Chapitre 1 287
Frimer
Yori comprit la situation, les yeux froids. Un guerrier légendaire comme Ironshield était le partenaire idéal de tout mage ; même son propre subordonné légendaire ne lui arrivait pas à la cheville. Cependant, ces guerriers ne manquaient jamais de compagnons et ne travaillaient que temporairement pour quelqu’un.
« Je suis Yori, de Klandor. Pourquoi ne rejoindriez-vous pas mon camp ? » lança-t-il soudain. « Je vous paierai le double de ce que vous verse Richard. »
La foule s’échauffa aussitôt. Cette déclaration humiliait Richard, mais elle constituait aussi une tentation facile pour n’importe qui. Même si Ironshield refusait l’offre, Richard n’en serait pas moins insulté.
Pourtant, Richard resta immobile, sans réagir, comme absorbé par ses pensées. Ironshield, lui, éclata d’un rire tonitruant. « Le barbare a compris que j’ai été engagé ! Mais franchement, bande de cervelles en bouillie, vous ne comprendrez jamais, pas vrai ? Le double ? Tu ne pourrais même pas me payer au tarif habituel ! Pff, tu crois que quelques pièces de cuivre font de toi un riche ? »
Yori resta figé un instant, les yeux rivés sur le crachat qui gisait juste devant lui. Le visage verdâtre, il empoigna son épée courte, prêt à attaquer sur-le-champ. Lorsqu’il se retourna vers Ensio, le mage chauve se contenta de sourire et recula de quelques pas, bien décidé à ne pas intervenir : après tout, un affrontement entre Richard et Yori ne pouvait que lui profiter.
Yori lança un regard féroce à Richard. Son aura enfla rapidement, tandis qu’un rugissement bestial résonnait dans la tour. Les guerriers totems derrière lui dégainèrent leurs épées, prêts à attaquer.
Blackgold et Fayr pâlirent aussitôt. À leurs yeux, Richard n’était pas comme les autres élèves de Sharon : c’était celui qu’elle aimait de tout son cœur. Ils se précipitèrent pour s’interposer avant que le combat n’éclate. Richard était puissant, mais il semblait plongé dans une étrange rêverie. Ironshield avait beau être un guerrier défensif réputé, la situation n’en était pas moins délicate.
Les deux grands mages ne firent pourtant qu’un pas avant de s’arrêter, stupéfaits, les yeux fixés sur le portail. Yori en fit autant, frissonnant lorsqu’il sentit trois puissantes auras jaillir de l’intérieur. Trois silhouettes en sortirent, l’une derrière l’autre, et il ne faisait aucun doute qu’elles étaient toutes légendaires !
Quand la lumière se dissipa, l’air devint glacial. Richard avait quatre légendes sous ses ordres : un assassin, un mage et deux guerriers ! Chacune était reconnaissable au premier regard et réputée pour ses talents au combat !
Les trois nouveaux venus évaluèrent la situation, puis vinrent se ranger aux côtés de Richard. Le silence s’abattit aussitôt sur la plateforme, tous les regards braqués sur l’escorte de Richard. Cinq légendes en tout… Même sans lever le petit doigt, Richard n’aurait eu qu’à regarder Ensio et Yori prendre la fuite.
Mais ce n’était pas fini. Le portail continua de vaciller, tandis que d’autres personnes en sortaient, menées par un ogre colossal à deux têtes, sur le point de devenir une légende. Tiramisu mesurait désormais près de six mètres et possédait une force suffisante pour écraser sans peine un guerrier légendaire ordinaire. Il pouvait même affronter deux adversaires à la fois. Waterflower, Phaser et Zangru marchaient derrière lui. Ils semblaient moins intimidants au premier abord, mais leurs auras n’étaient pas moins puissantes et ils dégageaient la soif de sang d’assassins aguerris. Ce chapitre a été copié depuis novelping.com sans autorisation.
La pression exercée par ces suivants dépassait même celle des quatre légendes. L’issue d’un combat à quatre contre quatre aurait été difficile à prévoir, mais, tous ensemble, les huit étouffaient de leur aura les autres personnes présentes. Les yeux d’Ensio vacillaient déjà tandis qu’il cherchait une issue ; la moitié de l’équipe de Richard était composée d’assassins, et la moindre inattention lui coûterait la vie.
Quant à Yori, il s’assombrit et resta sur ses gardes, sans savoir s’il devait avancer ou battre en retraite. Lui aussi était un mage légendaire et pourrait sans doute s’en sortir, mais ses neuf subordonnés n’auraient aucune chance. À première vue, la seule issue consistait à s’allier à Ensio. Heureusement, son pair semblait l’avoir compris lui aussi : il flotta jusqu’à lui pour lui témoigner sa solidarité.
Richard était toujours perdu dans ses pensées et ne remarquait même pas Ensio ni Yori. Mais tous les regards se détournèrent d’eux lorsque le portail brilla une nouvelle fois et que des saints en sortirent. Leurs auras différaient grandement, mais certains s’étaient déjà fait une certaine renommée et deviendraient à coup sûr des légendes un jour. Ils semblaient se succéder sans fin ; il fallut deux bonnes minutes pour que les trente aient franchi le portail.
Et pourtant, l’esprit engourdi des témoins fut encore plus ébranlé. La lumière continuait de vaciller, et des chevaliers runiques apparurent à leur tour. Dix, vingt, cinquante, cent, deux cents… Même en connaissant les réserves de runes des Archeron, le nombre final dépassait l’entendement : cinq cents ! C’était autant de chevaliers que l’Empereur Charles avait emmenés dans son expédition aux abysses !
Les chevaliers runiques occupèrent la moitié de la salle du portail et formèrent un croissant, Richard au centre, encerclant tous les autres sur la plateforme. À présent, Richard pouvait capturer ou tuer tout le monde ici d’une seule attaque.
Il sortit enfin de ses pensées et balaya du regard les personnes présentes sur la plateforme avant de déclarer d’un ton doux : « Je suis venu vous montrer ma puissance. »
Prononcée par lui, cette phrase était suffocante.
……
Quelques minutes plus tard, Ensio, Yori et les grands mages étaient assis de part et d’autre de la table, dans la salle de conférence où se tenaient les réunions de Deepblue. Richard prit directement place à la tête de la table, là où Sharon s’asseyait d’ordinaire. Comme il s’agissait d’une réunion interne, il avait laissé son escorte à l’extérieur.
Les bras croisés, il attendit que tout le monde soit installé avant de relever la tête. « Certains d’entre vous l’ont peut-être déjà deviné, et les autres ont dû comprendre quand j’ai convoqué cette réunion. Maître a des ennuis, et je ne suis même pas sûr qu’elle soit encore en vie. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il reste de l’espoir. »
Sharon avait des ennuis ? Tous les grands mages furent stupéfaits. Ils s’y étaient préparés, certes, mais voir leurs craintes confirmées était une tout autre affaire. À leurs yeux, Sharon incarnait l’invincibilité : on pouvait l’irriter, mais elle n’était jamais réellement en danger.
Ensio et Yori échangèrent un regard sans prononcer un mot. De toute évidence, ils l’avaient déjà deviné.
Fayr fut le premier à retrouver son calme. « Devrions-nous étouffer la nouvelle ? »
Sharon était le pilier de Deepblue, le plus solide soutien de Richard et des Archeron. Si elle était en difficulté, Deepblue comme la famille Archeron seraient menacées. Encerclé par trois empires, alors qu’il était déjà en conflit avec deux d’entre eux, Richard risquait d’être attaqué sur-le-champ.
Richard secoua pourtant la tête. « Non, annoncez-le. Que Norland sache simplement que Maître est en difficulté. »
En prononçant ces mots, Richard dégagea une soif de sang glaciale qui fit frissonner le vieux professeur. Puis il poursuivit : « Je prendrai la tête de Deepblue jusqu’au retour de Maître. Personne ne touchera à quoi que ce soit qui lui appartienne d’ici là ; je suis le seul propriétaire de cette tour. »
« Pourquoi faudrait-il que ce soit toi ? » protesta enfin Yori en se levant.
Richard le fixa sans expression, mais une poussée d’aura arracha un hoquet au barbare. Il répondit calmement : « Parce que je tuerai tout morveux qui se mettra en travers de mon chemin, même un mage de niveau 25. »
La chaise d’Ensio craqua, manquant de se briser. Ses yeux démoniaques se plantèrent sur Richard. « Les mages de niveau 25 ne sont pas si faciles à vaincre, n’est-ce pas ? Tu ne devrais pas appeler les gens dehors ou invoquer une nouvelle fournée de créatures cauchemardesques ? »
« Je vous en prie, je les ai amenés uniquement pour frimer. Quelques épées suffiront à régler le compte de quiconque se trouve ici. »
« Ah ? » Le chauve plissa les yeux en souriant. « J’aimerais vraiment te voir essayer. »
Richard ignora complètement son intention meurtrière. « Tu mourras. »
Yori fronça les sourcils à ces mots, mais Ensio, lui, baissa simplement les yeux, pensif. Le barbare finit par se rasseoir, le visage toujours sombre. Si même Ensio ne relevait pas le défi, il n’avait aucune chance.