Chapitre 1 259
Abattre des dragons
Le dragon du vent poussa un dernier rugissement, qui s’éteignit vite en un gémissement tandis qu’il rendait son dernier souffle. Les combattants des deux camps s’interrompirent un instant pour contempler les canons-tonnerre que tenaient les elfes de la nuit : jamais ils n’avaient vu pareille arme.
Après avoir remplacé les disques de munitions, les elfes remirent leurs fusils sur leur dos, puis reprirent leurs incantations. Tous lancèrent une pluie de sorts de ronces, ralentissant les dragons dans le ciel et les harcelant. C’était peut-être le seul type de magie qu’ils connaissaient, mais n’importe quel sort devenait redoutable lorsque cinq cents druides puissants le lançaient de concert. Les dragons furent pris au piège les uns après les autres, offrant à leurs adversaires l’occasion d’abattre leurs cibles. Les humains en profitèrent au maximum, se ruant sur les dragons entravés et permettant à Richard de réserver ses forces pour les ennemis les plus coriaces.
Dans cette bataille, les druides se révélèrent encore plus décisifs que les chevaliers runiques. Un dragon de métal tenta de pénétrer dans leur formation malgré le sort réservé à ses congénères — il s’attendait peut-être à ce que son corps plus résistant encaisse les attaques sans trop de dégâts —, mais une seule salve le cribla de blessures et le laissa au seuil de la mort.
Le dragon continua de foncer à travers les explosions, terrifié, mais ravi d’avoir survécu. Une autre salve suffirait sans aucun doute à le tuer, mais, pour l’instant, il pouvait encore déchirer les rangs ennemis. Du moins le croyait-il. Lorsque deux cents druides se tournèrent vers lui, les mains nimbées de flammes à l’aura naturelle, il comprit bien vite que les ronces n’étaient pas le seul sort qu’ils maîtrisaient.
Cette découverte lui coûta cher. Deux cents salves de flammes solaires de grade 6 s’abattirent sur les dragons déjà blessés, leur faisant fondre les écailles en quelques secondes. L’un d’eux tenta de s’enfuir, mais, après quelques battements d’ailes, il n’eut plus la force de se maintenir en l’air et s’écrasa au sol.
Les dragons réagirent sans tarder et ordonnèrent à des milliers et des milliers de draconiens d’attaquer depuis le sol. C’était manifestement une tactique désespérée, mais elle échoua vite. Les druides étaient si puissants, pris dans leur ensemble, qu’ils n’avaient même pas besoin de chevaliers pour les défendre : une véritable pluie de flammes solaires forma un océan de feu qui engloutit les draconiens en un instant. Leur présence changea radicalement la nature de la bataille et rendit les tactiques fondées sur le nombre obsolètes.
Une poignée de légendes humaines observèrent la formation druidique, perplexes. Ils avaient déjà songé à la meilleure réponse : demander à un mage légendaire de bombarder toute la zone. Mais ils écartèrent aussitôt cette idée. Richard veillait toujours dans le ciel, et, dès que quelqu’un commencerait à lancer un sort légendaire, il fondrait sur lui avec sa propre puissance terrifiante. Tous comprirent immédiatement une chose : les Archeron disposaient désormais d’une véritable force de combat de premier ordre !
Richard était désormais comme un éclair, détruisant tout ce qu’il touchait. Ses attaques n’avaient rien d’élaboré, mais chaque fois qu’il tirait ses lames, le sang coulait. Il déployait une puissance capable, peut-être, de rivaliser même avec un être épique ; ses armes étranges et son groupe de druides glacèrent jusqu’aux légendes. Ces armes n’égalaient certes pas les attaques à pleine puissance des chevaliers runiques, mais il était évident qu’elles ne nécessitaient pas de puiser à l’excès dans l’énergie intérieure de leur utilisateur.
Les chevaliers runiques étaient limités par le nombre d’emplacements de runes dont ils disposaient et par leur capacité de charge. À en juger par ces fusils, il suffisait à leurs utilisateurs d’être assez forts pour supporter le recul. Il fallait toujours des guerriers d’un niveau équivalent, mais les conditions étaient assez assouplies pour permettre de constituer une armée de plusieurs milliers d’hommes !
Gravement blessés, les dragons ne pouvaient plus poursuivre le combat. Ils envoyèrent un signal de retraite, puis s’envolèrent l’un après l’autre vers le portail et regagnèrent leur plan. Des milliers de draconiens, incapables de s’échapper à temps, furent sacrifiés.
Richard traversa soudain le ciel à toute vitesse et se téléporta dans le dos du plus grand dragon de l’espace. Il tendit le bras pour le saisir par la queue, mais la créature sentit le danger et commença à se fondre dans le vide. Richard activa toutefois sa propre maîtrise de l’espace et verrouilla tout ce qui l’entourait, ralentissant suffisamment la créature pour la rattraper.
Le dragon ne parvint à faire passer que la moitié de son corps dans le vide avant d’être forcé de reprendre forme physique. Comme s’il avait heurté un mur de cristal, il vit apparaître des fissures en toile d’araignée à l’endroit où il avait tenté de s’échapper. Rejeté par sa téléportation, il fut saisi, puis projeté jusqu’au sol.
BOUM ! L’humain et le dragon s’écrasèrent ensemble, et la terre s’affaissa sous la violence du choc. Le dragon de l’espace rugit de douleur : une multitude d’os s’étaient brisés en un instant, le paralysant. Richard, lui, se releva aussitôt, indemne. Son corps était plus résistant que celui d’un dragon !
Il accéléra soudain et percuta le corps du dragon, le propulsant au loin. Projeté à plusieurs dizaines de mètres, le lézard perdit quelques côtes et toute force de brandir ses griffes. Richard s’avança lentement vers lui, ses pas résonnant aux oreilles du dragon à mesure qu’il approchait.
Le dragon releva péniblement la tête, fixa Richard et ouvrit la gueule pour lancer une attaque de souffle. Mais Richard se téléporta brusquement et réapparut au-dessus de sa tête. De toute sa force incomparable, il l’écrasa du pied ; les cornes du dragon se tordirent dans des directions improbables et sa tête s’enfonça profondément dans le sol. Cette fois, il perdit connaissance.
Lorsque Richard quitta le corps du dragon et rejoignit ses chevaliers runiques, les puissants humains présents ne purent que le regarder, interdits. Il avait fondé ses dernières attaques sur la seule force physique et écrasé son adversaire en un rien de temps. Sa capacité à empêcher la téléportation et le passage dans le vide était tout aussi stupéfiante, mais au moins, elle s’expliquait. Le reste ne ressemblait même pas à la manière de combattre d’un humain : on aurait dit un puissant être des abysses !
Les autres dragons s’échappèrent, tandis que les draconiens abandonnés derrière eux hurlèrent et se ruèrent sur les soldats de Richard dans des attaques suicidaires. Malheureusement pour eux, ils ne parvinrent à tuer ni une seule personne ni un seul drone. Les druides se divisèrent en deux groupes : la moitié entrava les assaillants, tandis que l’autre les réduisait en cendres. En matière d’efficacité dans un massacre, aucun autre grand groupe ne pouvait rivaliser avec des lanceurs de sorts.
En moins d’une minute, des milliers de disciples des dragons furent changés en cadavres calcinés. Cette vision infernale retourna l’estomac même de certains saints et légendes chevronnés ; lorsqu’ils regardèrent Richard, leurs yeux se remplirent d’une peur et d’une inquiétude accrues.
Richard enfonça son épée dans le sol. Une lumière blanche l’enveloppa et l’armure disparut. Une poignée de mages comprirent qu’il s’agissait d’une rune, et certains firent même le rapprochement avec l’Armure céleste, mais aucun n’avait jamais vu une rune aussi puissante. Midren était parfaite, imposante et redoutable, bien au-delà de toutes les runes de saint qu’ils connaissaient. Retrouvez le chapitre original sur novelping.com.
Était-ce… au-delà du grade 5 ? Cette pensée incroyable leur vint à l’esprit, et la simple possibilité les terrifia tous.
Le portail finit par s’éteindre une fois tous les dragons en retraite. Plus de vingt cadavres jonchaient le sol, et quelques-uns des fuyards avaient eux aussi été mortellement blessés. Des dizaines de milliers de draconiens avaient également péri.
Pourtant, la barrière aux cinq couleurs qui entourait le portail était toujours là.
Une lueur froide brilla dans les yeux de Richard. Il releva son épée et marcha vers le portail. Son corps s’illumina tandis qu’il invoquait de nouveau Midren, puis il franchit le seuil, l’épée sacrée à la main.
« Attendez ! Roi de la Guerre ! » cria Nasia derrière lui, mais il était déjà passé de l’autre côté. Elle tapa du pied, furieuse. « Veut-il mourir ?! »
Les ondulations provoquées par le départ de Richard n’avaient pas encore disparu que le portail se remit à luire. Richard en jaillit, titubant à l’atterrissage et manquant de s’effondrer. Il rangea Midren et cracha une gorgée de sang. Waterflower et Phaser apparurent aussitôt de part et d’autre de lui, chacune lui saisissant un bras.
« Une embuscade ? » lança Nasia en s’approchant.
Richard esquissa un faible sourire. « Elle m’attendait de l’autre côté, juste à côté du portail, sous forme humanoïde. Argh… elle est forte. »