Chapitre 1 298
Guerre à deux (2)
Apeiron semblait déjà marcher au bord de la mort : Richard aurait pu la tuer d’un seul coup, mais elle avait échoué à l’abattre malgré une demi-douzaine d’attaques à pleine puissance. Elle devait reconnaître qu’il représentait une menace terrifiante, même si le fait qu’il ne fût pas encore tout à fait au sommet de sa puissance tempérait ce constat. Son corps était déjà mutilé et, même si chaque coup ne lui faisait pas trop de mal, les blessures s’accumulaient. À ses yeux, il ne lui restait déjà plus assez de forces pour se battre. Dès que sa vitesse commencerait à diminuer, elle l’emporterait sans peine.
Le regard de Richard se posa sur le bras de son adversaire. La terrible blessure qu’elle avait reçue avait déjà beaucoup cicatrisé ; une brume violette d’énergie chaotique bouillonnait à partir de ses os pour nourrir sa chair. C’était là un avantage qu’elle avait acquis dans les Terres sauvages, où son corps avait dû se remettre en un temps record entre deux batailles. Même sans talent naturel dans ce domaine, elle avait fini par exceller.
Pourtant, il ricana et pointa le ciel. Une déchirure s’ouvrit dans le vide et le baigna d’une profonde lumière verte. Sa force vitale se déchaîna tandis que ses blessures guérissaient à vue d’œil ; partout où la lumière tombait, des herbes folles poussaient entre les briques.
Apeiron plissa les yeux. « Une force lunaire de jade ? Non, pas seulement. Les lois de la vie aussi, à un niveau fondamental. »
« Un petit cadeau des lois, répondit Richard avec un sourire. Je suis sûr que les tiennes ne te traitent pas aussi bien. »
« Voyons combien de fois tu peux récupérer ! » lança-t-elle en frappant des deux poings. Une énergie d’un violet intense jaillit de son corps, telle des flammes qui l’enveloppaient. Cette lumière semblait presque tangible et déformait tout ce qu’elle touchait, le plongeant dans le chaos.
Richard s’effaça d’un clignement et se saisit de l’épée divine avant de foncer sur Apeiron. L’énergie cramoisie de l’ordre de Midren commença à rayonner de son propre corps. Aucun des deux ne parvenait vraiment à se maîtriser. Les flammes de sang heurtèrent la lumière violette, et l’ordre et le chaos implosèrent l’un contre l’autre. Toute cette énergie s’effondra en un minuscule point noir.
C’était un trou noir !
De violentes rafales balayèrent aussitôt la salle. Le mobilier se mit à trembler avant de s’élever dans les airs. Même les murs et le plafond se déformèrent, et le palais tout entier fut sur le point de s’effondrer. Heureusement, Richard et Apeiron parvinrent à s’entendre : ils lancèrent une nouvelle fois leurs pouvoirs pour anéantir cette menace existentielle, puis reprirent leur combat. L’un avait atteint les limites de la vitesse, et l’autre n’en était pas loin ; aucune autre légende n’aurait pu contenir le phénomène à temps. Rendez-vous sur novelping.com pour lire le chapitre complet.
Une onde de choc informe traversa la salle et désintégra tout sur son passage. Richard et Apeiron apparurent aux deux extrémités de la pièce ; le cramoisi et le violet en recouvraient chacun une moitié pour la protéger de cette énergie. Tout le reste des environs s’effondra rapidement, ne laissant debout que ce bâtiment.
Les deux combattants pouvaient protéger le lieu de leur affrontement, mais pas le reste du palais. Ils échangèrent un regard, puis bridèrent leurs attaques à un niveau que Norland pouvait supporter avant de reprendre le combat.
Leur puissance contenue, ils s’affrontèrent désormais en arts martiaux. Apeiron avait atteint depuis longtemps le sommet de son art du combat, mais elle fut surprise de constater que Richard ne lui cédait en rien. Des décennies à analyser sans relâche les techniques de combat de l’Église avaient fini par porter leurs fruits ; même s’il lui restait encore du chemin à parcourir avant d’en avoir percé tous les secrets, il comptait déjà parmi les meilleurs de Norland. Il modifia son style, le rendant de plus en plus imprévisible : tantôt il combattait au corps à corps, tantôt il balayait l’espace de son épée. Il pouvait encaisser quelques coups de sa part sans sourciller, mais une seule estocade de sa lame suffirait à la tuer.
Quand ils se séparèrent de nouveau, Richard était couvert de sang, le corps criblé de blessures, petites et grandes. Il n’avait pas touché Apeiron une seule fois, mais son visage à elle n’exprimait aucune joie. Elle le fixa d’un regard vide tandis qu’une nouvelle lumière verte tombait du ciel et guérissait ses blessures en un instant. Même sa volonté de glace commençait à vaciller.
La capacité de Richard à récupérer était tout simplement trop puissante, comparable aux meilleurs arts d’un prêtre légendaire. Ajoutée à sa régénération déjà insensée et à sa force physique, elle le rendait pratiquement invincible, à moins de pouvoir le tuer d’un seul coup. Il avait atteint un sommet semblable au sien : tandis qu’elle misait sur la domination offensive, lui privilégiait l’endurance.
« Ça fait deux », lança-t-elle froidement en replongeant dans la bataille. Sa silhouette s’évanouit tandis qu’il la frappait ; ses ongles lui creusèrent une entaille dans la poitrine. Lorsque Richard riposta d’un geste, elle avait déjà disparu.
Les deux combattants devinrent des ombres floues tandis qu’ils se battaient, glissant peu à peu dans le vide. Apeiron avait eu recours à cette méthode pour tenter d’échapper à Richard, mais il l’avait suivie aussitôt et s’était lancé à sa poursuite. Un sourire lui vint aux lèvres : il n’avait désormais plus à craindre de tout détruire.
…
BOUM ! Un cri strident retentit tandis qu’une silhouette violette était projetée dans Norland, le cramoisi sur ses talons. Richard et Apeiron poursuivirent leur combat acharné, ses attaques gagnant sans cesse en puissance. Il commença même parfois à renoncer complètement à se défendre, saisissant la moindre occasion de l’effleurer.
L’énergie d’Apeiron commença à faiblir, ses gestes devenant de plus en plus lents à mesure que le temps passait. Richard se servait aussi du pouvoir des lois pour la perturber et la réprimer, et il maîtrisait ce procédé de mieux en mieux à chaque instant. Lorsqu’elle comprit qu’il pouvait en contrôler plus de dix systèmes différents, l’environnement s’était déjà retourné contre elle.
Richard se rétablit une nouvelle fois et lança une autre salve d’attaques. Les deux silhouettes apparaissaient et disparaissaient sans cesse, combattant désormais à la fois dans la réalité et dans le vide. Toute l’île royale tremblait continuellement, menaçant de s’effondrer. Le personnel avait déjà commencé à fuir, terrifié, mais beaucoup périrent malgré tout dans les dégâts collatéraux, tandis que l’Arc-en-ciel des Lunes peinait à maintenir l’île à l’écart.
À ce stade, aucun des deux ne se retenait. Les yeux d’Apeiron étaient entièrement noyés de violet, et d’innombrables symboles divins flottaient sur la peau de Richard. Les trois langues divines se mêlaient sur son corps tandis que sa soif de sang gagnait en maîtrise ; la folie de la lignée Archeron s’emparait peu à peu de lui. Il commençait à se battre de plus en plus comme un véritable être des abysses, acceptant les coups pour infliger le moindre dégât à son adversaire.
À mesure que Richard et Apeiron approchaient de l’épuisement, leur puissance se mit bientôt à chuter. Ils poursuivirent toutefois leur combat acharné, guidés désormais davantage par l’instinct que par toute autre chose. Richard finit par la saisir à bras-le-corps, et une faible lueur rouge traversa ses mains. L’un de ses Fléaux de la Vie s’activa, projetant une énergie destructrice au cœur de son corps.
L’impératrice se raidit, le visage d’abord tordu d’agonie, puis déformé par une fureur démente. Elle se retourna et ouvrit grand la bouche, crachant une boule violette en plein visage de Richard ! Il poussa un cri de bête sauvage et perdit sa capacité à voler ; ils s’écrasèrent au sol. Apeiron fut entraînée dans sa chute et lui servit de coussin.
Au bout du compte, la force supérieure de son corps l’emporta. Il renversa l’impératrice et la plaqua au sol, lui tenant le cou d’une main tandis que l’autre l’empêchait de bouger.
« Tu as… perdu… » gronda-t-il, ses yeux virant parfois au violet. Le chaos pur ravageait alors son corps, menaçant d’engloutir les dernières bribes de sa raison.
« Et alors ? Tue-moi si tu veux, j’aurais dû mourir il y a dix ans. »
« Pourquoi… as-tu… envoyé… le Seigneur de Pierre… auprès du… Maître… ? » grogna-t-il, tandis que le violet gagnait encore ses yeux.
« C’est simple, non ? Je veux qu’elle meure. »
« TOI ! » siffla-t-il avec fureur, resserrant sa prise.
Le cou d’Apeiron commença à craquer sous la pression. Elle ferma les yeux, attendant la mort.
Pourtant, il relâcha soudain son étreinte. « MENSONGE ! »