Chapitre 1 274
Maître runemancien divin
La pièce la plus éblouissante de la liste remise aux participants était la version de combat de Midren. La nouvelle avait déjà circulé au sujet de cet ensemble de runes divin, qui coûtait un nombre ahurissant de points. Cette compétition ne rapporterait certainement pas assez pour en obtenir ne serait-ce qu’une pièce, mais rien n’empêchait de ne rien dépenser et de retourner sur le champ de bataille pour en gagner davantage. On murmurait que deux pièces avaient déjà été vendues et qu’au moins une rune de chaque type serait proposée dans un an. Il serait donc possible de réunir l’ensemble complet et de dévoiler toute la splendeur de Midren au combat !
Les enregistrements des combats de Richard avaient déjà été envoyés à toutes les grandes familles de Norland. La radiance aux six ailes de Midren, l’épée divine dansant comme le vent, la puissance déchaînée à l’instant où le dragon avait été abattu… tout cela pouvait bouleverser quiconque avait ne serait-ce qu’une goutte de sang ardent dans les veines. La plupart des jeunes cœurs s’étaient embrasés devant ce spectacle.
Voilà pourquoi le combat final avait failli se terminer dans le sang. Kirk avait ses propres rêves. Neveu d’un puissant duc, il n’était pourtant qu’un officier de rang moyen dans l’armée de l’Empire de l’Arbre Sacré. Il n’avait pas de besoin urgent, contrairement aux concurrents arrivés deuxième et troisième, qui voulaient les ensembles de runes sans attendre. Lui lorgnait plutôt sur du bon équipement légendaire. Plus précisément, il convoitait un bouclier capable de dévier des sorts d’une puissance comparable à celle d’une boule de feu de rang 8, ainsi qu’une puissante épée de foudre.
En lui remettant l’insigne qui représentait ses points, Richard sourit. « Sais-tu déjà ce que tu veux prendre ? »
Sous le regard de Richard, Kirk se raidit aussitôt. En réalité, ils n’avaient pas beaucoup d’écart d’âge, mais il n’arrivait même pas à envier la puissance de l’Archeron. L’écart entre eux était bien trop grand pour que l’envie ait un sens.
« J’hésite entre le Bouclier anti-sorts et l’Épée Éclair de tonnerre, Votre Grâce, répondit-il franchement.
Richard haussa un sourcil. « Hum ? Je ne pense pas que l’un ou l’autre te convienne vraiment… Laisse-moi réfléchir. J’ai créé récemment une rune de rang 4 qui permet de maîtriser la nature. Je crois qu’elle te conviendrait bien. »
« La nature ? Merci, Votre Grâce, j’y réfléchirai. » Kirk ne donna pas son accord sur-le-champ. Même face à un mage légendaire dont la puissance frôlait l’épique, il s’en remettait à son propre jugement. Richard ne s’en offusqua pas. Il éclata de rire et se dirigea vers le deuxième lauréat. Il avait donné son avis ; le reste dépendait de la chance du vainqueur. Maîtriser la nature n’était qu’une capacité auxiliaire, qui facilitait les déplacements dans des environnements variés. Mais cette rune, conçue à partir d’une version réduite d’Acier-roi, permettait aussi de contrôler les métaux dans une certaine mesure. Elle ne pouvait certes pas manipuler les armes et l’équipement d’un adversaire, mais elle pouvait renforcer les siens. Pour quelqu’un qui cherchait l’équilibre entre attaque et défense, c’était le moyen le plus direct d’accroître ses capacités au combat.
Cela dit, Richard comprenait le choix du jeune homme. Kirk appartenait certes à une famille puissante, mais sa branche ne le soutenait guère. Une pièce d’équipement légendaire pouvait se transmettre et servir à plusieurs générations, tandis qu’une rune ne profitait pleinement qu’à son maître. Restaurer les runes d’un mort pour quelqu’un d’autre coûtait cher, et il fallait encore trouver un successeur doté d’une puissance considérable.
Richard savait également que la conjonction d’événements qui l’avait conduit à sa position actuelle était extrêmement rare et ne se reproduisait généralement qu’au bout de plusieurs siècles. Même si la famille avait les moyens de faire restaurer la rune, rares seraient ceux capables de le faire avec une qualité égale ou comparable. La rune se dégraderait sans aucun doute de génération en génération. Vous lisez sur nоvelping.com, la source officielle.
Au fond, il s’agissait de choisir entre la prudence et l’ambition. Opter pour un équipement qui ne lui convenait pas particulièrement revenait à placer ses espoirs dans ses descendants ; choisir la rune, c’était croire en sa propre capacité à mener sa famille vers de nouveaux sommets. Kirk pouvait prendre l’une ou l’autre décision ; Richard n’avait fait qu’apercevoir chez lui l’ombre de ce qu’il avait lui-même été.
La remise des prix terminée, beaucoup avaient le cœur léger. Même ceux qui n’avaient rien gagné s’étaient bien distingués, de quoi les rassurer quant à l’avenir de Norland. C’était un sentiment partagé par beaucoup : les terres de Norland étaient limitées, mais les autres plans étaient innombrables. Peu importait l’emblème de la famille flottant sur les bannières plantées ailleurs : ces bannières demeuraient celles de Norland.
Au dîner, on servit un festin somptueux accompagné de grands vins de garde. Le goût et la générosité des Archeron s’y étalaient avec éclat.
Le goût, en effet. La grande différence entre les parvenus et les hégémons tenait aux détails, et Richard avait engagé les meilleurs artisans de tout Norland. Il n’avait épargné aucune dépense pour les décorations et les mets ; même chaque morceau de papier avait été placé à la perfection. Lorsqu’il avait pris la tête de la famille, ses standards généraux égalaient déjà ceux des autres grandes familles, mais bien des choses auraient encore prêté le flanc à la critique. Les mêmes plats auraient pu être servis avec des couverts, des boissons de qualité médiocre, voire par des serveurs manquant de savoir-vivre. À l’époque de Gaton, les Archeron s’étaient contentés de vivre selon le principe du « juste assez ». Gaton préférait de loin mettre davantage de viande dans les bols de ses soldats que dépenser pour offrir des festins aux nobles.
Richard avait suivi la voie exactement inverse. Il ne manquait pour ainsi dire jamais d’argent ; depuis ses premiers succès comme runemancien jusqu’au système de récompenses en points, il avait nagé dans l’or, au point de commencer à rivaliser à lui seul avec des pays entiers. Il disposait en quelque sorte d’une mine d’or inépuisable, et s’en servait pour prouver que les parvenus pouvaient rivaliser avec les familles antiques, à condition de s’élever assez haut.
Sa fille Fiora était naturellement l’une des vedettes de ce dîner. Elle n’avait pas du tout l’air d’un nouveau-né ; les yeux grands ouverts, elle observait avec curiosité tous les convives, et les courants rouge sombre qui coulaient au fond de ses yeux n’échappèrent pas à l’attention de beaucoup. Le fait qu’elle fût déjà si mûre témoignait de la puissance de sa lignée ; comme un dragonnet, elle était née douée d’une grande intelligence. Son nom se prononçait presque de la même manière en langue commune et en langue divine, et signifiait quelque chose comme « Souveraine des flammes ».
Les nobles et les puissants se pressèrent autour de Richard, le couvrant de compliments en tout genre. À sa demande, Fiora montra également sa capacité à maîtriser les flammes abyssales, soulevant l’enthousiasme de la foule. Plusieurs ducs trouvèrent aussitôt des prétextes pour lui parler en privé et lui proposer officiellement une alliance par mariage. Il pourrait choisir, parmi leurs familles, n’importe quel prétendant pour elle lorsqu’elle serait en âge de se marier, et ils promirent bien d’autres avantages en sus. Pendant un moment, Richard arbora un sourire éclatant. Les propositions étaient une chose, mais il sentait que certains de ces vœux de bonheur étaient sincères.
……
Après quelques heures de conversation, Richard confia Fiora, qui bâillait, à un clerc pour qu’on la mette au lit. Le dernier grand événement qu’il avait prévu allait suivre : la convention des runes.
Minuit était passé depuis longtemps, mais personne ne semblait fatigué. La salle se remplit rapidement et, avec l’aisance d’un maître de cérémonie, Richard monta sur scène et se mit à détailler ses runes.
« … Et voici les Ailes cramoisies, la dernière partie de l’ensemble… » Il lui fallut environ une heure pour présenter succinctement les dix composants de la version de combat de Midren, et la foule resta muette tout du long. Les spectateurs fixaient les composants et en notaient chaque détail ; les plus expérimentés parvenaient même à comprendre dans les grandes lignes comment les différentes pièces s’articulaient pour former un ensemble de runes dépassant les runes saintes ordinaires. Cette convention entrerait dans l’histoire, et ils en seraient les témoins.
Le silence régna encore quelques minutes après que Richard eut terminé. Alors, un duc soupira doucement : « C’est tout bonnement divin. »
À partir de cet instant, Richard surpassa tous les runemanciens saints de l’histoire de Norland et devint son premier runemancien divin.
Il frappa dans ses mains, mettant fin à la projection, puis passa à la rune suivante. « Ensuite, je vais vous présenter une rune qui s’inscrit dans une longue histoire tout en étant entièrement nouvelle. Sa puissance atteint le sommet du rang 5, et son utilité dépasse celle de toutes les runes saintes. Elle a pour seule limite d’être réservée aux mages. »
Deux mages légendaires dans l’assistance poussèrent un cri de surprise et échangèrent un regard : ils avaient compris ce qui allait être dévoilé. Leurs cœurs se mirent à battre d’impatience.
Richard marqua une pause, laissant cette compréhension se répandre dans la foule, puis poursuivit : « Voici le couronnement de la carrière de Saint Lawrence : le véritable Armement de mana. Malgré une légère perte d’énergie, il permet de convertir le mana d’un mage légendaire en énergie interne. Avec ça, le plus grand problème des mages, c’est qu’il nous faut aussi nous entraîner à manier l’épée. »
Cette rare tentative d’humour ne fit rire personne. Tous fixaient la rune exposée, tandis que des murmures enthousiastes s’élevaient parmi les spectateurs. Les mages et leurs proches étaient naturellement ravis, tandis que ceux qui avaient des ennemis parmi les mages se raidirent. Cette rune allait bouleverser l’équilibre déjà fragile entre les deux principaux types de combattants. Les mages avaient déjà l’avantage sur les guerriers dans bien des situations ; désormais, ceux-ci n’auraient même plus le moindre espoir.
Richard lui-même en était un parfait exemple. Il pouvait vaincre la plupart des gens à la seule épée et était réputé pour ses talents de mage au corps à corps bien avant d’atteindre le rang légendaire. Même si l’on pouvait douter de Midren, les versions inférieures de l’Armement de mana avaient déjà fait leurs preuves sur le marché.