avantages évidents l’emportaient sur les légers inconvénients. Mais ce n’était pas sa priorité pour le moment : il ne pouvait que remettre cette idée à plus tard et se concentrer sur le mana. Renonçant au troisième niveau de la bibliothèque, il se rendit plutôt à la montagne de cristal et passa son temps immergé dans le bassin de mana.
Richard pouvait relier son esprit aux arbres absorbeurs d’énergie qui entouraient son demi-plan et sentir l’énergie qu’ils puisaient dans les tempêtes du Néant. L’excédent était alors recueilli et transformé en terre élémentaire, mais, une fois immergé, il ôtait ses défenses et laissait l’énergie pure affluer en lui. Cette puissance dépourvue d’attributs commença à transformer les plus petites cellules de sa chair, tandis que de minuscules cristaux d’énergie se formaient à l’intérieur. Schloanruvendaer émettait chaque fois de minuscules runes divines, qui marquaient la structure interne de ces cellules.
Alors même que ses organes commençaient à se cristalliser, il gardait un contrôle absolu sur son corps. Son sang continuait de circuler ; à chaque battement, il emportait une partie de ces cristaux, qui étaient soit stockés, soit utilisés pour remodeler son corps. Peu à peu, le processus le transformerait en une sorte de pseudo-élémentaire, renforçant à la fois sa puissance physique et magique. C’était une opération risquée, qui pouvait le tuer, mais son vrai nom empêchait les choses d’en arriver là.
Il compta silencieusement le temps qui passait et profita de cette progression accélérée pour atteindre le niveau 24 avant d’arriver au Vortex éternel. Cette différence d’un niveau augmenterait considérablement ses chances de survie. Ce ne fut que lorsqu’il sentit Apeiron l’appeler qu’il comprit qu’elle avait fini de se reposer. Il retourna auprès d’elle et activa un portail pour reprendre leur traversée.
Les jours et les nuits continuèrent ainsi de passer, jusqu’au jour où il demanda soudain : « Nous ne sommes plus très loin, n’est-ce pas ? »
« Une demi-journée, tout au plus. »
« Qu’allons-nous trouver, à part des créatures chaotiques ?
— Ceux qui ont piégé Sharon. »