Chapitre 1 241
Elfes de la nuit
Le clone garda le silence un moment, puis répondit : « Hmm, j’ai des informations sur neuf autres races elfiques, et je peux consulter en partie les données de cent trente autres. Il me faudrait au moins trois mois pour parvenir à une optimisation parfaite. »
« Trois mois, ça ira. J’ai quelques exigences pour cette nouvelle race. Préserve à au moins 80 % l’apparence des elfes sylvestres et assure-toi qu’ils puissent s’adapter à tous les environnements forestiers. Je veux aussi qu’ils vivent au moins cinquante ans et qu’ils puissent se reproduire. »
« Impossible ! » s’exclama l’avatar, stupéfaite. « C’est comme créer une nouvelle race. C’est le travail d’un maître de la création. Je ne suis qu’une arme capable de produire des drones de combat. La reproduction dépasse mes compétences. »
« Hélas… Je vois », fit Richard en fronçant les sourcils, tandis que ses espoirs s’effondraient. Les conditions du Plan forestier étaient particulières, et les guerriers elfes y constituaient les meilleurs drones. Il avait espéré créer une version des elfes sylvestres qui ne dépendrait pas des arbres de vie pour se reproduire, ce qui lui aurait permis d’infiltrer la forêt et, à terme, de détruire l’Arbre-Monde. Mais elle avait raison : ses exigences relevaient bel et bien de la création d’une nouvelle race, et non de la simple fabrication de drones.
« Hélas… Peux-tu au moins créer des élites douées de conscience ? » demanda-t-il, déçu, contraint de réévaluer l’importance des elfes qui lui étaient soumis. Contrairement aux drones, ils pouvaient croître lentement mais sûrement et former son empire.
Après qu’ils eurent discuté encore un peu, Richard reçut une autre surprise : « Tu peux monter de niveau ? »
« Oui, Maître. J’attendais votre arrivée, mais vous sembliez pressé, alors j’ai préféré différer pour ne pas vous déranger. Avez-vous des instructions ? »
« Hmm… Non, poursuis comme prévu », décida Richard après un moment. Puisqu’elle avait déjà choisi de se consacrer à la création de troupes, il ne voulait pas qu’elle renonce à cette voie. Dans cette situation, le passage au neuvième niveau améliorerait encore ses drones d’un niveau, permettant à ses élites elfes d’atteindre le niveau 15 au lieu du niveau 14. Même quelques dizaines de ces guerriers constitueraient le noyau d’une tribu entière, tandis que des druides deviendraient les anciens de conseils plus restreints.
Cependant, la mère de couvée ne pouvait pas encore créer de drones druidiques : elle ne comprenait pas suffisamment les lois de la vie. Les druides qu’elle aurait créés n’auraient donc disposé que de magie élémentaire, et non de la magie naturelle qui leur était propre. Pour y remédier, il fallait absorber un grand nombre d’êtres ou d’objets imprégnés des lois de la vie.
En l’apprenant, Richard se figea un instant. Les lois de la vie ? Quoi de mieux que les arbres qui les régissaient ? Il venait d’obtenir deux arbres de vie et, hormis leurs noyaux, il n’avait pas vraiment d’usage pour le reste. Il aurait tout vendu pour se faire de l’argent, mais si en nourrir la mère de couvée lui donnait une chance de créer des druides, il comblerait ainsi la dernière lacune de son armée. Il ordonna rapidement aux tréants anciens qu’il contrôlait de changer de cap une fois arrivés à la Cité d’Émeraude : au lieu de les conduire au portail, ils porteraient les arbres à la mère de couvée.
……
Quelques jours plus tard, Richard était de retour à la Cité d’Émeraude. Après qu’il eut renoncé aux exigences irréalisables d’une longue espérance de vie et de la reproduction, le clone de la mère de couvée avait déjà préparé quatre élites prototypes pour son retour.
À leur vue, il les prit presque pour des elfes de Lune d’Argent. Plus grands et plus corpulents que les elfes sylvestres, ils alliaient à la perfection agilité et vitesse. Ils n’étaient ni aussi rapides ni aussi discrets que ces derniers, mais ils avaient un énorme avantage en duel. Comme d’habitude, les organes vitaux de ces drones avaient été déplacés. Des endroits comme le creux de l’estomac ou l’aine n’étaient plus que des pièges, ce qui les rendait plus efficaces contre des adversaires inconnus.
Le clone avait vite conclu que les elfes sylvestres étaient presque inutiles dans les petites escarmouches : leur constitution fragile ne les destinait qu’à l’assassinat et à l’éclaire. Les guerriers parmi les habitants avaient peu de capacités défensives ; c’était pourquoi ils comptaient sur les tréants pour leur force physique. En voulant achever les prototypes à temps pour le retour de Richard, elle avait fini par créer quelque chose de très proche des hauts elfes de Lune d’Argent.
Richard ne put qu’acquiescer : si les elfes de Lune d’Argent étaient considérés comme les souverains, même parmi les hauts elfes, ce n’était pas sans raison. Ils possédaient force, longévité, intelligence, agilité et magie, ce qui faisait d’eux des mages, des clercs, des guerriers, des archers et bien d’autres choses encore. Sans leur faible fécondité, l’empire elfique ne se serait pas effondré si vite.
Ce choix présentait un autre avantage. Comme il avait lui-même un modèle de référence, Richard pouvait fournir à l’avatar une longue liste d’améliorations à mettre en œuvre. Certaines ne deviendraient possibles qu’au niveau 9, d’autres au niveau 10, mais elle apporterait aussi ses propres modifications à ces étapes. Lorsqu’elle atteindrait le niveau 15, ses drones de niveau 20 ne se distingueraient plus des véritables elfes de Lune d’Argent.
Richard n’avait vu dans sa vie que deux hauts elfes ayant éveillé leur lignée : sa mère et sa tante. Il avait toutefois observé l’une pendant toute son enfance, tandis que l’autre lui avait montré toute l’étendue de ses capacités. En s’appuyant également sur son propre sang elfique, il pouvait déduire nombre des attributs qui faisaient leur nature.
Une autre agréable surprise l’attendait à son arrivée. Les quatre elfes étaient censés être des élites de niveau 13, mais ils étaient tous au niveau 14. L’Arbre-Monde doré avait senti leur création et, pour une raison ou une autre, avait réussi à leur insuffler un peu de force juste avant leur éclosion. Le clone avait déjà parlé à l’arbre, qui lui avait confirmé qu’il aimait beaucoup ces nouveaux drones. Tant qu’ils seraient créés à portée, il les renforcerait chaque fois qu’il le pourrait.
Pour l’Arbre-Monde doré, renforcer ces elfes ne demandait qu’une quantité insignifiante d’énergie. Pourtant, faire gagner un niveau à une troupe entière représentait un avantage considérable. Surtout, cela signifiait qu’une fois le clone arrivé au niveau 9, il pourrait créer des élites de niveau 16, presque aussi puissantes que le corps principal !
Cette seule amélioration rehaussa considérablement à ses yeux la valeur du Plan forestier. Bientôt, un flot de drones elfes en jaillirait pour le suivre dans ses expéditions à travers l’immensité du vide. Il réprima son excitation avant de prendre la parole : « Appelons-les les elfes de la nuit. Si tu continues, tu finiras peut-être par en faire une véritable nouvelle race, hmm ? »
Une faible émotion émana du clone de la mère de couvée en réponse à sa plaisanterie, mais Richard ne la remarqua pas. Après avoir congédié les elfes, il lui ordonna d’entamer son évolution.
……
Le clone de la mère de couvée évoluait dans des conditions différentes de celles du corps principal. Elle n’avait plus besoin de dormir pendant ses transformations, mais ne pouvait créer aucun drone. Richard faisant constamment le lien entre les deux, elle disposait également de suffisamment d’informations sur chaque niveau pour que le processus soit assez rapide. Il ne lui faudrait qu’un mois pour achever son évolution.
Deux jours après le début de celle-ci, la première tribu d’elfes arriva à la Cité d’Émeraude : six tréants géants transportaient l’immense tronc de l’arbre de vie jusqu’au repaire de la mère de couvée. Quatre autres portaient les racines et, en pleine évolution, le clone se mit à manger. Un arbre de vie était immense pour la plupart des êtres, mais il ne faisait pas le poids face à un véritable colosse comme le clone. Elle se nourrit jour et nuit pendant une semaine pour en venir à bout, puis le second chargement arriva peu après. Après l’avoir englouti à son tour, elle s’allongea et se mit à analyser calmement les lois de la vie qui y étaient contenues.