Chapitre 1 303
Voyage dans le Néant
La puissance des îles de troisième niveau fit briller les yeux de nombreux seigneurs venus les visiter. Ces zones pouvaient être découpées dans des plans élémentaires particuliers, voire dans les Abysses ou les Enfers. Elles servaient de terrains d’entraînement, de réserves de ressources ou encore de têtes de pont pour commencer à vider le plan visé de ses richesses. Hélas, ils ne pourraient pas s’emparer de cet endroit, même si la marque n’était pas liée à une personne en particulier. Comment auraient-ils pu chasser une famille qu’ils n’osaient même pas affronter, alors qu’ils étaient censés le faire ?
Après leur avoir fait visiter les lieux, Richard renvoya les seigneurs et autorisa ses chevaliers des runes à camper sur l’île. Le majordome était déjà parti rassembler des maçons et des mages ; dès qu’un endroit convenable serait construit, Richard y stationnerait cent chevaliers des runes pour assurer une défense permanente. Il comptait également rappeler Fuschia auprès d’Alice et lui confier la garde de l’île. Waterflower la remplacerait, afin d’épauler Alice face aux adversaires particulièrement redoutables. Ses autres compagnons retourneraient à Faelor, tandis qu’un grand nombre de chevaliers des runes regagneraient leurs postes d’origine.
Une fois tout organisé, il fit ses bagages, rangea ses trois armes divines dans leur fourreau spatial et se rendit sur l’île royale pour retrouver Apeiron. Il dut traverser les rangs de près d’un millier de maçons et de mages occupés à déblayer les gravats et à réparer les formations magiques ; il faudrait du temps pour reconstruire le palais.
Apeiron l’attendait dans sa demeure solitaire, et son impatience était manifeste dès qu’il posa les yeux sur elle. Elle se leva d’un bond en le voyant et lança d’un ton glacial : « Je suis prête. Et toi ?
— Moi aussi.
— Bois ça d’abord. » Elle lui lança une petite fiole.
Richard la rattrapa, l’air stupéfait. Il l’ouvrit et en huma le contenu. « Du dragon de glace ?
— Oui. J’en ai pris une moi-même. »
L’élixir de dragon de glace était extrêmement rare, et ses effets rivalisaient avec ceux d’une potion de flamme. Pendant quelques jours, il permettait à son utilisateur de maîtriser les lois de la glace, le rendait presque immunisé à cet élément et ajoutait une énergie glaciale à ses attaques. Surtout, il pouvait considérablement approfondir sa compréhension des lois de la glace, un effet particulièrement marqué chez Richard, dont les analyses étaient déjà d’une rapidité stupéfiante.
Toute potion capable d’améliorer sa maîtrise des lois était précieuse, mais Richard ouvrit la fiole et en avala le contenu sans même remercier Apeiron. Il savait que cette expédition serait très dangereuse et ne s’embarrasserait donc pas de politesses. Le Vortex éternel était une zone de danger notoire dans le Néant, et il allait s’y aventurer pour sa toute première exploration du vide. Il lui faudrait compenser son manque d’expérience par toute la puissance qu’il pourrait mobiliser. Visitez novelping.com pour lire le chapitre complet.
Assis en méditation, il laissa échapper des volutes d’air froid. La température de la salle chuta rapidement, jusqu’à ce qu’une couche de givre se forme sur les murs et accentue certaines fissures apparues lors de leur combat précédent.
Un moment plus tard, il ouvrit brusquement les yeux. « Allons-y.
Apeiron acquiesça. Elle s’approcha de Richard et hésita un instant avant de lui prendre la main. De l’autre, il dessina une forme dans l’air, puis l’entraîna à travers un portail, dans les ténèbres sans fin.
Lorsqu’ils se retournèrent, Norland était devenu une étoile resplendissante. À travers les parois cristallines, on distinguait à peine les contours de trois continents flottant au milieu de l’océan infini. Richard contemplait pour la première fois ce spectacle grandiose. Après s’en être délecté quelques minutes, il ouvrit un nouveau portail et le franchit.
……
De portail en portail, les deux voyageurs parcoururent des milliers de kilomètres à la fois et s’enfoncèrent dans les profondeurs du Néant. Au cours de ce long périple, Apeiron lui montra comment les guerriers voyageaient d’un plan à l’autre : elle tendait le vide grâce à son énergie, puis s’y propulsait par bonds d’un millier de kilomètres. Elle allait même un peu plus vite que lui, mais sa méthode consommait bien davantage d’énergie.
Le titre que lui avait conféré le Dragon Éternel prouvait une fois encore toute sa valeur. Chacun de ses portails lui permettait d’avancer de plus de mille kilomètres, bien davantage que les quelques centaines de kilomètres parcourus par un mage légendaire ordinaire. Sa dépense d’énergie était presque négligeable. Apeiron renonça donc vite à voyager par ses propres moyens et se contenta de s’accrocher à lui tandis qu’il les faisait traverser le vide.
Le Néant était tout sauf vide. Vu de Norland, il ressemblait à un rideau noir constellé de milliers d’étoiles ; chacune d’elles était un plan que l’on pouvait atteindre en voyageant suffisamment longtemps. En théorie, il n’était même pas nécessaire de disposer des coordonnées du Dragon Éternel pour passer d’un plan à l’autre. Pourtant, il faudrait à Richard plusieurs semaines, à sa vitesse maximale, pour atteindre le plan le plus proche de Norland. Les plus éloignés pouvaient nécessiter des années. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelрing.com.
Le danger le plus fréquent au cours du voyage venait des terribles tempêtes d’énergie, qui surgissaient de nulle part et menaçaient de pulvériser leurs barrières. Il y avait aussi d’immenses nappes lumineuses qui ondulaient dans le vide ; chaque fois qu’ils en apercevaient une, Apeiron lui faisait rapidement contourner sa trajectoire. Ces nappes semblaient petites, mais s’étendaient sur des dizaines de milliers de kilomètres et exigeaient des dizaines de portails avant qu’on puisse leur échapper. Certaines avançaient lentement, d’autres très vite, mais toutes étaient mortelles, même pour des êtres épiques. Elles naissaient de la collision de plusieurs tempêtes d’énergie et, lorsqu’ils se retrouvaient pris au piège, Richard devait se téléporter avec Apeiron dans son demi-plan pour s’y abriter.
Le demi-plan était ce qui donnait aux mages un avantage décisif sur les explorateurs. Lorsqu’ils étaient fatigués d’avancer, ils pouvaient laisser une marque à l’endroit où ils se trouvaient grâce à leur lien d’âme, puis rentrer chez eux par téléportation pour se reposer et reprendre des forces. Une fois remis, ils pouvaient poursuivre leur voyage.
Richard avait bâti une petite cabane dans son demi-plan, où il avait entreposé de la nourriture et quelques provisions indispensables. Mais l’endroit était minuscule comparé à ceux des autres mages ; « pitoyable » était même un qualificatif approprié.
« Pourquoi est-ce si petit ? » demanda Apeiron lors de leur première visite. Mais à peine eut-elle prononcé ces mots qu’elle s’exclama, surprise, et arracha une pierre du sol. « Attends, c’est de la terre élémentaire ?
— Oui, répondit Richard d’un signe de tête, sous son regard stupéfait. Un demi-plan entièrement constitué de terre élémentaire était inestimable ; ceux de la plupart des autres mages étaient simplement faits de minéraux naturels. À y regarder de plus près, son demi-plan était donc trop grand, et non trop petit.
Richard entra dans la cabane chercher de quoi manger et se servit du liquide des bassins de mana comme d’eau. Ainsi, ils récupéraient vite : quelques heures de méditation suffisaient pour qu’ils retrouvent leur pleine forme et reprennent la route. Une fois de retour au milieu des tempêtes d’énergie, ils se séparèrent et poursuivirent chacun de leur côté. Tandis qu’il se téléportait au loin, elle bondissait dans le vide, apparaissant et disparaissant par intermittence.
À mi-chemin environ, Richard et Apeiron tombèrent par hasard sur un plan recouvert de flammes déchaînées. Ses parois cristallines avaient déjà été brisées et le feu était si brûlant qu’aucun être vivant ne pouvait y survivre. Tous deux sentirent à l’intérieur de puissantes auras tyranniques, émanant de quelques bêtes étranges et féroces. Mais quand ces bêtes s’approchèrent, l’éclat de leurs propres auras les repoussa aussitôt. Elles paniquèrent et reculèrent lentement, avant de détaler dès qu’elles furent assez loin.
« On dirait des pirates de l’espace. Ils ont probablement détruit cet endroit », expliqua Apeiron.
« Allons… Non, oublie. Nous n’avons pas le temps. » Richard lança un regard noir aux bêtes, se détourna et ouvrit le portail suivant.
Même les zones du Néant réputées vides n’étaient pas entièrement dépourvues de dangers. Des trous noirs y apparaissaient parfois, prêts à absorber quiconque s’approchait trop. Ils pouvaient au moins repérer les plus grands et les éviter à temps, mais les plus petits étaient particulièrement dangereux. Chaque fois qu’un portail de Richard débouchait trop près de l’un d’eux, il leur fallait lutter de toutes leurs forces pour s’arracher à son attraction. Heureusement, les trous noirs incarnaient l’interaction entre l’ordre et le chaos ; Richard pouvait les neutraliser à l’aide de ses sorts divins et s’échapper.