Chapitre 1 284
Trésor
Richard avait volé droit dans l’antre ! Tous les dragons qui s’y trouvaient pouvaient l’attaquer !
On aurait dit qu’il ne comprenait même pas la situation dans laquelle il se trouvait : il restait là, arrogant, comme si de rien n’était. Tous les dragons se préparèrent à bondir, et même Tiamat jeta un coup d’œil. Mais après un bref combat intérieur, elle se rallongea et poursuivit sa comédie. Le Mal primordial maîtrisait parfaitement ses propres lois, et elle pouvait sentir la pression exercée par les siennes. Elle s’était considérablement apaisée depuis que Sharon l’avait battue à mort, et se montrait désormais bien plus tranquille.
Au milieu de l’antre, Richard jouait avec le parchemin de saphir. Il savait exactement ce qui se tramait dans l’esprit des dragons, mais c’était bien la dernière chose qui le préoccupait. De toute évidence, Sharon avait préparé tout cela depuis quelque temps : elle lui avait confié le contrôle absolu du demi-plan. Elle avait probablement installé le portail menant à son demi-plan dès qu’elle en avait posé les fondations. La condition était que leur lien d’âme soit rompu.
Cela signifiait que Sharon était en danger ! Richard ne parvenait même pas à imaginer ce qui pouvait menacer une personne capable d’encaisser sans broncher les attaques d’Apeiron et d’écraser ses adversaires à l’aide d’une centaine de serviteurs draconiques. Mais le plus inquiétant, c’était qu’on ait pu empêcher une maîtresse de l’espace comme elle de fuir. Même un être épique ordinaire était difficile à arrêter, et Sharon était bien plus que cela.
Cependant, la puissance était toujours relative. Les plans innombrables regorgeaient de lieux dangereux, et nul ne pouvait vivre éternellement. Il soupira, leva les yeux vers les esclaves capables de dominer chacun un plan inférieur, puis brandit le contrat. « Laquelle de vous, salopes, veut tenter sa chance ?
Sa voix et son expression demeurèrent aussi calmes que jamais ; il ne fit pas le moindre geste pour mobiliser son mana. Pourtant, cela ne fit qu’accroître le malaise des dragons : ils se souvenaient encore de l’aura qui l’avait entouré lorsque les flammes bleues brûlaient sur lui. Leur seul espoir était d’attaquer tous ensemble.
Mais depuis quand un véritable colosse craignait-il une foule d’ennemis ? Le cœur de nombreux dragons se glaça.
Le dragon noir qui se tenait près de Tiamat pensa soudain à quelque chose et se tourna vers son nid. L’entrée de la grotte était vide ; malgré les ronflements sonores, il ne distinguait même pas sa silhouette. Elle s’était manifestement cachée tout au fond.
Ce dragon était âgé de plusieurs milliers d’années et sa légende remontait à bien longtemps.
En repensant aux flammes bleues de Richard, il frissonna et se replia dans son nid. Quelques instants plus tard, de profonds ronflements s’en échappèrent.
Les dragons enfermés dans cet antre étaient tous assez intelligents pour ne pas céder à la témérité. Les têtes brûlées ne faisaient jamais long feu. En voyant les deux plus puissants d’entre eux battre en retraite, les autres comprirent ce qu’ils avaient à faire. Beaucoup les imitèrent ; quelques-uns s’envolèrent même vers Richard et s’inclinèrent devant leur nouveau maître.
Richard n’avait pas le temps de s’occuper des bêtes flagorneuses. Constatant qu’aucun dragon n’osait lui tenir tête, il déplia le parchemin des âmes et l’activa. Un orbe de lumière bleue s’enfonça dans son front et lui révéla comment invoquer tous les dragons de l’antre. Il lui transmit également le sort d’invocation standard de ces dragons, mais sans l’harmonisation de Sharon, il ne pourrait en appeler qu’un ou deux à la fois de cette manière.
Il soupira et poursuivit son inspection du demi-plan. Lorsqu’il pénétra dans le palais, un parchemin apparut, décrivant la méthode à suivre pour activer les marionnettes. Grâce à elles, il pourrait faire fonctionner toute l’île sans avoir à s’en occuper lui-même. Elles n’étaient pas très puissantes, mais possédaient l’intelligence des hauts-elfes et un physique à la mesure de celle-ci.
Ce fut le trésor de Sharon qui le fit marquer une pause. Il y avait une demi-douzaine de matériaux capables de servir de noyau au Midren, ainsi qu’un cœur de dragon céleste de rang archiseigneur ! Même recouvert de couches de cercles magiques, ce cœur rayonnait encore d’une lumière divine, tandis que des symboles divins flottaient à sa surface. Au bout d’une heure, il n’en avait examiné qu’une infime partie. Comprenant qu’il ne trouverait aucun indice de cette façon, il passa à autre chose.
Les goûts de Sharon ressemblaient à ceux d’un dragon. Elle collectionnait toutes sortes de cristaux regorgeant d’énergie ; les pierres de haute énergie, aux formes et aux couleurs variées, occupaient les deux tiers du trésor. La majeure partie du reste était constituée d’équipements divers dont elle ne pouvait se servir, mais le lot comprenait trois armes divines, une douzaine d’armes légendaires et une quantité innombrable d’objets de moindre valeur. Même si les armes divines n’étaient que de faible divinité, cette richesse était terrifiante.
Les équipements n’occupaient qu’une part relativement modeste de la collection de Sharon, ce qui s’expliquait par son style de combat. Elle se battait au corps à corps, un moyen facile de détruire son équipement. Cette avare avait fini par renoncer entièrement aux pièces raffinées et se contentait désormais de ses robes.
La bibliothèque personnelle était encore plus surprenante. La magie distale lui donnait des dimensions colossales ; des centaines de socles de pierre s’y dressaient, surmontés de volumes flottants. Certains n’étaient que des tablettes de pierre ou d’acier, tandis que d’autres étaient des orbes de lumière renfermant le pouvoir des lois. La plupart des socles étaient encore vides : moins d’une centaine de ces objets se trouvaient dans la bibliothèque, mais chacun était entouré d’une barrière magique. Il fallait déchiffrer les lois gravées sur chaque bouclier avant de pouvoir lire le livre qu’il protégeait. À en juger par leur apparence, le pouvoir des lois contenu dans ces ouvrages pouvait tuer jusqu’aux légendes si on le libérait.
Cette bibliothèque avait manifestement traversé d’innombrables années. Sharon ne l’avait pas créée elle-même : c’était un objet divin qui l’accompagnait depuis les premiers souvenirs qu’elle gardait. D’une certaine manière, elle ressemblait aux tombes de la famille Archeron. Les livres n’avaient jamais changé, mais Sharon elle-même ne pouvait en lire qu’une dizaine.
La construction de l’antre dans ce demi-plan, les arbres absorbeurs d’énergie… Tout ce savoir lui venait de ces livres, tout comme sa maîtrise impeccable de l’espace. Cette bibliothèque était un héritage de sa race et, à en juger par la disposition des lieux, la plupart de ses ouvrages avaient disparu au fil du temps. Chacun de ceux qui restaient était un trésor d’une valeur inestimable.
L’essence de cette bibliothèque était sans aucun doute l’orbe de lumière qui flottait au-dessus du plus haut pilier de pierre, en son centre. Richard comprit vite que, malgré sa puissance actuelle, il ne pouvait même pas le regarder directement : les lois qu’il renfermait étaient trop pures, trop puissantes. C’était de la lumière pure, mais d’une intensité sans commune mesure avec tout ce qu’il avait connu. Même le Seigneur radieux paraissait terne et dénué de couleur en comparaison.
Il hésita un moment, puis tendit la main pour tenter de toucher la barrière. Des ondulations parcoururent sa surface, mais en y regardant de plus près, Richard vit que chaque rayon se composait de milliers de minuscules symboles ! Ces signes n’appartenaient même pas à la langue divine : ils avaient été conçus pour être plus petits et plus complexes, afin de concentrer davantage de puissance. Des milliers de symboles uniques défilèrent sous ses yeux, mais il n’en comprit pas un seul.
À cet instant, Richard vit des dizaines de milliers de symboles, tous différents !